Rohan, l'un des enfants de Bob Marley, était de passage à Montréal pour présenter l'émission La Jamaïque au goût de Marley, une série documentaire québécoise diffusée sur MusiquePlus où il nous fait découvrir les secrets de son pays natal, ainsi que les lieux qui ont marqué la vie de sa famille. Nous l'avons rencontré, entre les nappes de musique reggae et les volutes de fumée qui planaient dans sa chambre d'hôtel, à Montréal.

Mis à jour le 30 janv. 2019
SYLVAIN SARRAZIN LA PRESSE

«Ça ne vous dérange pas?», s'enquiert Rohan Marley, qui s'apprête à rallumer un joint déjà largement entamé. «Pas le moins du monde. C'est légal ici, maintenant. Est-ce le cas en Jamaïque?», le questionne-t-on. «D'une certaine façon, on peut dire que c'est légal là-bas, je pense bien», répond-il entre deux bouffées, avant d'aborder le contenu du documentaire qui le met en vedette. 

Le concept est simple : Rohan nous conduit aux quatre coins de l'île pour en révéler toutes sortes de facettes, souvent méconnues, qu'il s'agisse de musique, de lieux naturels, de gastronomie ou des communautés qui l'animent. «Nous voulions donner une meilleure idée de ce à quoi ressemble la Jamaïque, sa culture, ses vibrations, ses zones naturelles, explique-t-il. Le préjugé le plus courant au sujet de la Jamaïque est qu'il s'agirait d'un pays peu sécuritaire, alors qu'il n'est pas différent des autres pays. Personne n'est parfait.»

«La Jamaïque au goût de Marley est une expérience d'exploration incroyable. On devrait étendre le concept à d'autres pays, au Brésil, à l'Afrique du Sud...» 

Lui-même confesse avoir beaucoup appris sur son propre pays, la production lui en faisant parfois soulever des pans insoupçonnés. Il fut, par exemple, particulièrement impressionné par les progrès en matière de développement durable et d'agriculture biologique. «On est vraiment en avance de ce point de vue là», constate celui qui a fondé une entreprise de café jamaïcain. 

Cette exploration va encore plus loin, puisque Rohan Marley détient le trousseau d'accès aux lieux clés et aux histoires qui ont marqué la légende de son père Bob : les diverses demeures familiales, des anecdotes d'enfance, le studio d'enregistrement où des succès planétaires ont été composés... Avec passion, celui qui se dit fier de l'héritage familial culturel et spirituel («Tel père, tel fils!», lance-t-il) dépoussière le passé pour nous livrer un regard inédit sur la légende Marley.

Diffusé depuis la mi-janvier sur MusiquePlus et comptant une dizaine d'épisodes, le documentaire est co-signé par les boîtes de production québécoises Télégramme (qui avait produit le documentaire Pablo Escobar, raconté par son fils) et Cult Nation, qui a écumé la Jamaïque en compagnie de Rohan Marley durant un mois - sur un rythme qui a semblé plus rock'n roll que reggae.

«C'est vraiment un documentaire de terrain intense, souligne Olivier Aghaby, producteur exécutif de La Jamaïque au goût de Marley. Plus on avançait, plus on avait accès à la culture jamaïcaine.»

L'équipe n'a d'ailleurs pas hésité à tirer un trait sur certaines destinations programmées pour se laisser guider vers des aventures improvisées. 

Reggae et football

Si le téléspectateur découvre des secrets bien gardés de l'île caribéenne et la vie du plus célèbre des reggaemen, on gagne également à en apprendre plus sur Rohan lui-même. 

Contrairement à plusieurs de ses frères, comme Ziggy ou Damian, qui ont marché dans les traces musicales de leur père, il a cheminé vers d'autres terrains; des terrains de football, notamment, puisqu'il a été secondeur pour l'Université de Miami, puis dans les rangs des Rough Riders d'Ottawa. Un sacré contraste avec l'ambiance apaisante du reggae! Questionné sur ce point, le principal intéressé n'hésite pas à établir une connexion entre ces deux mondes apparemment opposés. «Quand je jouais avec Miami, je me souviens de mon camarade de chambre à l'hôtel qui allait quitter les lieux pour aller jouer aux cartes. Je lui ai dit: "Non, on a un match demain, assieds-toi", et on a lu la Bible et écouté de la musique. Quand tu pars à la bataille, il faut que tu trouves la paix, le calme et la concentration. Pour les atteindre, j'ai la lecture de la Bible et la musique de mon père. Comme le dit la chanson, "we are survivors », explique-t-il.

Enfin, en plein débat sur l'appropriation culturelle au Québec, que penserait-il si quelqu'un d'autre portait les symboles rastafaris, comme les pendentifs qu'il arbore dans le documentaire? Le fils de Bob Marley ne semble pas s'en offusquer outre mesure, nous expliquant toutes les significations spirituelles concentrées dans le médaillon qu'il portait ce jour-là. «C'est l'Ordre du Lion. Tout le monde peut le porter. Le Lion est toujours le Lion, il ne se réveillera jamais un matin en pensant qu'il est une gazelle!», conclut-il.