Sting était en tournée quand la pandémie de COVID-19 a frappé, au printemps 2020. L’artiste, qui vient de souligner ses 70 ans en spectacle à Athènes, n’a pourtant pas décidé de se la couler douce ; il a choisi d’accélérer son cycle de travail en composant les chansons de son 15e album, The Bridge, qui a été dévoilé ce vendredi. La Presse s’est entretenue avec le légendaire musicien, qui, à ce jour, a remporté 17 prix Grammy et vendu plus de 100 millions d’albums au fil de son illustre carrière, amorcée en 1978 avec The Police.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

On peut lire dans la documentation accompagnant la sortie de l’album qu’il apparaît un peu comme un recueil de grands succès qui seraient toutefois tous inédits. C’est en effet ce que l’on ressent à l’écoute des 14 chansons, tant elles s’inspirent d’un peu tout ce que Sting a fait de bien au cours de sa carrière.

« Dans tout le travail que je fais, il y a une sorte d’ADN musical que l’on pourrait faire remonter aux toutes premières chansons que j’ai écrites », nous explique le chanteur à l’occasion d’une entrevue par vidéoconférence. « Et bien sûr, tout cela est influencé par la musique créée par les artistes que j’admirais ; quand j’étais enfant, j’étais très intéressé par la musique folk, et surtout par la musique folk de ma région. Je me suis ensuite intéressé au jazz, à la musique country, puis au rock-and-roll et au blues. Je ne me suis donc jamais vraiment limité à un genre, parce que j’ai l’impression que c’est une sorte de prison. Je pense que la musique est un spectre global, et les liens sont faciles à faire pour moi. »

C’est ainsi qu’on passe des pièces plus rock et plus pop de la face A du disque aux morceaux davantage jazz et folk de la deuxième face – Sting nous a confié candidement qu’il pensait toujours à ses albums comme s’ils comportaient toujours deux faces, comme au temps du vinyle. « C’est ridicule, mais j’aime l’idée d’avoir un morceau à la fin de la face A qui vous pousse à le retourner, même si ce n’est plus comme ça que les gens écoutent la musique ! », lance le musicien en rigolant.

PHOTO JORGE GUERRERO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Sting, lors d’un concert à Marbella, en Espagne, à l’été 2019

Néanmoins, il est bon de savoir que trois pièces de plus sont offertes sur vinyle et CD, notamment une reprise de (Sittin’ On) The Dock of the Bay, d’Otis Redding, mais aussi l’improbable Captain Bateman’s Basement. « C’était vraiment amusant, reconnaît le bassiste en souriant. J’étais en train de jammer seul dans le studio tard un soir, je m’amusais tout simplement en scattant quand mon agent m’a entendu et m’a suggéré de mettre ça sur l’album. Je n’aurais jamais pensé à mettre un solo de basse sur un disque ! »

Amis de longue date

Le disque, enregistré en confinement, met par ailleurs en vedette plusieurs collaborateurs de longue date – on reconnaît avec bonheur la touche du sax alto de Branford Marsalis sur Harmony Road ou les accords de guitare acoustique de Dominic Miller sur For Her Love.

« J’étais à Paris la plupart du temps, et quelqu’un d’autre pouvait être en Italie ou à Los Angeles, explique Sting. Le défi était de faire en sorte que ça ressemble à une conversation chaleureuse et intime. On y arrive en ayant des relations préexistantes avec la plupart des musiciens, et comme je travaille avec Dominic Miller depuis 30 ans, même chose pour le batteur Manu Katché, nous avons une façon de communiquer qui est presque sans mots, même si nous sommes sur des continents différents. Ils comprennent ce que je veux, donc, d’une certaine manière, travailler de cette façon n’était pas une telle nouveauté pour nous. Mais je suis très content de ce que nous avons créé. »

The Bridge fait ainsi le pont entre plusieurs styles explorés par le musicien au fil du temps, mais il le fait aussi dans le propos.

« Je ne voulais certainement pas écrire sur la pandémie, lance-t-il d’emblée. J’écris d’abord de la musique, puis je demande à la musique de me raconter une histoire. Je pense que si la musique est structurée correctement, elle a son propre récit. »

« Mon travail consiste à traduire ce récit en personnages, en situations, en histoires. J’ai donc attendu jusqu’à la fin, quand j’ai eu fini tout l’album, puis j’ai regardé les chansons individuellement et j’ai cherché le tissu qui reliait toutes les pièces. Elles parlent toutes de personnages en transition, entre la vie et la mort, entre la maladie et l’amour, entre les relations, tous à la recherche d’un pont vers un avenir sûr, vers un endroit plus heureux peut-être. Et bien sûr, le monde entier est dans cette situation, nous sommes au milieu d’une pandémie, nous sommes au milieu d’une crise climatique, d’une crise politique, nous cherchons tous un endroit sûr. »

Pour Sting, la scène est certainement l’un de ces endroits sûrs, si bien qu’il a repris la route, surtout en Europe, mais aussi à Las Vegas, où il vient de faire une série de huit spectacles en résidence au Caesars Palace. « J’y retourne en juin, et probablement aussi en octobre, et je dois dire que j’ai eu beaucoup plus de plaisir que prévu, affirme l’auteur-compositeur-interprète. Je ne savais pas trop devant qui j’allais jouer, mais à ma grande surprise – à ma grande joie ! –, je me suis rendu compte que je jouais devant un public enthousiaste qui connaissait mes chansons, qui aimait mon travail et qui était époustouflé par la représentation visuelle des chansons. C’est un spectacle très visuel, ce qui était une nouveauté pour moi. Donc, c’était très excitant. »

Sting ne rejette ainsi pas l’idée de poursuivre l’expérience à Las Vegas, si la demande est là : « Tant que vous vendez des billets, ils continueront à vous inviter, reconnaît-il, lucide. Mais je ne me vois pas finir à Vegas ; vous savez, c’est un peu comme un cimetière d’éléphants ! Mais tant que c’est amusant, je pense que je vais continuer à le faire. »

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The Bridge, 15e album solo de Sting

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