De la musique aux arts visuels, en passant par la danse et la mode: la chanteuse québécoise Annie Sama incarne la multidisciplinarité. Portée par sa soif de montrer au monde ce que le Québec a à offrir, elle accomplit avec brio sa «mission» et fait de plus en plus sa marque à l'international. Nous lui avons parlé.

Mis à jour le 22 mars 2019
MARISSA GROGUHÉ LA PRESSE

Si son nom n'est pas des plus connus au Québec, la Montréalaise Annie Sama fait néanmoins parler d'elle sur les scènes internationales de la musique et de la mode depuis un certain temps. Récemment citée dans le magazine Vogue comme l'une des 10 «jeunes artistes les plus intéressants», la chanteuse a participé à la Fashion Week de Paris, plus tôt ce mois-ci, comme artiste invitée d'une grande marque. Elle rentre maintenant au bercail pour quelques concerts au Québec.

La chanteuse québéco-congolaise, dont la musique aborde un éventail éclectique de sons et de sujets, discute avec enthousiasme de son intention créative. «Aussitôt que je trouve un groove que j'aime, que je ressens, je l'amène en studio et on essaie de créer de la magie, de créer mon son à moi», affirme-t-elle au bout du fil. 

Or, l'expression de sa créativité est aussi multiple que les thèmes de ses refrains. Annie Sama a ainsi participé à la création de certains de ses vidéoclips, des entités visuelles singulières, parfois psychédéliques, toujours avant-gardistes. L'autre corde à son arc créatif est la danse, qu'elle exploite notamment dans le vidéoclip de sa chanson Tree House, mais aussi sur scène. «Je ne suis pas dans une case, j'aime découvrir et faire découvrir plein d'affaires», explique-t-elle.

Au magazine Vogue, Annie Sama parle aussi de son admiration pour les divas modernes que sont Beyoncé ou Rihanna. Sur son EP Clear, sorti en septembre dernier, Annie Sama flirte d'ailleurs avec la pop, tout en s'immergeant dans un son électro «assumé» qu'elle n'avait pas abordé avant. En somme, elle expérimente et crée «[sa] version à [elle] de la pop», dit la jeune femme.

«C'est un peu alternatif, des fois avec du hip-hop, des fois de l'industriel.»

Ce n'est pourtant pas avec ce son qu'on l'avait connue, sous le nom APigeon, quand elle a lancé son premier album en 2014, qui explorait un univers plutôt teinté de folk-pop. «C'était un album d'exorcisme, je vivais beaucoup d'affaires avec mon passé, confie-t-elle. Là, je suis passée à autre chose dans ma vie.»

Pour Clear, qu'elle a coréalisé, elle voulait donc s'amuser avec de la «pop plus bouncy», pour que «les gens dansent». «Je suis rendue là», explique tout simplement la chanteuse.

«Partager ce qu'il y a de beau au Québec»

Annie Sama est la seule Québécoise à figurer dans le classement publié par le magazine Vogue en janvier. Cette apparition médiatique répond bien au désir de l'artiste de faire rayonner le Québec à l'étranger. «Pendant un bout de ma vie, je ne savais pas ce que je voulais faire, dit-elle. Et j'ai fini par comprendre que je voulais partir en tournée et partager tout ce qu'on a de beau au Québec.»

Née d'un père congolais et d'une mère québécoise, elle a en partie décidé de créer en anglais pour donner à son projet une portée «plus internationale». «Je suis fière de montrer le Québec», ajoute celle qui a grandi à Saint-François-Xavier-de-Brompton, au nord de Sherbrooke.

Au moment de notre entrevue, début mars, c'est en France qu'Annie Sama faisait rayonner sa musique, à l'occasion de la Fashion Week de Paris. Installée dans un café parisien pour nous parler, l'artiste a abordé avec passion l'importance de la mode dans sa vie, un attachement qu'elle doit à sa grand-mère couturière. 

«Elle avait un genre à la Coco Chanel. C'était hallucinant, ce qu'elle faisait. Et sans le savoir, j'ai grandi là-dedans, avec cette espèce de côté glam.»

À Paris, elle s'est glissée dans les habits d'une «Chloé girl» pour la maison de mode française en tant qu'artiste collaboratrice. «Ils m'habillent pour mes spectacles et moi, je suis là et je vis tout ça», nous a-t-elle dit, incrédule et «super reconnaissante». Pour Chloé, elle a aussi chanté aux États-Unis à l'occasion de deux spectacles privés. Elle a par ailleurs joué à l'hôtel Carlisle de New York pour le départ du créateur Raf Simons de la maison Dior. Elle avait aussi interprété ses chansons au lancement de l'exposition Love Is Love, de Jean Paul Gaultier, au Musée des beaux-arts de Montréal, en 2017.

La mode, une rampe de lancement

À l'époque où elle étudiait la musique au cégep de Saint-Laurent, Annie Sama s'était tournée vers une autre élève, Camille Poliquin, du duo Milk & Bone, pour l'aider à trouver son style. Mais dès le départ, c'est un peu son amour de la mode qui l'a lancée. En 2015, elle a donné au festival montréalais Mode & design une performance éclatée au cours de laquelle elle a peint sur sa robe. «Ç'a été mon tremplin, explique Annie Sama. Ça m'a fait rencontrer beaucoup de monde.»

Des créateurs montréalais, dont Pedram Karimi et UNTTLD, lui ont ensuite permis de monter sur scène pendant leur défilé, ce qui a soudé l'association, très fructueuse, de l'artiste au monde de la mode.

Annie Sama sera au Club Soda demain aux côtés d'Alice et Moi, de Flèche Love et de La Bronze, dans le cadre du festival Les femmes s'en mêlent.