Travis Stewart, surtout connu sous le pseudonyme Machinedrum,  a lancé sous étiquette Ninja Tune l'album Vapor City, un des grands crus de l'électro cette année. Ce vendredi à la Société des Arts Technologiques, le trentenaire new-yorkais et son équipe en présentent la matière. On l'a joint pour mieux se préparer à cette escale.

Publié le 15 nov. 2013
ALAIN BRUNET LA PRESSE

Q. Pouvez-vous décrire brièvement la manière dont vous assemblez les fragments de votre musique afin d'en constituer le son Machinedrum ?

R. Ma musique est surtout construite à partir d'échantillons sonores.  Pour ce, j'ai constitué un vaste répertoire de son au fil des ans. Je me suis même échantillonné en train de faire jour des disques, regarder la télé, accéder à YouTube, jouer des synthétiseurs, enregistrer des sons sur le terrain.J'ai aussi échanger des répertoires constitués par des amis. Pour trouver l'inspiration, il m'arrive de naviguer au hasard dans des bouts de répertoires qui me sont encore inconnus. Ou encore sélectionner des fichiers au hasard jusqu'à ce qu'une étincelle m'allume.Il se peut aussi que j'aie une chanson pop en tête, une mélodie, une idée de rythme et j'enregistre alors cette idée. Très souvent, la chanson démarre sur une idée ou un échantillon mais peut se trouver ailleurs quelques heures plus tard, c'est-à-dire lorsque se dessine sa forme définitive.

Q. Avec plus d'une vingtaine d'albums créés depuis l'an 2000, votre productivité épate. Comment maintenir un tel rythme de création ?  

R. Je passe tous mes temps libres à composer. J'ai trouvé une manière de me sentir à l'aise en n'étant pas interrompu par une interview ou un spectacle, de trouver les conditions nécessaires à la création de nouvelles pièces. Lorsque les idées principales sont trouvées, cela devient un grand plaisir d'arranger, ficeler le tout. Cela dit, il m'est arrivé de passer plusieurs mois et même des années à parachever une chanson. J'ai bien peur d'avoir dépensé des énergies inutiles à cause de certaines obsessions à finir des pièces laborieuses. Ces pièces étaient peut-être meilleures dans leur première version que leur trentième! Par ailleurs, j'ai appris à laisser de côté dès le départ les idées trop minces et passer à autre chose.

Q. Pouvez-vous décrire l'approche musicale de votre nouveau spectacle?

R. J'ai voulu présenter quelque chose de spécial pour mettre en valeur la musique du nouvel album, Vapor City c'est-à-dire en donnant un véritable spectacle. Ainsi, j'utilise un ordinateur avec Ableton Live (logiciel de séquenceur musical), une guitare, des claviers, des contrôles MIDI et de la percussion. Mon batteur reproduit fidèlement les programmations de chaque pièce de l'album, ce qui permet au public de mieux comprendre  ce que j'ai imaginé rythmiquement. J'ai déjà tourné avec Lane Barrington, j'aime beaucoup travailler avec lui car son jeu est unique.  

Q. Comment s'articulent les éléments visuels?

R. J'ai recruté un vidéaste afin qu'il illustre à sa manière l'atmosphère de l'album. À ce titre, Weirdcore est brillant. Il a créé des environnements visuels pour plusieurs artistes de renommée internationale, d'Aphex Twin à M.I.A.. Avec lui, j'ai fonctionné de la même manière qu'avec Lucky Me qui a créé les images de mon album : je lui ai fait de brèves descriptions de chaque district de cette ville avec à l'appui quelques exemples glanés sur YouTube. Après quoi  je l'ai laissé faire ce qu'il voulait. C'est très cool parce qu'il a fait en sorte que les images ne produisent pas un déficit d'attention par rapport à la musique jouée sur scène. À ce titre, d'ailleurs, les images sont synchronisées électroniquement avec la musique, il y a donc interaction constante entre le visuel et le sonore.

Q. En tant que musicien et réalisateur électro, vous identifiez-vous à une communauté internationale ?

R. Oui, parce que mes influences viennent de partout dans le monde. C'est là mon rôle principal, c'est ce que je fais comme ils disent. Je m'identifie donc à quiconque vit à travers la musique, une langue en soi. Cela ne pourrait être plus cliché haha!

Q. Qu'en est-il de votre identité américaine? 

R. J'ai grandi en Caroline du Nord, soit en l'absence de tout milieu musical. J'ai eu tôt fait de m'habituer à ne représenter aucune scène locale. Il est néanmoins sympa de se sentir participer à un mouvement artistique mais cela peut aussi devenir une perte de temps. Aujourd'hui, j'essaie d'éviter de fonder une nouvelle scène musicale ou en faire avancer une autre qui existe déjà. Pour qu'un musicien puisse grandir, je ne crois pas qu'il soit aussi important pour lui de s'identifier à une ville que ça ne l'a déjà été. Personnellement, j'ai appris à chercher et trouver sur l'internet la musique qui m'intéressait et c'est ce que je fais encore aujourd'hui la plupart du temps. Je crois que nous sommes chanceux de plus être obligés de nous rendre à un magasin de disques ou encore rencontrer des gens dans notre propre ville afin de grandir en tant que musicien. Mais il reste nécessaire de comprendre les connexions culturelles de certains styles musicaux en fréquentant les clubs qui s'y consacrent.

Q. Bien avant le dubstep et la bass music, hip hop, soul et  R&B semblent avoir été des matériaux très importants de votre musique. Cela a-t-il précédé votre intérêt pour la composition et la réalisation dans l'univers de la musique électronique? 

R. Lorsque j'ai commencé à m'intéresser vraiment à la musique électronique, j'étais un petit Blanc élevé dans la banlieue d'une petite ville de Caroline du Nord. Alors non, cela ne faisait pas partie de ma culture.  J'ai voulu en faire partie, m'en approcher autant que possible en l'imitant à travers la musique. Puis j'ai déménagé à Orlando, je m'y suis inscrit à une école afin de devenir ingénieur du son. J'ai alors commencé à travailler avec des groupes locaux, j'ai rencontré des musiciens sans être toutefois immergé de musique urban. Cela s'est produit vraiment lorsque je me suis installé à New York City en 2006.  J'ai alors appris beaucoup du hip hop et du R&B en travaillant avec plusieurs artistes de ce genre.

Q. Quels sont vos cinq artistes préférés de 2013?

R. Mark Pritchard, Oneohtrix Point Never, DJ Rashad, Om Unit et Fracture.

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Ce soir à la Société des Arts Technologiques (SAT), Machinedrum partage le programme avec Star Slinger, Ango et Nick Hook.