Moins de deux semaines après le lancement de son troisième album III, le groupe montréalais Ayrad monte sur scène ce jeudi au Festival de jazz pour montrer de quel bois il se chauffe.

Publié le 30 juin
Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

« C’est de plus en plus dopé, c’est plein de testostérone », nous dit en riant au bout du fil Hamza Abouabdelmajid, leader du groupe, en parlant de son nouvel album. « Peut-être que j’avais cette envie de sortir de l’amertume de la COVID, du mal de vivre ambiant, pour aller chercher un son plus joyeux, plus entraînant, plus vrai, plus franc. Ça passe par le rock, mais aussi par l’électro, par une grosse sonorité de basse qui fait vibrer le cœur, qui te rentre dedans. »

Évidemment, le son Ayrad continue d’intégrer le raï, la reggada berbère et le chaâbi, mais avec une facture de plus en plus puissante. Élevé par des parents mélomanes qui écoutaient du Zappa, du Zeppelin, mais aussi du jazz et des musiques arabo-andalouses, Abouabdelmajid ne suit aucune recette. Il rejette d’ailleurs le terme « fusion » : « Il ne faut pas essayer de faire de la fusion, il faut faire naître la fusion », soutient le guitariste.

Je crois que lorsqu’on écoute nos albums, on ne se dit pas que j’ai essayé de mettre de l’oriental dans le rock, on le vit, ça coule, c’est fluide. Il faut que tu te dises que ce n’est plus de la fusion, mais que c’est un genre à part.

Hamza Abouabdelmajid

Un genre en effet bien à lui, qui inclut des cuivres, du violon aux sonorités parfois balkaniques, des percussions qui s’aventurent souvent du côté latin, sans parler du hautbois, instrument rarement utilisé dans le rock. « On se prête au jeu, mais ça représente clairement un défi, nous dit Annick Beauvais, hautboïste de formation jazz. Mais Hamza écrit toujours des partitions de hautbois ou de cordes, et on les adapte ensuite en groupe. »

Tout ou rien

Jeudi sur la scène Loto-Québec, Ayrad va mettre toute la gomme pour montrer de quel bois il se chauffe — ils seront exceptionnellement neuf musiciens à jouer devant le public du Festival de jazz !

« Sur scène, on est toujours six au minimum, on a seulement une formule plus, jamais de formule moins, nous raconte Annick Beauvais. Le spectacle va donc être dans l’esprit du disque, on va avoir deux cuivres et un clavier en plus de nous six. On est vraiment contents, c’est un nouveau show, c’est pour nous une super belle occasion de présenter l’album. Quand on est devant une grosse foule, c’est là qu’on sent qu’on a notre place. On donne un max d’énergie, on réussit à faire lever les foules. »

« Le public montréalais est un public à part », renchérit de son côté Hamza Abouabdelmajid, qui se rappelle le dernier passage du groupe au FIJM en 2018.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Hamza Abouabdelmajid, arrivé du Maroc en 2005, a vu son groupe Ayrad en nomination aux prix Juno pour ses deux premiers albums, Ayrad en 2015 et Zoubida en 2019.

On a la chance d’habiter dans une ville où le public est extraordinaire, joyeux, qui a le don de te donner l’énergie qui te permet d’en donner plus. C’est le meilleur public au monde !

Hamza Abouabdelmajid

Après le Festival de jazz, le groupe se rendra fin juillet aux Îles-de-la-Madeleine pour entreprendre une tournée qui le mènera un peu partout dans l’est de la province. « C’est dans la mission d’Ayrad de faire découvrir ce côté éclectique, de faire la promotion du multiculturalisme, de nouveaux genres musicaux, soutient le chanteur québécois d’origine marocaine. Cela dit, c’est aussi excitant de jouer au Québec, car il y a quelque chose de rassurant, c’est notre zone de confort. Jouer dans une salle au Québec, c’est comme jouer dans mon salon, c’est la famille ! »

Parlant de famille, Hamza Abouabdelmajid a composé les pièces du troisième album en pleine pandémie alors qu’il devait non seulement s’occuper de ses jeunes enfants de 2 et 5 ans, mais aussi se plonger le nez dans ses livres de l’École du Barreau. « Pour moi, la musique est une échappatoire, explique celui qui travaille à la direction du contentieux à l’Autorité des marchés financiers. Les gyms étaient fermés, je me réfugiais donc dans la musique, c’était ma façon de garder l’équilibre. Quand tu composes, pour garder l’inspiration, tu dois être bien assis dans le calme, tu es dans ton propre monde. Si tu peux t’échapper deux ou trois heures, c’est juste fantastique. »

Ayrad, ce jeudi, 18 h, à la scène Loto-Québec, au coin de la rue Clark et de l’avenue du Président-Kennedy

L’évènement : Cory Wong

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE CORY WONG

Cory Wong

Virtuose hyperactif, Cory Wong débarque au Club Soda avec la ferme intention de casser la baraque. Le guitariste et bassiste de Minneapolis est en quelque sorte le fils spirituel de Prince  — il s’est d’ailleurs associé à Sonny Thompson, bassiste du Power Generation de 1991 à 1996. Son mélange de funk, de jazz et de R&B est irrésistible, tout autant que le sourire qu’il garde au visage en permanence. Ce sera aussi l’occasion de voir en vrai l’un des plus illustres membres de la nébuleuse Vulfpeck/Fearless Flyers, groupe funk américain férocement indépendant qui s’est entre autres payé le luxe de louer le Madison Square Garden en plus de lancer un album entièrement silencieux, invitant ses fans à l’écouter en boucle la nuit dans le but d’obtenir des redevances de Spotify…

Le 30 juin au Club Soda, 21 h. Première partie : Stacey Ryan.

Pierre-Marc Durivage, La Presse

La découverte : AHI

PHOTO FOURNIE PAR LE FIJM

AHI

Dire que la musique d’AHI — prononcez « eye » – est enracinée est un euphémisme. L’approche est folk, mais absorbe quantité de styles bien implantés dans le nord de l’Amérique : soul, gospel, country nocturne, blues. Un mélange de genres qui sied parfaitement à sa voix chaude et un petit brin éraillée. Il y a, chez cet Ontarien, tout ce qu’il faut pour caresser l’oreille de ceux qui aiment le folk empreint de spiritualité et qui a de l’âme.

Le 30 juin, Scène Rio Tinto Groove, 20 h

Alexandre Vigneault, La Presse