Marc-André Hamelin faisait jeudi soir ses débuts comme soliste avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin, devenant ainsi le premier pianiste canadien à se produire aux côtés de la légendaire phalange allemande depuis Glenn Gould. Un jalon supplémentaire dans la carrière de ce magicien de l'instrument, qui a su montrer à une salle comble et attentive les multiples facettes de son talent.

Renaud Loranger, collaboration spéciale LA PRESSE

Bien au-delà de ses capacités techniques électrisantes, le pianiste montréalais est probablement l'un des musiciens les plus complets de sa génération: virtuose, certes - dans le sens le plus noble du terme -, véritable penseur de la musique, lui-même compositeur, boulimique du répertoire dont l'appétit nous a valu la découverte de quelques perles jusque-là réservées aux connaisseurs, interprète d'une intelligence rare, qui aborde avec la même intégrité Haydn, Beethoven ou la musique d'aujourd'hui.

Hamelin n'est pas inconnu des Berlinois, loin de là: il était en septembre l'invité du musikfest Berlin, manifestation réunissant quelques-uns des plus grands noms de la musique. Il attire à la Philharmonie un public plus jeune qu'à l'habitude, intrigué peut-être par le caractère inusité d'un programme où cohabitent le très classique Felix Mendelssohn Bartholdy (la Troisième Symphonie), le Polonais Karol Szymanowski (la Symphonie Concertante, avec Hamelin), disparu en 1937, et l'Italien Luciano Berio (Quatre dédicaces), disparu en 2003.

D'une oeuvre hybride, sorte de croisement entre un concerto pour piano et orchestre et une symphonie, oscillant 35 minutes durant entre poésie contemplative et emportements extatiques, Marc-André Hamelin tire le maximum, tant sur le plan expressif que purement pianistique. L'entente avec l'orchestre et le jeune chef Pablo Heras-Casado est manifeste.

Bien plus qu'un succès d'estime, il s'agit d'un vote de confiance pour le pianiste québécois qui, on peut le supposer, repassera souvent par Berlin. En attendant, il se produit à la Maison symphonique de Montréal, avec l'OSM, sous la direction du maestro Kent Nagano, mercredi, jeudi et dimanche.