Michel Cusson revisite ce jeudi la musique de la série Omertà au Festival international de jazz de Montréal. La Presse s’est entretenue avec le jazzman de cette œuvre phare qui a marqué sa carrière.

Claude Côté Collaboration spéciale

Avec 38 films à son actif et 26 séries télé, les films Aurore, Maurice Richard, la musique de Cavalia et les films Imax, pour ne mentionner que ceux-là, on peut présumer sans se tromper que la musique d’Omertà, composée il y a presque 25 ans, est à l’origine du succès planétaire de Michel Cusson.

« Ça fait longtemps que j’ai dépassé les 10 000 morceaux depuis. Je remercie Luc Dionne de m’avoir dit : “Go !” Ce n’est pas tout le monde qui a ce courage de mettre la musique au premier plan. »

Omertà, on s’en souvient trop bien, baigne en pleine invocation des esprits troublés du monde de la mafia avec une intensité vibrante mais contenue, la loi du silence pèse comme des nuages gris en suspension et la bande-son est lourde de prophéties. Un chaud-froid émouvant où Cusson égrène de manière impitoyable des solos clairs, racés, qui ont fait sa légende et où il a su retrouver l’essence, le venin propre à ces personnages, sans se dépêtrer d’influences trop voyantes.

Le jazz, c’est large, mais la musique de film, ça l’est encore plus. Les permutations sont à l’infini. Je fais un film en ce moment, et tu ne sais jamais ce qu’ils vont te demander. Il faut aller chercher d’autres influences et ça prend beaucoup de bagage culturel pour y arriver.

Michel Cusson

« Tu m’expliques ce que tu veux et je vais te le faire en quatre minutes. Ce ne sera pas abouti, mais mon premier jet est extrêmement rapide. La créativité, je la tiens tout le temps sur le edge, périlleuse. C’est un muscle qui doit travailler tout le temps. Mais il faut avoir l’humilité de dire : ça se peut que je me trompe. »

Le claviériste tout-terrain Dan Thouin est certainement dans l’effectif pour sa capacité à s’aventurer dans ces eaux incertaines avec une compréhension totale de l’œuvre ; Benoit Glazer, lui, revient nous jouer de sa trompette en sourdine, ingrédient essentiel à la sauce et qui nous rappelle aisément le Tutu de Miles Davis (1986). Olivier Pabaz tient la contrebasse. Paul Brochu, le cœur battant d’UZEB, sera à la batterie.

« J’ai choisi une dizaine de thèmes principaux qui vont permettre de passer la balle à mes collègues. Il ne faut pas oublier qu’Omertà, c’est 19 heures de musique. »

« On prend cette matière et on la fait évoluer. »

« C’est comme être polyglotte »

Le studio Lombard (référence bien sûr au titre 60, rue des Lombards qu’UZEB a endisqué en 1985 sur l’album Between the Lines) est le lieu des sessions YouTube chez Michel Cusson enregistrées tous les jeudis. Voici que nous tombe des cieux le résultat de ces sessions, Momentum, test de paternité définitif ; le nouveau disque de l’impénitent défricheur paraît le 24 septembre.

« C’est mon travail d’écrire de la musique tout le temps. Les gens peuvent voir comment je crée des textures, comment on s’écoute. Je suis en recherche et développement depuis 50 ans. Je suis comme un petit gars, je n’ai pas changé.

« La curiosité et la naïveté m’habitent, tu ne t’en vas pas dans la musique si tu es trop réaliste. »

Michel Cusson, 64 ans, possède une sorte de bonheur permanent de la trouvaille. Il triture, il malaxe, il pétrit. L’approche est différente sous la houlette du maître.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Michel Cusson

Ce que je fais en studio présentement, c’est un hybride entre le musicien improvisateur et le compositeur. Je peux dire aux musiciens : “OK, là on s’en va dans une bande sonore où il y a moins de notes.” C’est comme être polyglotte. Ce que je fais ici, je ne peux pas le faire sur une scène.

Michel Cusson

« Je me suis dit : je vais ouvrir mon studio aux gens pour qu’ils voient comment je travaille. C’est un mystère pour bien des gens. Je suis en mode création, mais c’est ce que je fais tout le temps. J’ai déménagé mon studio dans les Laurentides il y a trois ans. Mes collègues me disaient que je devais faire plus de vidéos, mais avec des captations plus fluides, sans être importuné par la technique, or il y a désormais une configuration permanente avec des caméras quasi invisibles. »

Et Luc Dionne, dans tout ça ?

Même si ce dernier est venu chez Cusson récemment pour les sessions Omertà 1 et 2, l’impénitent défricheur n’a pas vu un seul épisode de District 31, avoue-t-il, un peu gêné. La raison est toute simple :

« À 19 h je suis dans mon studio, pas devant ma télé que je n’écoute jamais. J’ai fait le thème d’intro avec plaisir, je l’ai retouché, mais je n’ai jamais eu le temps de regarder la série. Luc écrivait la série en écoutant la musique d’Omertà. Et il ne faut pas oublier que Luc est un ancien trompettiste, il aime vraiment la musique et on va retravailler ensemble », dit celui qui concocte la musique d’un film français ces jours-ci.

Avec toutes ces guitares, acoustiques et électriques, à l’arrière-plan, on se demande s’il est seulement capable de s’en détacher. « Je prends une heure de vacances par jour. Mes vacances, c’est de jouer au tennis, faire du sport. Mais la musique est tout le temps avec moi. Ce n’est pas forcé. Ma conjointe me comprend et c’est fantastique. »

Michel Cusson, Omertà. Sur la scène du Parterre symphonique le 16 septembre à 19 h. Gratuit. Réservation requise.

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