(Paris) On peut sortir le gars de Québec, mais on ne peut pas sortir le Québec du gars. Les deux concerts d’Hubert Lenoir à Paris ont beau afficher complet, le chanteur avait, samedi dernier, une envie soudaine « d’aller faire un BBQ chez ses parents à Beauport ».

Publié le 7 mai
Myriam Boulianne Collaboration spéciale

« Paris, ça reste petit comme ville. Tu n’as pas le feeling que c’est quelque chose d’inaccessible comme Los Angeles ou New York », commence par nous dire Hubert Lenoir, attablé à la terrasse de La Maroquinerie, la salle de spectacle du 20arrondissement où il allait se produire les 3 et 4 mai derniers.

En tournée européenne depuis le 22 avril, son équipe a sillonné plusieurs villes : Dijon, Nantes, Rouen ou Rennes. « Tu arrives dans une ville que tu ne connais pas, tu ne sais pas si elle est grosse ou petite, ça te met moins de pression », souligne le lauréat de cinq Félix, qui arborait, au cours de l’entrevue, des lunettes fumées surdimensionnées et qui traînait son nouvel accessoire : une canne qu’il a dénichée dans une brocante à La Rochelle.

Il s’agit de sa deuxième tournée sur le Vieux Continent. La première, c’était en 2019, à la suite du lancement de son premier album, Darlène. Son tube Fille de personne II l’avait propulsé à la célébrité outre-mer. Ce printemps, il y est retourné pour promouvoir son deuxième album, Pictura de ipse : musique directe, sorti le 15 septembre dernier.

« La première fois qu’on est venus à Paris, il y avait moins d’engouement », se souvient le chanteur de 27 ans. Mais cette fois, les billets se sont vendus « vraiment rapidement ». Pour la supplémentaire aussi.

PHOTO RENAUD LABELLE, COLLABORATION SPÉCIALE

Dans sa loge, Hubert Lenoir effectue les derniers préparatifs avant d’entrer sur scène avec l’aide de sa gérante et partenaire Noémie D. Leclerc.

Peu d’artistes queer en France

Croisés à son concert, les Parisiens Thibault, 26 ans, et Samuel, 24 ans, ont découvert le chanteur québécois sur le web. « Un pote m’a montré le vidéoclip de Secret. Au début je me disais que c’était nul, mais je l’ai réécouté. J’ai découvert qu’il y avait quelque chose de recherché dans sa musique, par exemple dans les effets qu’il utilise. Ça m’a intrigué et j’ai voulu voir ce que ça donne en live », relate le plus jeune.

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Gauthier Talbot, qui est venu assister aux deux concerts d’Hubert Lenoir à Paris, a réussi à parler avec son idole à la fin de son spectacle. On le voit ici dans une séance d’égoportraits.

Gally et Gauthier, deux autres fans âgés de 19 ans, sont venus assister non pas à un seul, mais bien aux deux concerts d’Hubert Lenoir dans la capitale. Ce que le duo admire du chanteur, c’est par-dessus tout sa « queerness ». « C’est un porte-parole malgré lui, croit Gauthier. Sur la scène musicale française, il y a peu d’artistes qui se revendiquent queer, qui jouent avec la perception des genres. De voir qu’Hubert Lenoir réussit à faire des plateaux télé ici, c’est assez inspirant. »

Car Lenoir se fait un nom en France. Il fait des couvertures de magazine, il est invité à des plateaux de télévision et de radio. Dans l’Hexagone, on parle de « l’androgyne qui groove en français » (L’Obs), de « l’électrisant Québécois » (Libération) et même du « Xavier Dolan de la chanson » (Le Monde).

Dans la rue, on commence à le reconnaître. Comme lorsqu’une fois, au restaurant, un fan lui a laissé un message sur lequel il était écrit « Secret », en référence au premier single de son nouvel opus, se rappelle-t-il. « Avant ça, je ne savais pas si c’était seulement un engouement médiatique ou s’il y avait vraiment de vraies personnes » qui écoutaient sa musique en France.

Ses paroles en franglais, ses expressions et inspirations québécoises et surtout son accent lui confèrent un « petit charme », convient Gally. Mais Hubert Lenoir est catégorique : il n’est pas là pour plaire.

Je refuse de parler avec un accent français. Je suis prêt à faire face aux conséquences si le public ne me comprend pas.

Hubert Lenoir

« Bête de scène »

Dans sa loge le soir du 4 mai, une fois le maquillage terminé, Hubert Lenoir enfile une robe jaune, attache son collier de perles, applique les prothèses dentaires décoratives (grillz) sur quelques-unes de ses dents et, bien sûr, prend sa canne. Il se regarde une dernière fois dans le miroir. « Je commence le spectacle dans la foule et je le finis dans la foule », nous indique-t-il, avant d’entrer sur scène.

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Sur scène à La Maroquinerie, Hubert Lenoir était accompagné de Félix Petit (saxophone), Antoine Bourque (guitare et saxophone), Gabriel Desjardins (claviers), Alex Mc Mahon (batterie) et Cédric Martel (basse).

Une salle pleine à craquer l’attend, composée majoritairement de Français qui connaissent pour la plupart les paroles de ses chansons par cœur. « C’est insane de les entendre crier et chanter avec l’accent », se réjouit-il.

Vers la moitié du spectacle, Hubert Lenoir délaisse sa robe pour performer en caleçon et se lance dans la foule pour une séance de surf de foule. Suivie d’une deuxième, puis d’une troisième, sans compter un « Vive le Québec libre » bien senti provenant de la foule entre deux chansons. À la fin, son musicien casse sa guitare électrique dans des fracassements qui résonnent dans toute la salle.

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Hubert Lenoir s’est laissé porté à plusieurs reprises par la foule pendant son concert.

« Il y a un côté bête de scène dans le personnage », décrit la Française Émilie. À ses côtés, son acolyte Milan, verre de bière à la main, souligne ses vocalises « hallucinantes ». « Il peut avoir une voix extrêmement aiguë, mais aussi extrêmement grave », s’émerveille l’homme de 25 ans.

Une fois le concert terminé, nous croisons Thibault. Il s’est déhanché pendant les deux heures au premier rang du parterre. « Tu mettras dans ton article qu’on a kiffé ! », nous lance-t-il le sourire aux lèvres, en se dirigeant vers la sortie. Voilà, c’est fait.

Avec son succès grandissant de l’autre côté de l’Atlantique, Hubert Lenoir considère même cette deuxième tournée européenne comme un « meilleur retour ». « Si on se reparle au troisième ou au quatrième album, ça va être cool de voir comment ça a évolué », ajoute-t-il.

Après la France, la tournée européenne d’Hubert Lenoir se poursuivra en Belgique. Au cours de l’été, le public québécois aura l’occasion de le voir sur scène dans différents festivals de la province, à commencer par Santa Teresa, à Sainte-Thérèse, le 20 mai.

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Hubert Lenoir a commencé son concert avec la chanson Golden Days, tirée de son dernier album.

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