Dans Grand voyage désorganisé, qui sortira vendredi, Patrice Michaud propose sa vision bien personnelle de l’existence en s’adressant au plus grand nombre. Nous lui avons parlé de ce quatrième album, dans lequel il réussit à se renouveler tout en restant profondément lui-même.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

« Grand voyage désorganisé, c’est la meilleure métaphore que j’ai trouvée pour parler de la vie au sens large, dans sa forme dézoomée. C’est aussi l’histoire bien basique de la production de cet album. Et c’est ce qu’on vit présentement. »

Plus de quatre ans après la sortie, début 2017, de son album Almanach, qui l’a propulsé au sommet des palmarès et lui a valu d’être nommé deux années de suite interprète masculin de l’année à l’ADISQ, l’auteur-compositeur-interprète originaire de Cap-Chat est de retour avec un nouveau disque intime au propos existentiel, dont il parle avec éloquence, fidèle à son habitude. Celui qui a animé Star Académie l’hiver dernier n’a pas tant changé en entrevue, toujours aussi volubile et imagé, généreux en anecdotes et en apartés de toutes sortes.

Ainsi, il raconte en détail les multiples étapes de création de l’album, amorcé « pré-pandémie » avec le réalisateur Alex McMahon, et qui s’est terminé… en juin 2021. Puis explique comment il a écrit chaque jour pendant un an, et à quel point cet exercice, qui lui a permis de creuser certains sujets plus douloureux, est devenu une « carrière de matière première » pour les chansons en devenir.

Étonnamment, toutes ces contraintes ne l’ont pas empêché de créer un album plus délié. Au contraire, on le sent moins pris dans des ornières folk-rock, plus profond dans les thèmes explorés.

Je suis très libre sur cet album. J’ai essayé des choses. Mais les barèmes, je les positionne toujours par rapport à moi. Je sais où je vais loin.

Patrice Michaud, auteur-compositeur-interprète

Bref, « rien de psychédélique » ici, mais un certain affranchissement de la structure couplet-refrain, des influences de rock progressif avec des chansons-épopées aux ruptures de ton surprenantes, une touche de programmation, des arrangements de chœurs et de cordes, et même du spoken word.

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« Je n’ai jamais peur de ne pas me ressembler », ajoute Patrice Michaud. On lui demande quand même par où il est passé pour arriver à cet album dense qui dégage une certaine gravité.

« Oui, c’est un album intense. Dans certains sujets, certaines directions, certaines vibes. Mais il y a deux choses dans ça. Moi, ma vie, les aléas de ces dernières années. Et moi en tant qu’auteur qui canalise, écoute et reçoit ce qui se passe autour. »

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Grand voyage désorganisé est un album « moins funny » que ses précédents, convient-il. Mais s’il comporte des moments plus difficiles – une chanson comme La guerre de toi n’aura pas lieu risque de « gratter un peu » –, il refuse l’étiquette de « sombre ».

C’est un disque qui explore. Qui a des moments d’apesanteur, atmosphériques, mais qui n’est pas dark. Je suis un gars lumineux dans la vie, et en chanson aussi. Et je trouve qu’il est quand même lumineux.

Patrice Michaud

« L’ultime bouteille à la mer »

Son objectif reste toujours d’élever – de « niveler par le beau », comme il chante dans La grande évasion – plutôt que de tirer vers le bas. « Ah ça, non ! Je ne suis pas bien dans cette zone d’écriture. Et quand j’y vais, ce n’est jamais longtemps. »

C’est que pour l’auteur-compositeur-interprète, « le receveur n’est jamais bien loin ». Et c’est peut-être plus vrai que jamais dans cet album qui parle du désir de rencontrer l’autre, d’amour et d’espoir, mais aussi de mort, de séparation et de douleur, dans un monde où nous sommes de plus en plus isolés.

Une thématique qui a pris son origine dans sa fascination pour les Golden Records, ces disques remplis d’information sur l’humanité qui ont été envoyés dans l’espace en 1977 – c’est d’ailleurs le titre d’une des chansons.

