Si on a beaucoup entendu qu'IAM a peut-être lancé son dernier album cet automne, l'heure de la retraite est loin d'avoir sonné pour le mythique groupe rap, indique Akhenathon en entrevue avec La Presse. Le rappeur attend par ailleurs une invitation des programmateurs des FrancoFolies de Montréal pour se produire à l'extérieur en juin prochain, et non en salle. Le message est passé.

Publié le 28 déc. 2013
ÉMILIE CÔTÉ LA PRESSE

Q: Lancé cet automne, ...IAM est paru sept mois après l'album Arts martiens. Était-ce prévu?

R: Au départ, nous avions l'idée de sortir un album double. Nous avons plutôt mis le volume 2 de côté, car c'est plus simple de sortir un album simple. On s'est dit que si jamais le premier fonctionnait bien, on sortirait le deuxième. C'est ce qui s'est passé: on a obtenu un disque platine et nous avons obtenu la bénédiction de Def Jam pour sortir le deuxième volet.

Q: On a beaucoup laissé entendre qu'il s'agit de votre disque ultime. C'est vrai?

R: Nous avons enregistré Arts martiens en se faisant dire : éclatez-vous et faites votre album. Ça voulait dire un peu au revoir, donc nous sommes passés à autre chose dans notre tête. C'est vrai que le succès inattendu des deux albums fait que le téléphone sonne. On espère par ailleurs pouvoir continuer. Mais si on ne continue pas, ce n'est pas la fin du monde. Il ne faut pas voir ça comme la fin du groupe IAM, mais comme une mutation vers d'autres avenues. Peut-être plus de live et de musiques de film... Chez nous, c'est aucunement anxiogène. On fait ce qu'on a à faire. Là, nous avons des dates calées jusqu'au début de 2015. Nous sommes super contents.

Q: Vous avez déjà manifesté le souhait de vous produire aux FrancoFolies de Montréal à l'extérieur plutôt qu'en salle (au Métropolis, en juin dernier). C'est possible l'été prochain?

R: À vous de le dire aux gens qui organisent les Francos. C'est vrai que ça fait deux fois qu'on le dit et qu'on joue dans des salles payantes. Notre volonté serait de jouer devant une grande scène, mais on ne peut pas venir à n'importe quelle condition. On veut avoir tout notre décor et notre équipe pour que nos fans canadiens voient notre vrai spectacle. Déjà qu'à cause des droits payants de Vevo (une sous-division de YouTube), vous ne pouvez pas tout voir nos clips. [...] On pourrait aussi faire le Festival d'été de Québec et quelques dates pour rentabiliser notre voyage. C'est ce qu'on a fait l'an dernier pour se produire sur le SummerStage à New York [dans Central Park].

Q: Sur votre dernier album, il y a une chanson intitulée Si j'avais 20 ans. Nostalgie?

R: Non, ce n'est pas une chanson uniquement nostalgique. Mais si nous avions 20 ans aujourd'hui, nous voyagerions partout dans le monde. Dans les années 80, c'était compliqué et ça coûtait cher. L'an dernier, nous sommes allés à Bangkok et j'ai fait des chansons avec des groupes japonais. C'est juste que si nous étions plus jeunes et sans obligations, nous serions aux quatre coins du monde.

Q: Aujourd'hui, la musique rap est plus hédoniste qu'engagée. C'est l'idée derrière votre nouvelle chanson Fuck le refrain?

R: Cette chanson est une joke où on dit: n'écoute pas trop les refrains, car ce sont les couplets qui sont importants. Aujourd'hui, la musique est calibrée et conditionnelle au divertissement. Même chose dans l'agroalimentaire: la vue d'un fruit est plus importante que son goût.

Q: Pour un groupe engagé comme IAM, comment fait-on pour entretenir la flamme de la revendication sans tomber dans le pessimisme?

R: Avec des enfants, nous ne pouvons pas être pessimistes. On en compte 13 dans le groupe maintenant. Shurik'n a eu un petit garçon il y a quelques jours. La force qu'on garde est pour nos enfants et l'héritage qu'on va leur laisser. En France, nous sommes dans une révolution à droite individualiste, donc il faut être extrêmement prudents et se battre pour ne pas être aigri pour nos enfants.

Q: Les membres des groupes rap sont plus soudés et fraternels que ceux des groupes rock. Pourquoi?

R: Notre culture est basée sur le partage. Il y a moins de conflits que dans le rock et la variété. Je suis content que vous le remarquiez. Oui, il y a un côté sportif et des divisions, mais quand je vois les membres de Wu-Tang Clan qui continuent de collaborer, je vois les idéaux rassembleurs du hip-hop.