La fin approche, mais le Festival de jazz n’a pas fini de nous émerveiller. Pour l’avant-dernier soir, samedi, Charlotte Day Wilson (majestueuse), Anachnid et Shay Lia se sont succédé sur la grande scène. Le Jazz propose un programme qui permet à divers genres de se côtoyer dans le plus séduisant des mélanges. La soirée de samedi en a fourni une nouvelle preuve.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Charlotte Day Wilson, la force tranquille

Charlotte Day Wilson, le clou de la soirée, est arrivée en force, proposant d’emblée un moment où sa voix céleste et celle de ses choristes ont flotté dans l’air du Quartier des spectacles. Assise à son piano, la Torontoise a annoncé ses couleurs de façon somptueuse, avec la pièce Strangers. Elle n’a ensuite jamais laissé retomber cette sublime ambiance qu’elle venait d’installer.

Son R’n’B sublimé de soul, de jazz (de gospel même, quand ses choristes s’en mêlent) nous est livré dans une sorte de quiétude planante. Le répertoire de l’auteure-compositrice-interprète y est certes pour quelque chose, mais sa personnalité scénique également. Elle exsude une sérénité contagieuse. On se laisse alors doucement bercer par le groove de ses chansons, de I Can Only Whisper à Falling Apart, en passant par Let You Down, Stone Woman ou Doubt. On en oublie la fraîcheur qui s’installe, on s’emmitoufle dans les ondulations de la basse omniprésente, du piano ou de la guitare qu’elle fait alterner – lorsqu’elle ne souffle pas dans son saxophone (!), de la batterie qui marque fiévreusement la cadence. Les musiciens sont solides, les chœurs sont essentiels, le matériel avec lequel ils travaillent est excellent et sublimé en version live.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Charlotte Day Wilson et ses choristes

Et puis il y a cette voix. Envoûtante, chaude, unique. Il est si plaisant d’apprécier en spectacle toute la portée du talent de Charlotte Day Wilson. Elle donne tout ce qu’elle a, mais n’en fait jamais trop. Pour son deuxième spectacle en deux ans à peine, la musicienne est surtout allée piocher dans le formidable premier disque qu’elle a fait paraître en juillet dernier. Elle a aussi pu compter sur des pièces de ses mini-albums, ceux qui ont contribué à lui forger cette renommée montante tellement méritée.

Le spectacle affichait complet. La température en a peut-être refroidi quelques-uns, mais Charlotte Day Wilson a réussi à attirer une foule dense sur la place des Festivals (aussi dense que les restrictions de distanciation le permettent). Une foule qui a eu droit à toute une performance, de celles qui marqueront assurément cette édition du Festival de jazz.

Dans la toile d’Anachnid

Quelque chose dans la musique que présente Anachnid ne peut laisser personne indifférent. À la fois foncièrement moderne et imprégnée du riche héritage musical de l’auteure-compositrice-interprète autochtone, elle intrigue et donne toute la place aux émotions.

« Je représente le totem arachnide, donc l’araignée. Bienvenue dans ma toile », a intimé Anachnid au public dispersé sur la place des Festivals, en début de spectacle. On est rapidement pris dans les fils de cette artiste au son si unique. Pour notre plus grand plaisir, elle tisse habilement sa toile musicale, nous enveloppe dans ses sonorités R’n’B, électros, pop, rocks et traditionnelles. C’est délicieusement planant. C’est souvent sombre, parfois baigné d’une douce lumière enveloppante.

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Anachnid

Les synthés et la percussion accompagnent la voix, sans artifices superflus. Anachnid habite la scène sans trop se déplacer, laissant le mouvement de son corps se joindre à celui de ses cordes vocales.

On est sur le territoire mohawk et j’aimerais aussi parler du fait que le jazz vient de la Louisiane et se ramasse jusqu’à Montréal.

Anachnid

L’artiste a remercié le FIJM d’inclure les Premières Nations à son évènement. Elle a alors interprété une chanson « de guérison et de réconciliation » inspirée par son jeune frère. Un moment solennel, durant lequel elle ne s’est accompagnée que d’un tambour traditionnel, laissant sa voix porter toute l’émotion du chant.

Le rythme de Shay Lia

« Êtes-vous prêts à danser ? » Shay Lia pose la question à trois reprises durant sa performance et chaque fois, l’enthousiasme du public est grandissant. Camisole jaune, pantalon taille basse noir et chevelure volumineuse, la chanteuse arrive sur la scène principale du Jazz avec une confiance débordante. Une dégaine qui promet un spectacle divertissant si les performances vocale et instrumentale sont à la hauteur.

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Shay Lia

La Montréalaise d’adoption, Franco-Djiboutienne d’origine, habite la scène avec une belle aisance. Pour Lia, avant le chant, c’était la danse. Et ça se voit. Elle n’hésite pas à accompagner son interprétation de mouvements sensuels coordonnés à sa voix ou à celle de son bassiste et choriste. Plus tard, deux danseurs viennent l’accompagner pour les dernières chansons du concert – et qui auront à la toute fin la scène juste à eux, pour un savoureux moment.

Ce n’est pas toujours parfait vocalement, mais l’auteure et interprète s’en sort joliment. Elle pousse à quelques occasions des notes impressionnantes, sa voix voluptueuse mettant bien en valeur ses entraînantes chansons R’n’B et soul. Le potentiel de Shay Lia est indéniable.