« Y’a-tu du monde qui aime le country icitte ? » Immédiatement acclamées, ces paroles ont été prononcées sur scène par le chanteur Matt Lang, samedi après-midi au parc Jean-Drapeau. On pourrait difficilement mieux décrire l’engouement de la métropole montréalaise pour son premier festival 100 % country, Lasso.

Publié le 14 août
William Thériault
William Thériault Collaboration spéciale

En tout, vendredi et samedi, 35 000 festivaliers se sont déplacés pour aller assister aux spectacles d’une trentaine d’artistes country québécois, canadiens et américains. Chapeaux de cowboy, jeans et chemises carreautées à perte de vue… il y avait un peu du sud des États-Unis en sol montréalais.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

La foule lors de la première journée du festival Lasso, samedi, au parc Jean-Drapeau.

Pour le vice-président à la programmation d’evenko Nick Farkas, qui chapeaute également Osheaga et îleSoniq, cette première édition de Lasso est un pas dans la bonne direction. Il se réjouit particulièrement que les visiteurs aient su profiter de la musique de façon collective, comme un « grand groupe ».

« J’ai souvent entendu en fin de semaine des gens dire : bonne vibe, très communautaire, a-t-il décrit à La Presse samedi. On sent vraiment qu’il y a l’esprit de communauté country. »

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

La foule a profité de l’ambiance festive pour faire de la danse en ligne.

La foule, composée à 80 % de Québécois et à 20 % de touristes, selon les estimations de l’organisation, était assez diversifiée. Les festivals sont habituellement majoritairement fréquentés par des jeunes dans la vingtaine. C’était le cas à Lasso, mais les quadragénaires et les quinquagénaires ne se sont pas gênés pour se pointer le bout du nez — et lancer quelques séances de danse en ligne.

C’est le crowd le plus poli que j’ai vu de ma vie. Tout le monde est souriant, respectueux. C’est vraiment le fun.

Nick Farkas, vice-président à la programmation d’evenko

L’équipe de Lasso a aussi insisté sur l’aspect familial : les enfants de moins de 10 ans pouvaient entrer sur le site gratuitement, et une zone adaptée à leurs intérêts était aménagée près des restaurants.

Des festivaliers qui n'ont pas été laissés sur leur faim

Luke Bryan a été accueilli chaleureusement en fermeture du festival, samedi soir. La vedette de la musique country s’est donné sur scène avec intensité. Mi-souriant, mi-concentré, il était davantage dans sa bulle au début de sa prestation — mais s’est progressivement animé en enchaînant notamment Sunrise, Sunburn, Sunset ou encore Huntin’, Fishin’ and Lovin’ Every Day.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Luke Bryan

Connu depuis les années 2010, il a utilisé sa banque de classiques pour plaire à Montréal. Le chanteur de 46 ans s’est même permis un grand verre en interprétant une piste plus récente, One Margarita.

Cheveux dans le vent, Kelsea Ballerini est arrivée forte et confiante samedi soir, durant l’avant-dernier créneau. Armée d’une voix solide aux accents pop, l’Américaine de 28 ans a rendu hommage à son Tennessee natal avec half of my hometown, habité la scène avec conviction et déclaré son amour à la métropole. « C’est ma première fois à Montréal, s’est-elle exclamée devant les festivaliers. J’adorerais déménager ici si vous voulez bien me prendre ! »

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Kelsea Ballerini

Le duo ontarien The Reklaws, composé de Stuart Walker et de sa sœur Jenna, s’est particulièrement démarqué par son interaction avec la foule samedi en début de soirée. Un jeune homme portant un uniforme de Nick Suzuki, du Canadien de Montréal, a même été invité à prendre un shooter avec le groupe et… Suzuki en personne.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Le duo ontarien The Reklaws

Le Québécois Matt Lang, porte-parole du festival, a bien donné le coup d’envoi à la deuxième journée avec une demi-heure énergique sur la scène Lasso. Il a interagi avec les visiteurs à plusieurs reprises.

C’est important pour nous de respecter l’historique de country au Québec. On sait comment ç’a été important en région.

Nick Farkas, vice-président à la programmation d’evenko

« Le Québec, c’est un marché qui n’a pas vraiment été desservi par les énormes artistes de Nashville, avance Nick Farkas, mais il avait quand même sa communauté qui existe à Saint-Tite depuis 30-40 années. »

Plus calme, Riley Green a ému la foule avec I Wish Grandpas Never Died et l’a fait danser en interprétant There Was This Girl, sa chanson la plus connue. Le natif de l’Alabama a aussi gagné des points en enfilant une chemise des Expos en fin de numéro.

Dierks Bentley, qui a amorcé sa carrière il y a une vingtaine d’années, a été présenté comme tête d’affiche vendredi. Interprétant certaines de ses chansons les plus populaires, comme What Was I Thinking ou Burning Man, l’Américain a surtout misé sur les collaborations : Tenille Townes et Ashley McBryde, qui avaient donné une prestation plus tôt, ont chacune fait une apparition.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Old Dominion

C’est toutefois Old Dominion qui a volé la vedette vendredi. Avec une complicité plus que palpable, le groupe établi à Nashville a prouvé sur scène pourquoi il a maintes fois été récompensé. Avec Matthew Ramsay et ses quatre partenaires, la foule a chanté de beaux morceaux comme Make It Sweet, Written In The Sand ou encore One Man Band. Elle s’est aussi visiblement amusée sur des titres plus légers comme Hotel Keys, Snapback ou I Was On a Boat That Day.

Durant le premier après-midi, les festivaliers ont eu droit à un mélange de styles musicaux, gracieuseté de Blanco Brown. Mariant efficacement le country avec le hip-hop, le New-Yorkais a créé une sonorité unique : son morceau The Git Up en est le meilleur exemple. Et c’est sans oublier qu’il a offert des roses aux spectatrices au son de I Need Love.

La plupart des prestations avaient lieu sur l’une des deux scènes principales, situées côte à côte. Mais un peu plus loin, la plus intime scène du Ranch offrait de belles découvertes. L’Américaine Alexandra Kay en était une qui valait le détour. À noter que les Québécoises Sara Dufour et Léa Jarry s’y sont également produites.

Un rendez-vous attendu

La toute première édition du festival Lasso est en préparation depuis 2019. Elle devait originalement se tenir en 2020, avant d’être reportée à deux reprises. Old Dominion, seconde tête d’affiche du vendredi, avait d’ailleurs déjà accepté de s’y produire il y a trois ans.

On se disait : “On va-tu éventuellement l’avoir, notre festival ?” C’était tellement important pour notre équipe, alors on est super excités. C’était difficile de motiver l’équipe, les fans aussi.

Nick Farkas, vice-président à la programmation d’evenko

Le sentiment de satisfaction du vice-président s’est amplifié grâce aux commentaires « entièrement positifs » des artistes invités.

Et maintenant, quelle est la suite ? « La première année d’un festival est un investissement, fait-il remarquer. D’ici trois ou quatre ans, on aimerait avoir 25 000 à 30 000 personnes sur le site par jour. »

« L’année prochaine, ce sera encore plus facile de réserver des artistes, parce que maintenant le mot se passe. »

La deuxième édition de Lasso est prévue pour les 18 et 19 août 2023.