Céu rêvait depuis longtemps d’enregistrer un album fait des chansons importantes pour elle, issues des répertoires brésilien et anglo-saxon. Un besoin de réconfort né de la pandémie a donné naissance à son très beau disque Um Gosto de Sol, où elle chante notamment Rita Lee, Fiona Apple, Milton Nascimiento et traverse un peu l’histoire de la samba.

Publié le 2 juillet
Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

On a saisi dès les premières mesures de son premier album que Céu n’était pas une artiste générique : scratching, percussions traditionnelles, notes de piano égrenées en frisant la dissonance et puis, après cette intro de près d’une minute, la guitare acoustique enchaîne et la voilà qui pose sa voix moelleuse, un brin voilée, sur un air qui s’appuie autant sur ses racines musicales brésiliennes que sur des emprunts urbains et une impression presque R&B.

Ça, c’était il y a une quinzaine d’années. Elle a démontré depuis qu’elle n’allait suivre aucun sentier battu, s’enracinant parfois davantage dans le vaste univers musical de son pays, mais osant toujours en pousser les frontières en lui insufflant une touche tantôt de dub, tantôt d’électro. Elle n’est pas la première à le faire, mais elle est sans doute celle qui réussit le mieux cette synthèse, chez qui ça coule de source et, surtout, qui le fait avec un bon goût constant.

L’automne dernier, Céu a légèrement modifié sa trajectoire. Plutôt que de sortir de nouvelles chansons de son cru, elle a lancé Um Gosto de Sol, un disque où elle reprend des sambas de différentes époques, mais aussi des chansons de Sade (Paradise), Fiona Apple (Criminal) ou João Gilberto (Bim Bom). Un autre album où les arrangements sont d’une élégance folle et la tonalité générale, franchement chaleureuse.

L’idée de faire des reprises trotte dans la tête de Céu depuis un bout de temps, dit-elle, jointe à son domicile de São Paulo, la mégapole brésilienne. Ce qui l’a incitée à faire le saut ? Un certain manque d’inspiration, qui tient notamment à la vie collective difficile dans son pays. On songe, même si elle ne le dit pas clairement, qu’elle parle du climat social installé par le président Jair Bolsonaro, variation brésilienne de Donald Trump.

J’ai écrit quelques trucs, très dance et hard. Je vais les sortir un jour, mais ce dont j’avais besoin pendant cette pandémie, c’est d’aller vers des choses qui m’apportaient du calme, qui pouvaient me rafraîchir l’âme et l’esprit. Alors je suis retournée vers mes idoles.

Céu

Elle a sélectionné avec soin des morceaux comme Ao Romper da Aurora (d’Ismael Silva, qui ouvre bellement l’album), la légère Teimosa (du tandem Antônio Carlos et Jocáfi) et Chega Mais (Rita Lee), dont elle livre une version franchement tonique.

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Céu et son mari, Pupillo (réalisateur du disque), avaient envie de créer un sentiment de convivialité et de chaleur humaine. Ce que la chanteuse associe entre autres au réconfort d’une réunion de personnes autour de la musique et d’un feu. « La musique est ma première langue, illustre Céu. Quand tout va mal, je me tourne vers la musique, c’est ma boussole. »

Mariage entre l’acoustique et le heavy metal

Ceux qui suivent Céu depuis au moins quelques années constateront qu’Um Gosto de Sol a quelque chose de plus enraciné que ses deux précédents albums. Les machines ou les textures sonores synthétiques sont peu présentes. En fait, ce qui soutient le plus la voix de la chanteuse, tant dans les élans d’enthousiasme que dans la mélancolie, c’est une guitare acoustique. « C’est mon instrument favori », dit Céu, en évoquant son enfance bercée notamment par un père musicologue.

Je voulais que la guitare acoustique soit au centre de l’album et je voulais quelqu’un qui avait une signature. Pas un guitariste classique, mais une forte personnalité.

Céu

Pupillo, aussi batteur du groupe rock Nação Zumbi, a pensé à une connaissance : Andreas Kisser, guitariste du groupe Sepultura, figure importante du heavy metal dans les années 1990.

Elle n’a pas pensé une seconde qu’il accepterait. Elle se trompait. « Il aimait l’idée. Ça lui a donné un objectif, ajoute-t-elle, ça lui a évité de devenir fou durant la pandémie ! » Andreas Kisser s’est d’ailleurs totalement investi dans le projet, pour lequel il a appris à jouer de la guitare à sept cordes. Son jeu est précis, virtuose, mais toujours empreint d’une émotion presque physique. Posez l’oreille sur Chega Mais, par exemple.

Andreas Kisser n’est pas de la tournée de Céu, il sera plutôt en Allemagne avec Sepultura lorsque la chanteuse sera à Montréal. Le concert présenté au Club Soda tournera néanmoins autour de la guitare acoustique. « Je suis en amour avec mon groupe actuel, lance Céu. C’est plus dépouillé, mais on dirait que ce dépouillement donne une plus grande force à la musique. »

Céu, lundi, 21 h, au Club Soda