Qu'une pièce de théâtre québécoise soit jouée à Paris dans un grand théâtre, ce n'est plus un événement en soi. Robert Lepage et Denis Marleau sont devenus des habitués des scènes les plus prestigieuses. Belles-Soeurs a connu un petit triomphe cette saison au Théâtre du Rond-Point, entre autres exemples.

Louis-Bernard Robitaille, collaboration spéciale LA PRESSE

Mais cette fois, cela ressemble à un vrai débarquement, en l'occurrence au Théâtre national de Chaillot, l'ancienne maison de Jean Vilar, qui reste l'un des trois ou quatre théâtres de référence à Paris avec l'Odéon et la Comédie- Française. Sans parler de la beauté de lieux, somptueuse architecture de 1937 face à la tour Eiffel.

C'est là qu'au cours de la saison 2012-2013 on pourra voir, entre la fin septembre et la fin avril, pas moins de six spectacles québécois différents, de danse ou de théâtre. Chaillot est depuis quelques années le point de chute habituel de Robert Lepage et aujourd'hui de Wajdi Mouawad. Le cirque Éloize y a occupé la grande salle Jean Vilar tout le mois de janvier dernier. Mais c'est la première fois qu'à l'intérieur d'une saison normale, on retrouve six spectacles québécois.

«Ce n'est pas une saison québécoise», explique Didier Deschamps, à la tête de Chaillot depuis une petite année. «Disons qu'on retrouve une ligne québécoise forte au travers d'une programmation qui compte quand même 53 spectacles. On a choisi ces productions parce que Chaillot est par définition voué à la production contemporaine, et qu'on trouve à Montréal et au Québec des oeuvres particulièrement originales et fortes.»

Chorégraphe de formation, c'est à ce titre que Didier Deschamps entretient depuis longtemps des relations suivies avec la scène québécoise. Quand il dirigeait le Ballet de Lorraine, il a invité des chorégraphes québécois à Nancy, et sa troupe a été en tournée au Québec. «Mais je suis également allé presque chaque année au Festival de théâtre des Amériques. Et je m'intéresse à toutes les formes contemporaines d'art scénique.»

Danse et théâtre

Le programme «québécois» qu'il a fini par concocter reflète cette diversité: deux spectacles de danse et quatre pièces de théâtre. La saison commence avec le chorégraphe Paul-André Fortier, qui exécutera chaque jour entre le 21 septembre et le 20 octobre son spectacle court Solo 30X30 en extérieur, sur l'esplanade du Trocadéro, «beau temps ou mauvais temps».

Entre le 11 et le 20 octobre, les enfants et les plus grands pourront voir La Scaphandrière, oeuvre de Daniel Danis, sur une mise en scène d'Olivier Letellier et du vidéaste Ludovic Fouquet. À partir du 21 février et pour 11 représentations dans la salle Jean Vilar (900 places), il y aura La Belle et la bête de Michel Lemieux et Victor Pilon. Du 19 au 29 mars, on retrouvera dans la même salle Wajdi Mouawad interprétant sa nouvelle pièce, Seuls. Du 4 au 6 avril, Khaos de Ginette Laurin, dont la compagnie O Vertigo est connue de longue date des aficionados français de danse contemporaine. Pour finir, le Festival sur les frontières proposera du 24 au 26 avril la pièce Un du canado-iranien Mani Soleymanlou.

«Ce genre de programmation se fait au fil des ans et des rencontres, explique Didier Deschamps. Il ne s'agit pas d'une programmation «québécoise», encore moins d'une sélection fondée sur la langue. À Chaillot, on produit volontiers des spectacles étrangers avec sur-titrage, et on ne va certainement pas choisir des spectacles francophones par commodité. La langue n'est pas un critère. On doit voir dans ce choix la reconnaissance d'une vitalité spécifique de la scène québécoise contemporaine. Un mélange d'originalité, d'engagement physique et de profondeur. Avec une évidente liberté de ton, sans souci des écoles et des modes.»