L'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal sort des murs de la Place des Arts pour présenter Svadba, un opéra de chambre a capella composé par la Montréalaise Ana Sokolović. Rencontre avec la metteure en scène Martine Beaulne.

Publié le 24 mars 2018
Nathalie Collard LA PRESSE

C'est une équipe très féminine qui porte la production de Svadba, opéra contemporain qui sera présenté à Espace Go dès samedi.

De la compositrice à la metteure en scène en passant par l'éclairagiste et les interprètes, toutes ces femmes oeuvrent à raconter une soirée de jeunes filles à la veille des noces de leur amie. 

«Svadba signifie mariage, précise Martine Beaulne. C'est l'histoire d'une femme qui enterre sa vie de jeune fille. L'opéra raconte cette soirée, à travers sept tableaux de couleurs différentes: ludique, joyeux, querelleur, sensuel...»

«C'est un opéra sur un rite de passage dans la vie d'une jeune fille ou, de manière plus large, sur comment on quitte un monde pour aller vers un autre univers.» 

La metteure en scène n'a pas voulu connoter l'histoire ni dans le temps ni dans les costumes. «C'est un point de vue très impressionniste, dit-elle. J'ai voulu parler d'intimité féminine en essayant de garder le propos le plus large, le plus universel possible.»

C'est toute une musique

C'est à l'invitation de la directrice Chantal Lambert que Martine Beaulne travaille avec l'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal, une collaboration qui dure depuis cinq ans.

«Mon travail était de sensibiliser les chanteurs à l'interprétation, explique-t-elle. Je leur enseigne comment bouger et se déplacer à travers un rôle, car ils ne sont pas habitués à jouer. L'opéra, c'est un peu le même principe qu'au théâtre, sauf que leur instrument, c'est leur voix.»

L'opéra Svadba a déjà été présenté au Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence en 2015. Quand Martine Beaulne a vu des images, elle a été séduite. «J'ai dû l'écouter une bonne centaine de fois, note-t-elle. Ana Sokolović a pris des sons du quotidien et en a fait de la musique à travers laquelle passent des états. Quand on l'écoute, c'est comme si les sons nous traversaient.»

«Les gens ont beaucoup de préjugés à l'endroit de l'opéra contemporain. On entend souvent des commentaires du genre "on ne comprend rien". Mais on comprend très bien ce qui se passe à travers les femmes et les tableaux de Svadba. La musique est tellement riche, c'est très beau.»

D'origine serbe, Ana Sokolović habite la métropole depuis 20 ans. Compositrice réputée, elle enseigne également la composition à l'Université de Montréal. La première montréalaise de Svadba, présenté en français et en serbe, s'inscrit dans une volonté d'ouvrir l'opéra à un public autre que celui de l'opéra traditionnel. 

«C'est une musique qui reflète le monde dans lequel on vit, dans ses pulsions, ses sonorités, affirme Martine Beaulne. J'ai l'impression que les gens auront moins de préjugés vis-à-vis de la musique contemporaine après avoir vu ce spectacle.»

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À Espace Go les 24, 26, 27, 29, 30 et 31 mars (à guichets fermés).