Leur premier album est né dans la spontanéité, enregistré devant public dans la salle Les Pas perdus, aux Îles-de-la-Madeleine.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Pour leur deuxième, Gin à l’eau salée, les cinq gars de Salebarbes ont plutôt dû travailler à distance, séparés par la pandémie.

« Le premier défi en était un simplement humain, explique d’ailleurs Éloi Painchaud, qui l’a réalisé. C’était de garder les lumières allumées à l’intérieur même de la cellule du band. »

Salebarbes, c’est le super-groupe de musique cajun fondé il y a deux ans et demi par les cinq fiers Acadiens que sont Éloi et Jonathan Painchaud, Jean-François Breau, George Belliveau et Kevin McIntyre. Un projet qui, porté par leur sens de la fête, leur répertoire irrésistible et leurs formidables harmonies vocales, a pris de l’ampleur un peu malgré eux.

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« Ce n’est pas tant qu’on s’imaginait que ça deviendrait gros. C’est qu’on ne s’imaginait rien ! », lance Éloi Painchaud en riant.

Tellement qu’ils ont dû réorganiser leurs vies et leurs carrières autour de Salebarbes en mettant des choses en veilleuse. C’est là que le « switch » s’est fait dans leur tête.

On s’est dit, eille, on prend-tu ça au sérieux ? On se magasine-tu une gérante ? Ce genre d’affaire-là.

Éloi Painchaud

Ils travaillent d’ailleurs maintenant avec la gérante de Fred Pellerin, Micheline Sarrazin, qui a justement voulu tester leur degré d’engagement au début.

« Elle voulait savoir si c’était juste une amusette. Et là, George Belliveau, savoureux à l’extrême, il a dit [il prend l’accent acadien de son compère] : “Micheline, je peux juste te dire, on se prend pas au sérieux, mais on est sérieux.” »

Éloi Painchaud rigole à l’autre bout du fil.

« Ça veut dire : on ne se prend pas au sérieux parce qu’on sait que ça repose sur du plaisir, de la joie communicative et du moment présent, et que c’est extrêmement volatil. Mais on le fait pour de vrai. On s’habille propre et on y va. »

À distance

Non seulement la pandémie a-t-elle stoppé nette la tournée de Salebarbes, mais en plus le groupe a littéralement été séparé en deux, avec trois membres au Québec, deux au Nouveau-Brunswick et une frontière fermée entre les deux. Une « déchirure » qui aura été l’occasion pour eux de se recentrer sur l’essentiel.

PHOTO CLAUDE DUBÉ, FOURNIE PAR L-A BE

Salebarbes en concert

« Ce qui est fabuleux et terrifiant à la fois, c’est que Salebarbes a vécu une déportation. On faisait des shows télé, George et Kevin apparaissaient sur des écrans, on les voyait chanter et danser… mais je savais qu’ils étaient seuls en studio à Moncton et j’avais le motton. Pour te dire, il a fallu se trouver des munitions pour continuer à y croire. Et ces munitions, c’est cet album. »

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En octobre 2020, les gars de Salebarbes se sont retrouvés pendant trois jours au studio B12 pour jeter les bases de ce qui allait devenir Gin à l’eau salée. Un album fait de plusieurs compos originales, dont la chanson titre, « parce qu’on veut faire pousser des fleurs de couleurs différentes et qu’on aime se lancer des défis » d’adaptations – Louisiana Men, de Doug Kershaw, est par exemple devenue Gagner sa vie aux Îles-de-la-Madeleine – et de traductions – C’est la vie, de Chuck Berry, suavement interprétée par Jean-François Breau.

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« On était fous furieux ! », se souvient Éloi Painchaud. Ils sont rentrés ensuite chacun à la maison, et les chansons se sont construites de manière « organique », les musiciens s’envoyant à toute heure du jour et de la nuit des bouts de musique, une ligne de guitare, un riff de violon, une phrase de texte, une harmonie de voix. Une bûche à la fois pour maintenir le feu allumé, illustre-t-il.

Chaque track était comme un code morse : bibibip, salut, je suis sur mon île, ça va-tu ? On s’envoyait de la musique comme des signaux de fumée pour dire on est en vie ; ça nous donnait de la drive et nous sortait la tête de notre bol d’aquarium.

Eloi Painchaud

Le « disque dur » de l’album s’est donc peuplé de musique, un peu comme un cadavre exquis, explique Éloi Painchaud avec son sens de l’image toujours punché. Mais on n’y voit que du feu et on ne peut que saluer le travail du réalisateur.

« Merci, mais ce n’est pas juste moi. D’abord, on a des voix magnifiques, toutes réunies de manière humble et désintéressée. Elle est là, la clé qui débarre tous les cadenas du band. Chacun met ce qu’il a de meilleur au service des autres. »

Incarné

En se mettant en danger tout en utilisant les moyens du bord, les musiciens ont d’une certaine manière pu recréer le sentiment d’urgence d’une création live, estime Eloi Painchaud.

Ce qui fait que l’album a l’air incarné, c’est qu’on s’est incarnés dedans. Quand on recevait les voix des autres, on chantait tout ce qu’on avait dans le ventre même si on était seuls. C’était un exercice d’oubli des frontières, d’être le plus possible groundés sur la patente.

Éloi Painchaud

Il y a aussi le fait que les gars de Salebarbes ont vu neiger et qu’ils ont plein de trucs dans leur poche arrière, ajoute le réalisateur. « Au même titre que je mets une cravate pour aller chanter, je vais m’organiser pour que le gratin dauphinois soit bien gratiné ! »

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Pas pour rien que 2500 personnes étaient au rendez-vous pour eux il y a deux semaines au Festival acadien de Caraquet, et qu’ils ont des spectacles prévus jusqu’en 2023.

« La culture, ce n’est pas juste ceux qui la font, c’est aussi beaucoup ceux qui la consomment. C’est une joie commune qu’on essaie de partager et Salebarbes fait partie, je crois, des têtes heureuses qui peuvent ramener un peu de gaieté. Pour recommencer à danser ensemble. »

Gin à l’eau salée

Cajun

Gin à l’eau salée

Salebarbes

L-A be