Quelques heures avant de monter sur la scène de l'Olympia de Paris pour un concert à guichets fermés, hier soir, Roch Voisine se remémorait les années complètement folles de ses débuts en France, il y a une vingtaine d'années. Après cinq années à donner des spectacles pendant lesquels ses musiciens et lui s'entendaient à peine tellement les fans criaient, il a trouvé depuis un rythme de croisière moins frénétique.

Mis à jour le 22 avr. 2013
Alain de Repentigny LA PRESSE

À en juger par l'agitation qui régnait dans le vénérable théâtre parisien hier, j'ose à peine imaginer comment c'était dans les années folles. Deux bonnes heures avant qu'il monte sur scène, une vingtaine de fans, parmi lesquelles un homme semblait s'être égaré, attendaient l'idole dans la rue pendant qu'il faisait ses tests de son sur scène. Quelques minutes avant le début du spectacle, des admiratrices enthousiastes, parmi lesquelles s'était glissé un gars énergique - non, pas le même -, s'improvisaient meneurs de foule.

Quand le chanteur et ses cinq musiciens sont apparus sur scène, ça s'est mis à pousser des cris suraigus dès les premières mesures des chansons et à taper des mains chaque fois que le rythme s'emballait un peu. Après l'entracte, les fans le plus dégourdies se sont précipitées devant la scène et dans les allées, et certaines sont même montées sur les sièges du vieux théâtre pour croquer le beau Roch avec leur téléphone ou leur iPad. «C'est l'anarchie», a lancé ma voisine, frustrée de ne plus entrevoir le chanteur québécois. Puis elle s'est remise à chanter avec la chorale de spectateurs, pour qui le répertoire de Roch Voisine n'a aucun secret. Quand il a chanté Je te serai fidèle avec son invitée-surprise Chimène Badi, une armée de femmes de tous les âges ont brandi bien haut des feuilles blanches sur lesquelles était imprimé le titre de la chanson.

Le chanteur de charme nous avait averti avant le spectacle: «Le public européen, en général, participe plus.» Quelques minutes après sa sortie de scène, il renchérissait: «Oui, le public était enthousiaste ce soir, mais il l'est autant sinon plus dans toutes les villes belges.»

Roch Voisine ne remplit peut-être plus Bercy, mais la dévotion de ses fans français ne semble pas s'être atténuée. Leur loyauté non plus. «C'est la même chose au Québec, sauf qu'on est 10 fois moins nombreux. On peut donner plus de shows ici avec le même pourcentage de spectateurs qui viennent des années folles du début», dit-il sans me convaincre tout à fait.

En duo avec Isabelle Boulay

Isabelle Boulay, qui en connaît elle aussi un bout sur la fidélité des fans français, qui l'ont acclamée quand elle est venue chanter magnifiquement La berceuse du petit diable avec la vedette de la soirée, nous disait ceci avant le spectacle: «Le public français est un public qui s'attache et avec lequel on peut développer des filiations. Je pense que ça tient en partie à la façon dont on aborde notre métier et qui les fait rêver. Au-delà de ses attributs physiques exceptionnels, Roch les fait rêver d'Amérique. En plus, c'est un vrai coureur de fond, c'est un gars brillant.»

Il s'agissait du deuxième Olympia complet en quatre mois pour Voisine et ses musiciens. Il faut dire qu'il venait de passer un peu plus de deux ans sans venir chanter en France, lui qui avait habitué son public hexagonal à une visite annuelle. C'est la faute au public québécois qui, pendant ces années, lui a réclamé une centaine de spectacles de sa tournée précédente, Americana, dont deux au Centre Bell.

Son public français a-t-il changé? «Ben il a vieilli, mais les gens qui me suivent au Québec sont beaucoup plus vieux», répond le chanteur quinquagénaire sur le ton de l'évidence. Il ajoute: «Il y a plus de gars dans l'assistance chez nous, surtout pour le spectacle Americana. La musique country, c'est fait pour les hommes en partant, les gars écoutent ça dans leur char. On a récupéré un peu au Québec les maris qui se faisaient parfois tirer par le bras pour venir voir mes concerts.»

Il reste encore en Europe des relents de la Voisinemania d'antan, constate-t-il. «Je me promène n'importe où à Paris et si je ne porte pas une casquette ou des lunettes, si je ne me déguise pas, ça ne prend pas 30 secondes avant que des gens me reconnaissent, qu'ils m'aiment ou qu'ils ne m'aiment pas. Après 25 ans, c'est quand même cool.»

Autre preuve que le public d'outre-Atlantique est resté fidèle à Roch Voisine: son plus récent album symphonique Duophonique, sur lequel il chante avec une bonne moitié de Québécoises et autant d'artistes français, est désormais un disque d'or (60 000 exemplaires vendus depuis son lancement en France, à la fin du mois de février). La version presque entièrement québécoise paraîtra à l'automne. «Mes fans achètent encore des disques», constate Voisine, qui semble plus serein que jamais.