(Toronto) Une femme d’Ottawa a déclaré mardi matin, dans un tribunal de Toronto, que le musicien Jacob Hoggard l’avait étranglée assez fort pour lui faire craindre pour sa vie alors qu’il l’agressait sexuellement dans sa chambre d’hôtel, il y a plus de cinq ans.

Publié le 10 mai
Paola Loriggio La Presse Canadienne

La femme, qui est la deuxième plaignante dans le procès pour agression sexuelle de Jacob Hoggard, a déclaré qu’elle avait accepté de rencontrer le chanteur à Toronto en novembre 2016, près de deux semaines après que les deux se sont croisés sur l’application de rencontres Tinder.

Les larmes lui montant parfois aux yeux à la barre, elle a dit qu’elle savait qu’ils se rencontraient pour avoir des relations sexuelles, mais que Jacob Hoggard l’a violée par voie anale, vaginale et orale, la giflant à plusieurs reprises et lui crachant dans la bouche. Il l’a traitée de cochonne et de salope et lui a fait « une sorte de bruit de cochon », a-t-elle dit. Il n’a pas utilisé de préservatif, a-t-elle dit.

À un moment donné, il l’a traînée hors du lit et dans la salle de bain par les jambes, a-t-elle ajouté. Il s’est assis sur sa poitrine sur le carrelage et a dit qu’il allait uriner sur elle, puis lui a demandé d’uriner sur lui, a-t-elle dit. Elle a refusé et il ne l’a pas fait, a-t-elle complété.

La femme a témoigné que pendant l’incident, le musicien l’a étouffée au point qu’elle ne pouvait plus respirer, lui faisant craindre qu’il ne la tue et que personne ne sache où elle se trouvait.

Jacob Hoggard, chanteur du groupe Hedley, a plaidé non coupable à deux chefs d’accusation d’agression sexuelle causant des lésions corporelles et un de contacts sexuels, une accusation liée à des attouchements sexuels sur une personne de moins de 16 ans.

Un exposé conjoint des faits indique qu’il a eu une relation sexuelle avec chacune des plaignantes après qu’elles se sont rendues à son hôtel à des occasions distinctes, à l’automne 2016. Aucune des deux femmes ne peut être identifiée en vertu d’une interdiction de publication.

« Comme un psychopathe »

La plaignante témoignant mardi, qui est maintenant dans la fin de la vingtaine, se souvient s’être levée tôt pour prendre le train pour Toronto le 22 novembre 2016 – c’est un fait convenu que Hoggard a acheté le billet – et être allée le rencontrer à l’Hôtel Thompson.

Il est descendu la chercher dans le hall et ils sont montés ensemble dans une chambre, et Hoggard lui a dit que sa chambre habituelle n’était pas encore prête, a-t-elle dit.

Une fois à l’intérieur, il l’a poussée contre le mur et a agressivement essayé de l’embrasser, a témoigné la femme. Elle a résisté et Hoggard a semblé en colère, lui disant qu’elle pouvait rentrer chez elle, a-t-elle dit. Elle pensait qu’il était « grossier », mais elle n’avait nulle part où aller, a-t-elle dit.

Hoggard buvait quelque chose et lui a dit que c’était de la « lean » – la boisson mauve à base de sirop à la codéine, a-t-elle témoigné. Il semblait défoncé et avait un peu de mal à articuler, a-t-elle dit.

Finalement, on a frappé à la porte et quelqu’un leur a dit que la chambre de Hoggard était prête, a-t-elle témoigné. Hoggard est allé le premier et lui a dit de venir après lui, ce qu’elle a fait, a-t-elle dit.

« C’est à ce moment-là qu’il m’a poussée sur le lit et m’a violée », a-t-elle déclaré en pleurant sur la barre.

La femme a témoigné que Hoggard agissait « comme un psychopathe » pendant la rencontre et qu’elle avait peur de lui. « Ses yeux étaient absolument terrifiants », a-t-elle affirmé.

Elle a raconté que c’était comme s’il était devenu « une personne différente », notant qu’il avait été gentil dans toutes leurs conversations avant ce jour. Elle ne serait pas allée à sa rencontre si elle s’était attendue à ce qu’il agisse ainsi, a-t-elle ajouté.

