«On a encore une série de chansons d'amour, c'est tout ce qu'on écrit», disait Tegan la moitié de Tegan and Sara hier soir. À 28 ans, les jumelles originaires de l'Alberta comptent déjà six albums, tous remplis d'histoires de coeurs brisés et de martyrs de l'amour.

Paul Journet LA PRESSE

Le duo était à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts hier pour la tournée de leur plus récent disque, Sainthood, un peu plus mature et achevé que ses prédécesseurs. Elles en ont joué plus de la moitié des pièces dans un spectacle de deux heures. Un spectacle généreux et musicalement énergique, mais un brin monochrome.

La foule, composée en grande majorité de filles de moins de 30 ans, adorait manifestement. Elle reconnaissait pratiquement chaque pièce dès les premiers accords. «Je pense que vous êtes notre plus grosse foule de la tournée», assurait Tegan. On s'en doutait déjà un peu avant même le spectacle, à voir la file qui s'allongeait devant le kiosque de souvenirs (l'argent de la vente d'affiches était versé à des organismes aidant en Haïti.)

Même si elle était bondée, la salle Wilfrid-Pelletier n'était peut être pas le meilleur choix. L'ambiance était un peu froide, et les jumelles ne s'aidaient pas beaucoup en début de concert. Elles restent plutôt statiques sur scène. Même chose pour les trois hommes musiciens qui les accompagnaient, vêtus comme elles d'un uniforme ouvrier, avec jean foncé et chemise bleu pâle. À part une toile de dessins à numéros, la mise scène est pratiquement inexistante.

Il a fallu attendre l'invitation de Tegan à Walking With a Ghost, la quatrième pièce, pour que la foule se lève. Elle ne se rasseoira pas.

On dirait que si les jumelles bougent peu, c'est parce qu'elles sont frappées par ce qu'elles chantent. Car leur interprétation, elle, ne manque pas d'énergie. Plusieurs titres prennent un peu de poids sur scène, ce qui est apprécié. Les musiciens alternent entre la guitare et les claviers. On passera d'une formation à quatre guitares (incluant la basse) à une formation à une guitare avec trois claviers, pour naviguer entre le rock et le pop-rock. Tegan et Sara se relaient aussi au micro, chacune chantant les pièces qu'elle a composées. Comme nous sommes incapables de distinguer les voix de ces jumelles identiques, il était amusant de voir enfin qui chante quoi.

Malgré tout, le spectacle souffre d'un petit problème de rythme. La première heure est prise dans un bloc homogène. Peut être était-ce une bulle dans laquelle il fallait entrer. Les fans y étaient de toute évidence. Néanmoins, les soeurs auraient pu mieux jouer avec l'ordre des chansons. On reste dans le même registre émotionnel. Cela manque de bas et de hauts pour déstabiliser. Il faudra attendre les Soil, Soil, Knife Going In puis la fougueuse Jealous pour casser le rythme. Les pièces acoustiques seront pour la plupart gardées pour le rappel, unique moment où les jumelles sont seules sur scène. Il y aura alors une belle version acoustique de Felt It In My Bones.

Si les soeurs Quin sont si populaires, c'est sûrement un peu pour leur personnalité. Leur image détonne et retient l'attention dans le monde de la pop : deux jumelles identiques, engagées pour les droits des gais et d'autres nobles causes. Et il y a aussi leur contagieux sens de l'humour.

Elles ne perdent jamais l'équilibre entre l'hyper sensibilité de leurs chansons, et la coolitude de leur flegme quand elles parlent entre les chansons. Les échanges à deux durent souvent longtemps, mais on ne s'ennuie pas. Avec un humour plutôt british, elles parlent de n'importe quelle tranche de vie les concernant, des manies de leur grand-mère à leur goût pour le PFK ou le St-Hubert. Chacune assumant son rôle, Tegan étant la femme forte et Sara la «faible qu'on veut prendre en charge.»

Tegan se moquait d'ailleurs de sa soeur installée depuis quelques années à Montréal. «On va te trouver une épouse», lançait-elle. À en juger par les nombreux cris de la foule, il y avait plusieurs prétendantes.