Cela fait huit ans maintenant que Jon Matte traduit ses observations existentielles et ses états d’âme à travers la musique de The Franklin Electric. Le nouvel album du collectif montréalais porte ses réflexions sur le lâcher-prise, l’acceptation et la guérison. This Time I See It sort ce vendredi.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Une conversation avec Jon Matte suffit à déclencher une sérieuse remise en question existentielle. Lorsqu’il parle de son œuvre, le meneur de The Franklin Electric parle de sa philosophie. Les deux vont de pair, se nourrissent mutuellement. « Ce que j’ai appris en faisant cet album, c’est que tout est un reflet de ce qui est à l’intérieur de toi », nous dit Matte au bout du fil, dans son habituel mélange de français et d’anglais. « On projette toutes sortes de choses sur le monde extérieur qui viennent d’expériences du passé. »

Pour se défaire de cette façon de naviguer dans la vie, de « ces limites que l’on crée soi-même », le lâcher-prise est essentiel, estime-t-il.

Le willpower [la volonté, le contrôle], c’est beaucoup d’efforts. Quand tu laisses ça aller et que tu as une sorte de confiance [en la vie], tu peux te pardonner pour ce que tu as créé dans le passé. Les choses deviennent plus fluides, te viennent sans effort.

Jon Matte, meneur de The Franklin Electric

L’album This Time I See It fait résonner sur des tons indie-folk cette idée « de laisser l’univers faire les choses, de laisser les choses couler ».

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Vancouver et Mexico

S’il a « toujours eu cette approche existentielle et philosophique » dans sa musique, il était important pour l’auteur-compositeur-interprète de ne rien forcer. Tout le temps que la pause pandémique a offert l’a tout naturellement mené à l’introspection qui a inspiré ses chansons.

Le refrain de la pièce-titre, ballade guidée par une douce mélodie au piano, semble résumer l’essence du disque : « It never was as I thought it was, but this time I see it, this time I see inside », chante Jon Matte. Sur le titre Always Alone, il raconte la solitude et l’occasion d’avoir une relation saine avec soi-même. L’introspective pièce d’ouverture, After All, sur un picking acoustique caractéristique de l’œuvre de The Franklin Electric, évoque le voyage, littéral et intérieur.

Matte a d’ailleurs notamment nourri ses réflexions en voyage. Installé à Mexico pendant quelques mois, dans une petite communauté, il s’est imprégné du mode de vie local. « Je donnais des leçons de trompette, je jouais avec un groupe de grass et avec des amateurs qui apprenaient à jouer. Je jouais des styles de musique qui n’avaient rien à voir avec The Franklin Electric. J’enseignais, je surfais et j’ai appris l’espagnol », raconte-t-il.

J’ai laissé aller toutes mes habitudes, de mon band à mon style de vie. C’était l’occasion de prendre un pas de recul et d’essayer autre chose.

Jon Matte, meneur de The Franklin Electric

Le retour a été « difficile ». « J’ai été rattrapé par notre style de vie, dit Jon Matte. Tout était tellement propre, il y avait tellement de règles, et on était tous si loin les uns des autres. » Après avoir pris l’habitude de se déplacer à pied, de prendre souvent l’air frais, après avoir goûté à l’esprit de communauté, il est revenu à cette société où « on vit dans des boîtes avec des murs, on se déplace dans des boîtes avec des roues », et où le rythme n’est pas le même. « J’ai pris quelque chose de là-bas avec moi », affirme toutefois le musicien.

Avant d’achever l’album de Mexico (en travaillant à distance avec le réalisateur Miro Mackie, établi à Los Angeles), le meneur de The Franklin Electric l’a enregistré à Vancouver. Lorsque le mini-album Never Look Back sortait, fin 2020, Matte composait ce qui deviendrait This Time I See It. Il s’est ensuite rendu aux Afterlife Studios pour enregistrer l’album avec son coproducteur John Raham. « Il a un studio analogue vintage, qui amène quelque chose de chaud et d’organique », raconte Jon Matte. Ces tonalités se démarquent sur le disque.

« Toujours émotif »

Cet album, il l’a fait sans se mettre de pression, « avec honnêteté », « sans gros concept, juste avec le flow et l’inspiration du moment ». Son instinct a guidé sa création.

Huit ans environ depuis la première sortie de This Is How I Let You Down, The Franklin Electric a fait paraître plusieurs projets et ne semble jamais s’être essoufflé. Depuis 2019 seulement, le collectif a lancé les mini-albums In Your Heart et In Your Head, puis Never Look Back – qui a été nommé au lendemain de notre entretien dans la catégorie Album de l’année (réinterprétation) du Gala de l’ADISQ, une première citation.

This Time I See It est son quatrième disque long. Jon Matte n’en est donc pas à son premier lancement. Mais l’acte d’envoyer sa musique dans l’univers est-il quelque chose auquel on s’habitue ? « C’est toujours un peu magique et inattendu, répond le musicien. Tu fais des chansons pendant un an et, ensuite, elles sortent, et c’est comme si tu les découvrais de nouveau. Ça me rend toujours émotif. Il y a un moment où tu te dis : “Oh, je comprends maintenant, je vois tout le travail, tout le temps que j’ai mis.” Tu rencontres tes propres chansons d’une autre façon. »

The Franklin Electric sera en spectacle au festival Osheaga le 1er octobre.