Hoggard a pris son téléphone à un moment donné et l’a mis sur la table de chevet, disant que ses femmes prenaient toujours sa photo et la publiaient en ligne, a-t-elle déclaré. Elle dit l’avoir récupéré environ une heure avant de quitter l’hôtel.

Elle a raconté qu’il a pris plusieurs douches au cours de la rencontre. Au cours d’une de ses douches, la femme lui a dit qu’elle saignait par voie vaginale et anale, mais il n’a pas répondu, a-t-elle déclaré. Il a également passé une commande au service de chambre à une occasion et a pris un appel téléphonique, selon elle.

Par la suite, Hoggard a appelé un taxi et elle s’est rendue dans un Tim Hortons près de la gare pour attendre son train de retour à Ottawa, a-t-elle déclaré au tribunal. Elle a affirmé qu’elle se sentait « paralysée ».

Hoggard lui a envoyé un message alors qu’elle était dans le taxi, disant que cela avait été un moment merveilleux et qu’il avait hâte de la revoir, a-t-elle dit. La femme a ajouté qu’elle se sentait « très confuse et dégoûtée » après avoir reçu son message.

« Il sait ce qu’il a fait et je ne sais pas pourquoi il dirait ça après avoir fait ça à quelqu’un », a-t-elle déclaré.

Après avoir parlé à ses amis le lendemain, la femme a dit qu’elle avait envoyé un texto à Hoggard, lui disant qu’il l’avait violée. Il a répondu en quelques heures, disant que cela avait été consensuel, a-t-elle dit. Le message semblait « très convenable » et non comme la façon dont il parlait habituellement, a-t-elle témoigné.

Elle lui a demandé de parler au téléphone, voulant des excuses, a-t-elle dit. Ils ont parlé brièvement, mais il ne s’est pas excusé, et ils n’ont plus jamais parlé après cela, a-t-elle dit, ajoutant qu’elle pensait qu’il avait bloqué son numéro.

La femme a dit qu’elle n’avait jamais prévu de dire à qui que ce soit ce qui s’était passé, à part quelques amis proches, mais elle est allée chez le médecin cinq ou six jours après l’incident parce qu’elle craignait qu’il y ait une déchirure dans son vagin.

« Je ne pensais pas que quelqu’un me croirait, parce que j’y suis allée en pensant que nous aurions des relations sexuelles consensuelles et j’ai été violée à la place », a-t-elle déclaré.

En 2018, elle a fait une entrevue anonyme avec la CBC et s’est ensuite rendue à la police, a-t-elle raconté.

Au cours du contre-interrogatoire, la défense a suggéré que Hoggard n’avait à aucun moment empêché la femme de partir et, même, l’avait laissée seule à plusieurs reprises pendant qu’il se douchait.

« Quand il me violait, il m’empêchait de quitter la pièce », a répondu la femme.

L’avocate de la défense, Megan Savard, a également suggéré que la femme s’attendait à assister à un évènement avec Hoggard ce jour-là et qu’elle était bouleversée lorsqu’il lui a plutôt dit de quitter l’hôtel. Elle a souligné le fait que la femme avait apporté des vêtements de rechange et du maquillage.

La femme a dit qu’elle apportait des vêtements et du maquillage avec elle « tout le temps » et même si elle croyait que Hoggard avait un évènement ce jour-là, elle ne s’attendait pas à l’accompagner.

Attouchements et viols

L’autre plaignante, qui avait 16 ans à l’époque des présumés incidents, a témoigné que Jacob Hoggard l’avait violée à plusieurs reprises par voies vaginale et orale, et avait tenté de le faire par voie anale, le 30 septembre 2016.

Elle a dit au tribunal qu’elle avait été amenée à l’hôtel de Jacob Hoggard en limousine et qu’elle s’attendait à ce qu’ils passent une partie de la journée ensemble à faire du magasinage et du tourisme.

Elle a également témoigné que le chanteur lui avait fait des attouchements dans les coulisses après un spectacle à Toronto, en avril 2016.

La défense a suggéré qu’ils avaient eu des relations sexuelles consensuelles et que l’adolescente a inventé une « histoire de viol » parce qu’elle était gênée d’avoir été « utilisée » par une vedette rock pour qui elle avait développé des sentiments amoureux.

Les avocats de la défense ont également suggéré que les attouchements présumés n’avaient pas eu lieu.