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En fait, c’est la portée philosophique du geste qui l’a stimulé.

« On a créé l’ultime bouteille à la mer. À aucun moment cet objet est supposé revenir, et on a mis dedans tout ce qu’on voulait mettre pour nous présenter, dans l’espoir que ça rencontre quelqu’un. C’est quand même formidable. »

Il a décidé d’en faire le liant de l’album, parce que « aller vers l’autre, la peur de l’inconnu, le désir que ça suscite… c’est une fucking odyssée en soi ». Et sans « tomber dans le piège de l’album concept », il a parsemé ici et là dans ses chansons cette idée d’émancipation, mais aussi de la place de l’humain dans l’univers, question de boucler la boucle.

« Je viens de la littérature. J’ai travaillé sur Perec, qui était un fou de la présence de ses livres dans ses autres livres. J’ai eu envie de saupoudrer un peu d’intertextualité dans mes chansons. »

Et il aime toujours autant les phrases qui tournent comme des leitmotive et les citations – ici, on va de Dédé Fortin à Jacques Poulin en passant par une poète de Sherbrooke, Mélanie Noël.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le quatrième album de Patrice Michaud sortira vendredi.

On n’invente jamais rien. Et c’est correct d’accepter que quelqu’un a formulé quelque chose de tellement beau que tu n’arriveras pas à faire mieux.

Patrice Michaud

Toute la palette

Après un spectacle de lancement virtuel sur sa chaîne YouTube jeudi soir – une captation léchée qui a été faite cet été –, Patrice Michaud repartira sur la route. Enfin. « Je suis fébrile et on a faim ! C’est un gros show, une production sur laquelle on a mis des moyens, du temps. Cet album ne peut pas être défendu en formule light, ça ne se peut pas. Ce n’est pas parce que tout roule à 50 %… nous, ça va rouler à 100 %. »

Cette nouvelle tournée d’une grande ampleur – près d’une cinquantaine de dates sont déjà annoncées – fait en sorte qu’il ne peut pas reprendre l’animation de Star Académie. Même s’il n’aime pas beaucoup le mot, sent-il que son nouveau statut de vedette populaire vient avec des responsabilités ?

« Non. Créer des tounes vient avec une responsabilité. Aller les défendre. Les écrire en français. Ne pas prendre ce métier à la légère, tout en acceptant que pour plusieurs, c’est du divertissement. Mais des fois, ça va prendre une place plus grande dans leur vie et je trouve que ça, c’est une grande responsabilité. »

Et quand on lui demande quel effet il voudrait que ces nouvelles chansons nous fassent, pour une rare fois, la réponse ne vient pas tout de suite. « Je ne sais pas… » Silence.

Ben, c’t’un voyage. J’ai envie que les gens embarquent, mais qu’ils ne débarquent pas tout de suite. C’est plus un aller qu’un aller-retour. J’espère que l’album va prendre le temps de prendre sa place et qu’il fera réfléchir, pleurer, sourire. Toute la palette du sentiment ou de l’émotion que ça peut générer, il n’y en a pas une pour acheter l’autre.

Patrice MIchaud

« Encore longtemps/habiter la maison/la seule que nous ayons », dit le refrain de la magnifique Un point bleu pâle, inspirée d’un livre de Carl Sagan. Une chanson finale et ouverte, qui arrive comme un point d’orgue à ce voyage à la fois introspectif et tourné vers l’autre.

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« Cette chanson, c’est l’application directe du Grand voyage désorganisé. Toutes mes définitions de l’existence y sont. C’est quoi, la vie ? C’est des enfants qui courent dans le champ pour faire décoller les oiseaux. Et c’est aussi la machine qui déraille. Mais ce canari au fond de la mine, ostie, il chante encore. »

Lancement virtuel sur la chaîne YouTube de Patrice Michaud le 23 septembre à 20 h. Pour les spectacles, consultez le site de Patrice Michaud.

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