L'interprétation du Chant de la terre que Yannick Nézet-Séguin et la mezzo Christianne Stotijn nous ont donnée hier après-midi fait partie de ces expériences troublantes - et rarissimes - qui déconcertent l'observateur. Celui-ci cherche tout simplement ses mots pour décrire ce qu'il a ressenti; il ne sait d'ailleurs pas par où commencer son analyse de l'événement.

Mis à jour le 23 févr. 2009
Claude Gingras LA PRESSE

Et si on commençait par la toute fin? Par le silence qui a suivi le «ewig» («éternellement») doucement répété de la chanteuse? Un silence incroyable, que Nézet a maintenu pendant ce qui semblait une éternité, justement, prolongeant ainsi l'atmosphère qu'il avait établie dans la salle depuis une heure.

 

L'OSM et Nagano avaient donné cet ultime Mahler, Das Lied von der Erde, le mois dernier dans la version facultative où un baryton remplace la mezzo. Nézet revenait hier à la version traditionnelle ténor-mezzo, plus intéressante en raison du contraste des voix. Encore faut-il une mezzo à la hauteur. Ce qu'est tout à fait la Néerlandaise Christianne Stotijn (on prononce «chto-taïn»).

D'un maintien très digne, avec une voix belle et toujours égale et un phrasé caressant, Mme Stotijn livra entièrement de mémoire le texte, tour à tour poétique et contemplatif, dont elle avait bien pénétré le sens. L'Abschied final, qui fait à lui seul une demi-heure, soit la moitié de l'oeuvre complète, donna lieu à un dialogue plein de mystère - et véritablement mis en scène par Nézet - entre la voix et des instruments comme la flûte et le hautbois traités à leur tour comme des voix.

Les yeux dans sa partition, même quand il ne chantait pas, John Mac Master fournit la prestation de Heldentenor que Mahler souhaite. C'est finalement un ivrogne qui gueule ici et le corpulent Mac Master rendit bien le personnage, même que ses efforts à l'aigu cadraient avec le contexte assez délirant.

Le grand héros reste néanmoins le jeune chef du Métropolitain, pour avoir obtenu de celui-ci une réalisation aussi précise et aussi convaincante de cette partition très difficile.

L'exécution était accompagnée de surtitres et d'images d'une sculpture d'Anne Kahane inspirée par l'oeuvre de Mahler. Mme Kahane était présente parmi les quelque 2000 auditeurs. Le concert était donné sous la présidence de Mme Sophie Desmarais.

En première partie: la Symphonie no 100 de Haydn, jouée avec toutes les reprises, une nette articulation des violons et une amusante turquerie.

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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN DU GRAND MONTRÉAL. Chef d'orchestre: Yannick Nézet-Séguin. Solistes: Christianne Stotijn, mezzo-soprano, et John Mac Master, ténor. Hier après-midi, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Programme: Symphonie no 100, en sol majeur, Hob. I: 100 (Militaire) (1793-94) - Haydn Das Lied von der Erde, pour mezzo-soprano, ténor et orchestre (1911) - Mahler