Dès la première pièce du nouvel album de Halsey, If I Can’t Have Love, I Want Power, il est clairement établi que l’intention n’est pas d’explorer des sujets légers ni de nous bercer sur des sons de pop sucrée.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Sur The Tradition, les sonorités angoissantes et lugubres enrobent un texte narrant le destin d’une fille traitée comme un objet, métaphore de ce que la célébrité et le milieu du show-business font aux femmes. Le refrain l’exhorte à s’émanciper, à vivre la vie qu’elle désire.

Le fil rouge est clair, alors que se déploient les premiers morceaux, tous baignés dans une aura gothique. If I Can’t Have Love… explore ce lieu entre l’horreur et le bonheur, la force et la soumission. Il aborde la tentation du mal, le désir de bien faire. À travers les mots et les sons.

Le single principal de l’album, I Am Not a Woman, vient préciser la réflexion de Halsey, qui y dit : « Je ne suis pas une femme, je suis une déesse ». Dans une entrevue avec Zane Lowe, Halsey expliquait qu’il ne s’agit pas là d’un disque sur le « Girl Power », mais plus largement sur la féminité, la maternité ; Halsey utilise désormais les pronoms elle/eux (she/they). La question du genre dans son approche artistique est aussi centrale.

Le tout se déploie sur une sombre atmosphère qui perdure jusqu’à la toute fin de l’album, ponctué d’un accent pop que Halsey sait amener de la meilleure des façons.

La pop-punk fait son retour ces temps-ci, et Halsey l’utilise à son avantage sur ce disque, dans un savoureux mélange avec la pop-grunge et le rock. Sur Honey, par exemple, on est de retour à l’âge d’or de la pop-punk de Paramore. On ne sent pas de mauvais pastiche, mais plutôt un retour maîtrisé aux sonorités qui dominaient vers la moitié des années 2000.

Lilith, un exercice d’introspection groovy, porte le nom de la première femme d’Adam. Et si Halsey y raconte « toujours tout faire foirer », jamais elle ne s’en excuse. La superbe The Lighthouse, histoire captivante d’une sirène et du marin qu’elle piège, chantée sur une sinistre musique grunge, est une des plus intéressantes explorations de ces sonorités que Halsey n’avait jamais touchées auparavant. La distorsion, dans le sens propre sur certaines pistes, mais aussi dans les nombreux virages dans les sonorités au fil du disque, alimente la sensation de cauchemar éveillé tout en captivant notre attention du début à la fin.

Trent Reznor, Atticus Ross et Dave Ghrol comptent parmi les collaborateurs de cet album qui, en plus d’être superbement écrit, sonne extrêmement bien. Halsey présente son meilleur travail à ce jour.

0:00
 
0:00
 
If I Can’t Have Love, I Want Power

Pop

If I Can’t Have Love, I Want Power

Halsey

Capitol Records

½