Les organisateurs - organisatrices, plutôt - du Festival Bach auraient dû se douter que le programme de cantates réunissant Daniel Taylor et Suzie LeBlanc allait attirer un auditoire record et, conséquemment, le présenter dans un lieu plus grand. La Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours contient normalement 200 personnes. Hier soir, il fallut se serrer à quatre par banc pour accommoder les 350 auditeurs.

Claude Gingras LA PRESSE

Accueilli par un véritable fan-club, Daniel Taylor descendait à Bon-Secours avec son Theatre of Early Music, ensemble vocal et instrumental qu'il a fondé en 2001. Son programme comprenait deux cantates pour petit choeur, petit ensemble instrumental et quelques solistes. Le tout requérait 24 chanteurs et instrumentistes et totalisait une heure et demie, entracte compris.

Chaque cantate contient un choral popularisé en de multiples arrangements: de la Cantate 140, c'est le choral dit «du veilleur», alors que les deux parties de la Cantate 147 se terminent par le même choral Jésus, que ma joie demeure, également connu sous le titre anglais Jesu, Joy of Man's Desiring.

Daniel Taylor et son équipe nous ont donné là un Bach en général soigné. M. Taylor communique par de grands gestes l'immense plaisir qu'il éprouve à diriger cette musique. Il a cependant très peu chanté hier soir.

Pour des raisons inconnues, la Cantate 147 subit quelques mutilations: la trompette fut remplacée par un hautbois et on élimina tout simplement l'air de ténor qui ouvre la seconde partie. Concernant la trompette, aucun regret, surtout que cette partie fut admirablement traduite par le hautboïste torontois John Abberger. Quant à l'omission de l'air de ténor, peut-être la pièce s'avéra-t-elle trop difficile pour Michiel Schrey, chez qui on sentit ici et là un certain effort.

Je m'étonne toujours de voir la très délicate Suzie LeBlanc traverser les années avec la même petite voix et, en même temps, la même musicalité, le même respect du style et la même efficacité. Elle occupa toute sa moitié de l'espace sonore dans le «duo d'amour» de la Cantate 140, qui est en fait un dialogue entre l'âme et Jésus, ce dernier étant représenté par la voix musclée et l'imposante présence du baryton Alexander Dobson.

Du côté instrumental, une seule mauvaise note: le violoniste Adrian Butterfield a pris un certain temps à se rendre compte qu'il jouait faux.

M. Taylor annonça en rappel le motet BWV 118b.

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THEATRE OF EARLY MUSIC. Dir.: Daniel Taylor. Solistes: Suzie LeBlanc, soprano, Daniel Taylor, haute-contre, Michiel Schrey, ténor, et Alexander Dobson, baryton. Hier soir, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Dans le cadre du Festival Bach.

Programme:

Cantate BWV 140, Wachet auf, ruft uns die Stimme

Cantate BWV 147, Herz und Mund und Tat und Leben