Maxim Vengerov a connu une soirée chargée jeudi à l'OSM. En première partie de programme, il jouait le Concerto pour violon de Brahms avec l'orchestre dirigé par son «chef en résidence», Nathan Brock. L'après-entracte l'annonçait comme chef d'orchestre pour la suite Schéhérazade de Rimsky-Korsakov, mais il revint avec dans les mains son Stradivarius de 1727. C'est qu'il allait jouer lui-même les solos de violon qui décorent les quatre mouvements de la suite plutôt que de les confier au violon-solo de l'orchestre, comme c'est la coutume.

Claude Gingras LA PRESSE

Le musicien natif de Sibérie se produit ici depuis 1995 (une première que l'on doit au Festival de Lanaudière et au flair du père Lindsay). Vengerov avait alors 21 ans; il en a aujourd'hui 38. On l'a d'abord entendu comme soliste de concertos à l'OSM, entre autres dans le même Brahms dès 1996 (avec Dutoit au pupitre). Il est aussi revenu en récital, puis comme chef d'orchestre, notamment dans la Pathétique de Tchaïkovsky en 2009. Cette fois, le programme le présente comme soliste et comme chef... et même comme soliste de l'oeuvre qu'il dirige! C'est beaucoup. Vengerov a rempli toutes ces fonctions avec un art consommé.

Il traverse les 40 minutes du Concerto de Brahms avec une technique sans faille, une sonorité belle et égale dans tous les registres, une justesse absolue et une musicalité de tous les instants. On souhaiterait simplement un peu plus d'abandon dans le mouvement lent. Par cette retenue, Vengerov a manifestement voulu épargner à son Brahms l'épithète de «tchaïkovskien». Brock et l'orchestre l'ont suivi avec application. À la fin du premier mouvement, Vengerov propose sa propre cadence, longue et très virtuose, tout comme en 1996.

Sa Schéhérazade confirme les qualités de chef qu'il avait révélées dans sa Pathétique d'il y a trois ans - de chef du répertoire russe, en tout cas. Il est vrai que l'OSM connaît bien Schéhérazade, l'ayant jouée maintes fois et encore en mai dernier avec Frühbeck de Burgos. On note d'ailleurs que les sections entrent parfaitement ensemble sans le secours du chef lorsque celui-ci leur tourne le dos et s'engage dans ses solos. Très séduisants, ces solos, et précis jusqu'au suraigu le plus périlleux. Et fort impressionnant, ce son d'orchestre qui remplit toute la salle et la fait vibrer. Mention spéciale aux bois, tous très présents. Sous l'ovation générale, Vengerov fait lever tous les premiers-pupitres.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef invité et soliste : Maxim Vengerov, violoniste. Chef en résidence : Nathan Brock. Jeudi soir, Maison symphonique, Place des Arts; reprise samedi soir, 20 h. Séries «Grands Concerts». Programme : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 77 (1878) - Brahms Schéhérazade, op. 35 (1887-88) - Rimsky-Korsakov