Les retrouvailles du trio culte avaient inauguré les premières Francos pleine jauge depuis 2019, le 9 juin au Club Soda. Loud Lary Ajust (LLA) était aussi chargé samedi soir de boucler la boucle, au volant du dernier grand concert gratuit de ce 33e rendez-vous.

Publié le 19 juin
Charles-Éric Blais-Poulin
Charles-Éric Blais-Poulin La Presse

« It’s gon’ be a rage fest, pas un salon d’thé, avait averti la formation sur Instagram. Amenez tous vos amis cinglés. On veut vous voir on some crazy shit. »

La liste et l’ordre des chansons matraquées sur la grande scène – pauvres tympans – étaient à peu près un copier-coller du concert d’ouverture, payant et à guichets fermés celui-là : il s’agissait surtout de rendre grâce à Gullywood, paru il y a une décennie.

Photo Philippe Boivin, LA PRESSE

La foule de fans de LLA rassemblée devant la Scène Bell

Sur la grande scène, le titre du jubilaire était mis en évidence par neuf lettres blanches géantes – en référence à un certain panneau sur le mont Lee – qui séparaient le duo de rappeurs et son concepteur rythmique, Ajust, effacé dans les hauteurs.

D’un côté, Laurent Fortier-Brassard, alias Lary Kidd, en bum : bandeau blanc Nike, veste de jeans et pantalon déposé mi-caleçon. De l’autre, Simon Cliche Trudeau, alias Loud, en athlète à l’échauffement : jogging bleu, coton ouaté gris et casquette rouge du Canadien.

Sur le ring, les échanges furent corsés. Le premier ? Agressif, imposant. Le second ? Stratège, retors. Un duel et un duo, avec la foule comme troisième pugiliste.

À peu près tous les titres de Gullywood, brûlot toxicofestif, ont traversé les haut-parleurs. Outremont, qui ouvre l’album, a conséquemment ouvert la soirée. « Quatre chiffres dans l’assistance/Le monde tassé comme des sardines/Y’a pas de places assises à soir/C’est la magie dans le crowd. » Quatre chiffres ? Plutôt « cinq », qui se dispersaient doucement jusqu’à la rue Sainte-Catherine.

Photo Philippe Boivin, LA PRESSE

Lary

La magie ? Des dizaines de projecteurs scintillants se sont excités quand le très nietzschéen Lary Kidd a sorti les vers tranchants de Candlewood Suits, écrits avec du sang de nihiliste. « Dieu est mort d’une overdose de Seroquel, baby/Dans une toge American Apparel, baby/Si j’overdose ce soir, au moins j’tais bien habillé. »

Appel à « virer fou »

Pour Gruau, le Kidd a demandé à la foule de « virer fou ». Comme c’est souvent le cas – peut-être, sauf les soirs de match du CH –, le « virage fou » du public était proportionnel à sa proximité de l’action. C’était vrai pour la houle des bassins, mais aussi pour l’enthousiasme à se joindre aux leitmotivs plébiscités par les fans. « One night only, ONO ! »

La trap de Crabes des neiges, pêchée sur Ô mon dieu (2013) tout comme No Fucking Way et la pièce-titre du EP, a généré des turbulences nouvelles.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Loud

Le passage de LLA, dissous dans la paix en 2016, permettait non seulement de voir et d’entendre un groupe culte regretté, mais aussi de mesurer la progression de deux rappeurs qui se démarquent en solo. Des images d’archives diffusées pendant le concert amplifiaient cette impression de chemin parcouru.

C’était la fête de Gullywood, mais son successeur, Blue Volvo (2014), n’a pas été mis sur une voie de garage pour autant. Mieux encore, une vraie de vraie Volvo bleue est apparue derrière les MC après Rien ne va plus, qui avait déjà soulevé une masse de bras dans les airs. « J’ai marché vers le son, blinded by the lights/Cherché la même chanson my whole damn life. » Tiens mon drink, chanson de club par excellence, a renforcé la vague.

Mais le vrai tsunami est arrivé au rappel, pendant XOXO. « Tu connais l’mode de vie/We chasing money screaming obtenir/Baby, it’s all real. »

Douce revanche que cette fin de Francos pour un disque qui, en 2015, était boudé par l’ADISQ en raison de sa trop forte concentration de franglais.

Puisque les 33es Francos étaient dédiées à Karim Ouellet, le choix d’Automne – collaboration avec le regretté chanteur de 37 ans – en guise de chant du cygne tenait de l’évidence. À la demande de Loud et Lary, des milliers de caméramans amateurs ont croqué la scène.

« Si jamais un jour j’m’en sors/J’aurais donc dû mettre un masque de r’nard/Tirer les rideaux pis dire bonsoir. »

LLA sera sans doute ravi qu’on lui laisse ces derniers mots…