Le seul désavantage de la Virée classique, c’est qu’il faut faire des choix ! Avec 17 évènements durant la seule journée de samedi, impossible d’assister à tout. La Presse a tout de même eu l’occasion de se rendre à six concerts dans les quatre salles participantes.

Publié le 14 août
Emmanuel Bernier Collaboration spéciale

Lancé par l’Orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano en 2012, le mini-festival était de retour du 10 au 14 août après une interruption de trois ans causée par la pandémie. Cette neuvième mouture, la première sous la direction de Rafael Payare, mettait en vedette différentes musiques des Amériques.

Le concept de la journée de samedi était simple : les musiciens de l’OSM et des invités se produisant en groupes petits ou grands dans différents lieux de la Place des Arts. Des concerts ne durant pour la plupart qu’une quarantaine de minutes et placés sous le sceau de la convivialité et de la légèreté (ce n’est pas l’occasion d’entendre L’art de la fugue ou Le voyage d’hiver !).

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Le chef d’orchestre Rafael Payare

L’après-midi a commencé en grand à la Maison symphonique avec l’OSM en formation quelque peu réduite. Le chef Rafael Payare était accompagné de l’une des vedettes de la présente édition, la soprano Jeanine De Bique.

De Bique a offert un Knoxville : Summer of 1915 de Barber d’anthologie, avec une maîtrise suprême de la diction anglaise (la langue officielle de sa Trinité-et-Tobago natale), une expressivité de chaque instant et une voix d’une maîtrise et d’une beauté époustouflante (ah, ces aigus piano !).

Dommage que le public (entre 100 et 200 personnes à vue de nez) ait été si peu nombreux pour entendre cette artiste d’un chic indéniable.

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La soprano Jeanine De Bique

Les délicates Introduction and Three Folk Songs de la Canadienne Jean Coulthard et l’irrésistible Margariteña du Vénézuélien Inocente Carreño, jouées par l’orchestre seul, valaient aussi le détour. L’Adagio pour cordes de Barber était toutefois nettement trop rapide (le compositeur exige un molto adagio).

On se déplaçait ensuite vers le Théâtre Maisonneuve pour la prestation du co-violon solo de l’OSM, Andrew Wan, et du jeune violoncelliste d’Ottawa, Bryan Cheng, auréolé de plusieurs prix dans divers concerts internationaux ces derniers mois.

C’était beau de voir le public remplir les gradins placés sur la scène autour des deux musiciens, qui ont présenté les pièces en toute simplicité. Ces derniers ont proposé deux duos de Glass qu’ils ont joués avec un soin remarquable, malgré la relative simplicité des morceaux.

Après que Cheng eut étrenné son nouveau stradivarius dans deux pièces en solo inspirées de la musique populaire états-unienne, Wan est revenu pour la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel, un chef-d’œuvre qu’on entend rarement puisqu’il exige une formation qui ne correspond guère aux « cases » des institutions musicales. Cheng était tellement impliqué que sa corde de do (la plus grave) s’est relâchée au cours du dernier mouvement, le forçant à le terminer — à peu près sans encombre – sur les cordes restantes.

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Le violoniste Andrew Wan et le violoncelliste Bryan Cheng

La minuscule mais chaleureuse salle Claude-Léveillée nous attendait ensuite pour entendre un autre compatriote de Rafael Payare, le guitariste Héctor Molina. Ce dernier est spécialiste du cuatro, sorte de guitare à quatre cordes un peu plus grosse que le ukulélé.

Le public a visiblement apprécié la performance (c’est le mot qui convient !) offerte par le sympathique musicien, qui a joué un mélange de ses propres compositions et de pièces du folklore de son pays d’origine. On reste bouche bée devant la vitesse de sa main droite dans les nombreux accords répétés caractéristiques de cette musique. Une belle découverte !

Des œuvres sympathiques et de l’improvisation

Retour au Théâtre Maisonneuve pour entendre un autre duo, formé cette fois-ci du violoniste états-unien Hao Zhou, gagnant du Concours international de Montréal il y a trois ans, et de l’excellent pianiste Philip Chiu. Un autre moment de belle complicité avec des œuvres sympathiques — sans être transcendantes — de Dvořák, Grant Still et autres. La sonorité de Zhou nous a semblé souvent sèche, mais il compensait amplement par sa fraîcheur.

Le Théâtre Jean-Duceppe nous attendait ensuite pour écouter les cuivres et les percussions de l’OSM sous la direction du virtuose vénézuélien de la trompette Pacho Flores. Ce dernier est très impressionnant comme soliste, notamment dans un arrangement des Zigeunerweisen de Sarasate, mais ses habiletés de chef se limitent à donner la pulsation, et pas toujours de manière claire. On n’y voit toutefois que du feu grâce au professionnalisme des musiciens.

Nous avons tout juste eu le temps, pour terminer, de retourner à la Maison symphonique pour entendre l’organiste Jean-Willy Kunz, le clarinettiste et saxophoniste André Moisan et le percussionniste Michel Berthiaume improviser sur le rare film Malec forgeron de Buster Keaton. Le public, remplissant un demi-parterre, rit de bon cœur, aidé en cela par les musiciens, qui réussissent une fine caractérisation dans un style rappelant le jazz dixie.

On a déjà hâte à l’an prochain.