Björk a accordé plusieurs entrevues ces derniers temps pour et expliquer les nombreuses ramifications de son dernier grand projet. Ce n'était pas superflu. Biophilia est la quintessence de l'album concept: 10 chansons aux thèmes inspirés de phénomènes naturels (la foudre, les cycles lunaires, etc.) et autant d'applications iPad conçues pour en explorer la transposition musicale.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

La version pour iPad incite à prêter une grande attention aux animations interactives et provoque une forme d'immersion esthétique qu'on n'a pas vécue souvent depuis qu'on a troqué nos vinyles et nos CD pour un iPod. Sur le plan commercial, par ailleurs, vendre des applications n'est pas bête du tout à une époque où les chansons se baladent gratuitement sur l'internet...

L'intrigant volet applications de Biophilia nous laisse toutefois sur notre faim. Les univers développés sont certes judicieusement liés aux chansons, dont ils révèlent le sous-texte ou la structure. Hollow constitue par exemple un fascinant voyage dans la structure de notre ADN et Virus, un amusant ballet amoureux. Mais ces animations relèvent presque du clip de luxe.

Mi-ludiques, mi-pédagogiques, celles qui permettent d'intervenir dans la musique s'avèrent surtout destructrices : les chansons en ressortent juste complètement désarticulée (Moon et Solstice, par exemple). Le iPad, réputé si convivial, se transforme alors en mystère difficile à percer.

Biophilia existe aussi sans son volet techno. En une version amputée, est-on tenté de dire, tant musiques et concepts semblent indissociables. L'ensemble tient alors davantage de la suite poétique scientifico ésotérique dépouillée que de la pop éclatée. Bref, c'est de la recherche fondamentale plus proche de Medúlla que de Post.

Björk, qui avait déjà tout de la néodiva, prend ici des airs de prêtresse techno. Survolant de foisonnantes architectures électroniques (Thunderbolt) ou de schématiques structures répétitives (Moon), sa voix semble prêcher pour la réconciliation de l'être humain avec sa nature profonde. Son romantisme scientifique s'avère finalement peu charismatique et n'incite pas à s'attarder dans la cathédrale sonore par moments irritante qu'elle a érigée.

À télécharger: Virus

TECHNO

Björk

Biophilia

**1/2

One Little Indian/Warner