Rencontré au Grand Théâtre de Québec moins d'une heure avant la première de La damnation de Faust, de Berlioz, présenté au Festival d'opéra de Québec, Robert Lepage affiche son calme olympien de toujours.

Gilles G. Lamontagne LE SOLEIL

Le metteur en scène aux nerfs d'acier glissera néanmoins: «C'est sûr que j'ai le trac, je veux que ça aille bien, mais il peut toujours se passer quelque chose. Je suis nerveux pour les chanteurs, on est tous esclaves des nouvelles technologies, et c'est important aussi que ce festival s'installe et soit reconnu.»

Il sait très bien que c'est lui qui a été la locomotive de ce jeune festival dirigé par le directeur de l'Opéra de Québec, Grégoire Legendre. Ce dernier ne s'est pas privé du plus convoité metteur en scène de la planète en programmant au cours des deux présentations précédentes du festival Le rossignol, en 2011, et The Tempest (avant New York), l'année dernière, des productions d'Ex Machina, la maison que dirige Lepage.

Ce Faust en est à sa quatrième mouture, après avoir été créé à Matsumoto, au Japon, en 1999, repris à Paris en 2001, où il a gardé l'affiche pendant quatre ans, et enfin, en 2008, au Metropolitan Opera de New York, qui n'avait pas présenté le chef-d'oeuvre de Berlioz depuis 100 ans.

Cette fois-ci, à Québec, la distribution est entièrement canadienne. Le ténor Gordon Gietz chante Faust, vieux médecin usé par la vie qui ira jusqu'à signer un pacte avec le diable pour sauver de la mort sa si belle et pure Marguerite, interprétée par la mezzo-soprano Julie Boulianne. Mais c'est Méphisto, interprété par John Relyea, qui vole le spectacle. La basse mène ce bal infernal avec une présence renversante.

C'est Carl Fillion, collaborateur de Lepage pour une vingtaine de productions d'Ex Machina, qui signe le décor astucieux où l'espace scénique est divisé en six cases sur quatre niveaux, ce qui démultiplie les possibilités d'interaction, comme le feraient 24 petites scènes.

Lepage repousse les limites de l'opéra en utilisant des capteurs à infrarouge qui réagissent aux mouvements des interprètes. «Cette technologie permet, par exemple, de modifier le vol des oiseaux selon ce qui se passe dans la fosse d'orchestre. L'envolée réagit selon les notes hautes ou basses de la musique et le rythme de l'orchestre», explique Lepage.

Année chargée

Le plus international de nos metteurs en scène a vu l'aboutissement au printemps dernier de cinq ans de travail consacrés à la redoutable tétralogie de Wagner, Der Ring des Nibelungen, présentée sur deux saisons au Met de New York. Une oeuvre colossale, divisée en 4 opéras totalisant 16 heures de spectacle.

«Ce cycle du Ring de Wagner avec Robert Lepage représente le plus grand défi artistique, la plus grande aventure de toute ma carrière, et le projet le plus ambitieux de toute l'histoire des 130 ans du Met», a affirmé Peter Gelb, directeur du Met.

Tant Peter Gelb que Robert Lepage confirment une nouvelle collaboration, mais impossible d'en savoir plus, sinon que ce serait pour la saison 2016-2017, et que la création en serait donnée à Québec en 2015.

Au cinéma

Le film de Robert Lepage Triptyque, adapté pour le cinéma à partir du spectacle-fleuve Lipsynch, sortira à l'automne.

Il s'agit d'un retour au cinéma pour Robert Lepage qui avait tourné le dos au septième art à la suite du refus de Téléfilm Canada de financer l'adaptation de La trilogie des dragons.

Au cirque

Grand collaborateur du Cirque du Soleil, Robert Lepage a été grandement ébranlé par la chute mortelle d'une acrobate, survenue le mois dernier lors d'une représentation à Las Vegas de , spectacle dont il a signé la conception et la mise en scène.

«Nous sommes tous encore sous le choc. De tous les spectacles du Cirque du Soleil, c'est probablement le plus sûr, parce que, justement, les acrobates sont à 90 pieds dans les airs. Toutes les précautions ont été prises. En 10 ans, il n'y a jamais eu une blessure, la feuille de route est impeccable; c'est incompréhensible.»

Le numéro a été retiré, le temps de l'enquête, et remplacé par un autre tableau. Robert Lepage se rendra à Las Vegas en septembre pour peaufiner ce nouvel élément du spectacle.

Au théâtre

Côté théâtre, Le Diamant ouvrira à la fin de 2015 ou au début de 2016. Le théâtre de Robert Lepage en sera un à géométrie variable qui pourra accueillir entre 650 et 800 spectateurs. Un projet de 60 millions de dollars.

Le Diamant sera situé à la place d'Youville, à Québec, juste à côté du Capitole.

Par ailleurs, l'ambitieuse série Jeu de cartes, dont Pique a été créée à Madrid l'année dernière, se verra ajouter la première version de Coeur, à Dusseldorf, à la fin du mois de septembre. Les deux parties arriveront quelque part à Montréal en 2014.

En septembre, Robert Lepage s'en va jouer Le dragon bleu au BAM à New York.

Et les vacances, dans tout ça, pour lui qui sera pris par les répétitions pour la reprise au Trident des Aiguilles et l'opium à partir du 17 septembre (présenté aussi au TNM au mois de mai 2014)? «J'ai pris trois semaines en juin où je n'ai surtout pas voyagé, mais reçu chez moi mes meilleurs amis.»

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Deux représentations de La damnation de Faust sont données ce soir et le 31 juillet à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.