En forçant un peu la note, on peut dire que deux des «sept péchés capitaux», le thème à Montréal Baroque cette année, sont synonymes de l'ambition qui pousse Lady Macbeth à faire tuer le roi régnant pour qu'elle et son mari puissent monter sur le trône.

Claude Gingras LA PRESSE

Ces deux vices sont, bien sûr, l'envie et l'orgueil. Le couple Macbeth -- elle surtout, qui domine le mari --  avait donc sa place dans la programmation, plus précisément à l'événement final de dimanche soir. Mais il y a problème.

Macbeth est l'une des tragédies les plus fortes de Shakespeare; elle est d'ailleurs devenue l'un des opéras les plus dramatiques de Verdi. Le sujet n'offre rien de léger. Montréal Baroque l'a pourtant transformé en un «cabaret» (au sens anglais de «spectacle») qui, s'il respecte les grandes lignes du scénario, le réduit à un divertissement comique par moments mais le plus souvent gratuit, irrévérencieux et inutile, joué en costumes de ville devant des tables où l'on prend un verre.

Meneuse de jeu au même titre que la fameuse Lady, la Maîtresse de cérémonies du spectacle, en perruque rousse et queue-de-pie, commente ce qui se passe sur scène, en s'en moquant, mange du pop-corn pendant le couronnement des deux usurpateurs ou s'amuse avec un petit lion en peluche, symbole de la couronne britannique. Ce qu'on lui fait dire est assez gênant, mais je dois reconnaître le réel sens comique de la comédienne Danette Mackay.

Le couple central est dans la bonne tradition et s'exprime uniquement en anglais. Les bras tachés de sang, Lady M. mène le bal et le mari suit. Dans les deux rôles, Anna Rydvald et Paul Hopkins se révèlent de niveau professionnel.

Quant aux «sorcières» de l'histoire, on en compte huit : quatre femmes et quatre hommes, tous habillés de noir, et chantant avec leurs cahiers à musique dans les mains.

Le spectacle -- une heure sans entracte -- est accompagné de pièces de Purcell, Eccles, Locke et Leveridge jouées par l'Ensemble Caprice que dirige énergiquement son titulaire Matthias Maute. Précision : la «guitare» mentionnée dans le programme était un théorbe.

Avant le spectacle, la directrice de Montréal Baroque, l'infatigable Susie Napper, a reçu une ovation monstre des quelque 300 personnes rassemblées au Marché Bonsecours. Le tout s'est terminé par une parade sur la dernière musique entendue et une rencontre sur le trottoir où des plateaux d'exquises fraises fraîches circulaient parmi les interprètes et les spectateurs. Sympathique, quand même!

L'ENFER DE MACBETH, AU CABARET. Conception : Paul Hopkins, Matthias Maute, Susie Napper et Paul Yachnin. Scénographie : Cassandre Chatonnier. Chorégraphie : Rosemary Cass-Beggs. Repercussion Theatre, Choeur et Ensemble Caprice. Dir. Matthias Maute. Dimanche soir, Salle de la Commune du Marché Bonsecours. Dans le cadre du Festival Montréal Baroque.