Le rappeur Souldia fait paraître un 10e album solo, Dixque d’art. Un titre d’actualité puisqu’il vient de recevoir ses deux premières certifications or, dont une pas plus tard qu’en novembre. Tête-à-tête avec l’artiste atypique de Québec.

Publié le 4 déc. 2021
Samuel Daigle-Garneau Collaboration spéciale

Avec les albums en groupe, la discographie de Souldia dépasse en fait les 15 projets. Produire autant de disques est une façon pour le rappeur de ne jamais quitter la course.

« Chaque année, je suis là, qu’on le veuille ou pas », nous fait remarquer Kevin St-Laurent, de son vrai nom. Par contre, ce n’est pas quelque chose qu’il calcule. « Faire de la musique, c’est maladif pour moi. Quand je sors un album, j’ai déjà hâte de retourner en studio pour en faire un autre. »

La route menant au succès a été longue. Il l’aborde d’ailleurs plusieurs fois sur Dixque d’art. « Tu veux suivre mes pas ? Prépare-toi à ramper par terre », chante-t-il dès la première chanson de l’album.

En effet, Souldia a fait beaucoup de chemin avant que l’industrie ne le remarque. Dès sa première apparition à l’ADISQ, en 2019, le rappeur était déjà nommé dans la catégorie Meilleur vendeur de l’année aux côtés de Ginette Reno et d’Éric Lapointe. Cette année-là, il est reparti avec le vote du public.

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Un an plus tôt, il faisait sa première scène extérieure aux Francos de Montréal. Le parterre était trop petit pour contenir toute la foule. L’industrie commençait à comprendre l’importance du phénomène Souldia. Pourtant, son public, lui, l’écoute depuis plus d’une décennie.

S’établir en marge

Le rappeur de Limoilou s’est imposé tout seul. Certains croient qu’il a été sous-estimé, mais Souldia ne le perçoit pas comme ça. Il préfère dire qu’il a été en marge. Il croit qu’il l’est toujours, d’ailleurs. « Je ne me sens pas encore à 100 % intégré dans l’industrie musicale au Québec », avoue-t-il.

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C’est pourquoi il a monté sa « petite bébelle », dit-il, en référence à sa carrière, de son côté. Entre la sortie de son premier album, Art kontrol, en 2009, et sa première apparition à l’ADISQ, en 2019, Souldia a dû défendre son nom dans les bars et compter sur les médias spécialisés pour faire la promotion de sa musique.

« Ça a pris du temps avant qu’on voit ma gueule à Télé-Québec », affirme le juge de l’émission à succès La fin des faibles. Pour l’artiste, toute occasion en amène d’autres. « J’ai joué dans un film après avoir passé à La soirée est encore jeune », raconte-t-il à propos du court métrage Landgraves.

Entre mémoires troubles et page blanche

Dans sa musique, Souldia aborde des thèmes qui lui collent bien à la peau. Sur Page blanche, dernier titre de Dixque d’art, il dépeint ce qui se passe dans sa tête lorsqu’il doit écrire une chanson en rush. Il se parle alors à lui-même : « Je n’ai plus trop d’idées », rappe-t-il. D’ailleurs, il se fait souvent reprocher de toujours parler des mêmes choses.

Ces gens ne comprennent pas que je parle de ma vie depuis le début. C’est ça qui m’inspire.

Souldia

Il arrive pourtant à se renouveler sur ce 10album. Sur #22, hommage à Étienne Boulay, le rappeur expose plus longuement les problèmes de consommation de drogue. L’ex-joueur des Alouettes a arrêté de consommer et a remis son train sur les rails. L’histoire, racontée dans un documentaire sur Crave, a inspiré Souldia. « La drogue, c’est le poison dans ma vie. Mon meilleur ami et mon père sont tous les deux morts d’une surdose », nous rappelle le rappeur. Il affirme avoir perdu 80 % de son entourage ainsi.

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Il s’ouvre aussi comme jamais sur les hauts et les bas de son intimité. En entrevue, le « simple traumatisé » fait part de ses blessures irréparables. « Je ne dis pas que je ne vais pas bien mentalement, mais il y a des moments dans ma vie où je suis épuisé. J’arrive à 37 ans et je commence à me connaître, confie Souldia. Je ne regrette rien, mais si je m’étais connu aussi bien il y a 10 ans, je n’aurais pas agi de la même façon. Ça se reflète dans ma musique [aujourd’hui]. »

Cette musique, il la vend maintenant partout. Au passage, il rappelle son premier spectacle au MTelus (prévu en avril 2022). Reporté depuis 2020, Souldia pourra finalement donner l’une des plus grandes prestations de sa carrière. Le rappeur sera également tête d’affiche au prochain Carnaval de Québec, en février 2022.