Phil Collins a beau être diminué, il a beau être contraint de chanter assis, il était lundi soir en territoire conquis d’avance à Montréal. L’ovation debout spontanée reçue par les membres de Genesis à leur entrée sur scène a permis d’en prendre toute la mesure, avant même qu’une seule note ne soit jouée par les musiciens.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

Il y avait pourtant de quoi s’inquiéter. Phil Collins, blessé à la colonne vertébrale en 2007, souffre de lésions nerveuses qui l’empêchent non seulement de jouer de la batterie, mais aussi de se tenir debout sur une période prolongée. Mais on est rassuré quand on l’entend chanter les premières notes de Turn It on Again, le timbre de voix est intact, et quand il ne peut monter dans les aigus, les choristes Daniel Pearce et Patrick Smyth sont là pour prendre le relais, chantant quelques passages à l’unisson avec le chanteur de 70 ans. Aussi, si Collins peine parfois à garder le rythme lorsque l’élocution se fait plus rapide, il arrive à déconstruire son phrasé et parvient à un résultat convaincant.

Ce qui rassure encore davantage est qu’il gagne en assurance à mesure que le spectacle avance – I Can’t Dance, en ouverture de rappel, sonne comme en 1991. Certains chanteurs septuagénaires en santé n’arrivent pas à chanter aussi juste.

Évidemment, pas de duo de batteries, artifice auquel Genesis nous avait habitués depuis que Collins a remplacé Peter Gabriel au micro en 1976. Mais le fils de Phil, Nic, assure sa relève avec brio, mais aussi avec plus de muscle – la pomme n’est pas tombée loin de l’arbre, on apprécie.

Les musiciens sont appuyés par un écran géant qui s’étend jusqu’au-dessus des estrades latérales, et les projections servent souvent le propos, transformant Collins en conteur d’histoire d’épouvante sur Home By the Sea ou donnant un éclairage contemporain et cynique à une pièce de près de 35 ans comme Land of Confusion – il faut voir les rouleaux de papier toilette tomber du ciel. Les images d’archives diffusées sur Throwing It All Away étaient quant à elles franchement touchantes, nous rappelant cruellement qu’il s’agit très certainement de la dernière tournée de Genesis.

  • Phil Collins

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Phil Collins

  • Nic Collins

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    Nic Collins

  • Mike Rutherford

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    Mike Rutherford

  • Tony Banks

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    Tony Banks

  • Genesis donnera un deuxième spectacle ce mardi soir.

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    Genesis donnera un deuxième spectacle ce mardi soir.

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S’il y a une chose que Phil Collins n’a pas perdue, c’est bien son humour, encore présent comme au premier jour. On sourit avec lui quand il demande au public de chanter avec lui sur That’s All – « Vous m’aidez à mieux sonner » –, on rit quand il se moque de son complice Mike Rutherford au moment de présenter ses collègues musiciens après la chanson Duchess. D’ailleurs, Rutherford, Tony Banks et Collins ont eu droit à des ovations bien senties, on pouvait percevoir l’émotion des musiciens sur les écrans géants.

L’émotion était aussi palpable dans la foule, Yves Augier, de Saint-Félix-de-Kingsey, nous confiant sans détour après la salutation finale des musiciens que Phil Collins est « toute une légende, avec la santé qu’il a, on ne peut pas demander mieux ».

Genesis, c’est aussi une musique qui a défini une époque, et le groupe y est allé de quelques pépites tirées d’albums des années 1970, les passages instrumentaux de The Cinema Show, Afterglow ou Firth of Fifth étant autant de moments jouissifs.

Genesis remet ça ce mardi pour son deuxième spectacle en deux soirs à Montréal, ce qui sera sans doute le dernier de sa remarquable histoire, le chapitre final à une belle histoire d’amour avec le Québec. On peut encore saisir notre chance, on nous dit qu’il reste quelques billets.