Près de 130 ans après sa création, François Girard s'est donné pour folle mission de rendre actuelle la trame moyenâgeuse du Parsifal de Wagner. Un pari qui lui a valu une longue ovation pour la première au Met de New York vendredi au grand déplaisir de quelques dinosaures.

Mis à jour le 18 févr. 2013
Yves Schaëffner, collaboration spéciale LA PRESSE

François Girard ne tarde pas à montrer les intentions de son Parsifal. Dès que les premiers accords montent de l'orchestre, il renvoie aux spectateurs leur propre image. Habillés de complets ou de petites robes noires, environ 80 personnages sont assis en rangs et fixent la salle. Lentement, ils se lèvent, un à un. Les hommes dénouent leur cravate, retirent leur veste pour devenir les chevaliers en chemise blanche de l'ordre du Graal.

Le ton est donné: ce Parsifal n'est pas une vieillotte histoire moyenâgeuse à fort potentiel de bâillement étalée sur plus de cinq heures, c'est une histoire qui parle de nous. Pour François Girard, le Saint Graal, la lance sacrée et la prophétie du sauveur naïf ne sont que des accessoires qui mettent en lumière des thèmes intemporels: la tentation, le désir, la rédemption, la perte de spiritualité...

Comme à Lyon où Parsifal avait été présenté l'an dernier, la proposition de Girard a séduit à New York. Les spectateurs de la première au Met n'ont pas ménagé leurs bravos, ovationnant avec ferveur les chanteurs, le chef italien Daniele Gatti et le metteur en scène québécois.

New York étant New York, quelques irascibles traditionnalistes wagnériens, probablement nés à la même époque que le compositeur allemand, ont toutefois hué François Girard quand il est monté sur scène pour les remerciements. Il s'agit sans doute des mêmes qui mènent la vie dure au directeur du Met, Peter Gelb, depuis qu'il s'est engagé dans une voie de modernisation du répertoire en embauchant des metteurs en scène comme Robert Lepage ou François Girard.

Complexe et dense, grandiloquent et solennel, cet opéra somme - le dernier écrit par Wagner - se veut un drame sacré, une grande messe musicale. Parsifal doit y récupérer la lance sacrée du Christ afin de soulager le roi malade Amfortas dont la plaie ne cesse de saigner depuis la perte de ladite lance dans un moment de faiblesse charnelle.

Si le libretto est souvent monstrueusement pompeux («Sauveur! Maître! Dieu de grâce! Comment, coupable, être absous?»), la musique, elle, est d'une singulière beauté.

Si les critiques new-yorkais vanteront certainement les virtuoses performances des principaux chanteurs, particulièrement René Pape (magnifique Gurnemanz), Peter Mattei (Amfortas) et Jonas Kaufmann (dans le rôle titre de Parsifal), ce sont souvent les choeurs qui transportent le plus. Dans le premier acte, notamment, les choeurs hors scène créent un moment de pure magie.

Présenté dans un décor aride et minimaliste, ce Parsifal est visuellement dominé par les immenses et magnifiques projections vidéo de Peter Flaherty qui occupent tout l'arrière de la scène dans l'acte I et l'acte III. Ciels mouvants et émouvants, volutes, planètes et gros plans de peau forment un véritable ballet visuel qui se marie divinement avec la musique de l'orchestre et les lentes chorégraphies des dizaines de chanteurs et figurants qui occupent la scène.

Comme le propos de cet opéra, les projections sont souvent ambigües. Les dunes sont-elles faites de grains de sable ou de gros plans de peau sensuels? Cette immense planète n'est-elle qu'une cellule microscopique? François Girard a choisi de favoriser les clairs obscurs, de laisser place à l'interprétation et à l'imagination, optant pour une lecture plus poétique que didactique.

Surtout, le metteur en scène québécois est parvenu à installer un tempo lent et atmosphérique qui semble suspendre le temps. Portés par une sobre et moderne poésie visuelle, l'acte I et l'acte III qui pourraient être d'un ennui soporifique, envoutent. Plus court, l'acte II qui met en scène des dizaines de femmes fleurs dans une marre de sang (des milliers de litres de liquide rouge!) est évidemment fort spectaculaire.

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Au Metropolitan Opera de New York jusqu'au 8 mars. Diffusé dans certains cinémas ainsi qu'à l'antenne d'Espace Musique le 2 mars.