L’intégrale des concertos pour piano et orchestre de Beethoven donnée en deux concerts au Festival de Lanaudière a pris fin samedi soir. Le directeur artistique Renaud Loranger est revenu sur la soirée de vendredi en parlant d’« un des plus beaux concerts de [sa] vie ». Nous comprenons son enthousiasme. Deux musiciens québécois adorés du public se donnant corps et âme dans un des plus beaux répertoires qui soient, et ce, dans le cadre enchanteur de l’amphithéâtre Fernand-Lindsay… on en reprendrait tous les jours !

Emmanuel bernier Collaboration spéciale

L’expérience du week-end soulève toutefois la question de l’opportunité d’un tel projet. Nous avons déjà souligné les ratés de la soirée de vendredi. Le concert de samedi n’a pas fait exception.

Avec trois concerts consécutifs (en comptant celui de dimanche après-midi, qui incluait notamment la Symphonie « du Nouveau Monde » de Dvořák), l’Orchestre Métropolitain et son chef Yannick Nézet-Séguin ont eu à interpréter quelque cinq heures de musique en une fin de semaine. Le pianiste Marc-André Hamelin avait pour sa part près de trois heures de musique à jouer de mémoire.

Limites

Le problème ici n’en est pas un de technique. Ce n’en est sûrement pas un de préparation. La concentration, qui n’est pas une ressource infinie pour tout humain normalement constitué, est probablement la grande coupable.

Car lorsque Marc-André Hamelin s’accroche dans – disons – une gamme de mi bémol majeur, une gamme qu’il a dû faire des dizaines de milliers de fois dans sa vie, ce n’est pas une question de technique. Le cerveau est un organe qui a ses limites, même chez un Superman du clavier comme lui.

En tout respect, il nous a parfois semblé en mode « pilote automatique », en particulier dans le Concerto no 5 (qui suivait le no 4). Un pilote automatique somme toute expressif, mais dont les ailes ont parfois arraché quelques branches d’arbre au passage !

Yannick Nézet-Séguin nous a plutôt donné des frayeurs au tout début de la soirée, avec un premier mouvement du Concerto no 4 d’abord sans tonus. La magnifique cadence écrite par Hamelin, sorte d’évocation style « Années de pèlerinage de Liszt », que le chef a écoutée avec gourmandise, a toutefois été, semble-t-il, l’étincelle qui l’a embrasé pour le reste du concert. Nous avons retrouvé notre Yannick !

L’Orchestre Métropolitain a de son côté généralement bien fait, dans les circonstances, malgré des pianissimos qui avaient tendance à se détimbrer, notamment dans les premier et troisième mouvements du Concerto no 4. Le chef a opté pour une sonorité moins sèche que la veille, avec un peu plus de vibrato aux cordes et des cuivres moins tranchants, parti pris qui va de soi avec ces partitions qui tirent beaucoup plus vers le romantisme que vers Mozart ou Haydn.

PHOTO AGENCE BIGJAW, FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE LANAUDIÈRE

Le chef Yannick Nézet-Séguin et le pianiste Marc-André Hamelin se sont fait une chaleureuse accolade à la fin de la soirée.

Moments de pur bonheur

Malgré les écueils mentionnés, cette soirée nous a valu plusieurs moments de pur bonheur musical. Le mouvement lent du Concerto no 4, probablement le plus beau des cinq concertos, est l’un de ceux-là. L’opposition entre l’accompagnement en coups de boutoir de Nézet-Séguin et le piano volontairement introverti de Hamelin avait quelque chose de singulièrement saisissant.

De la part de l’orchestre, on retient également l’introduction du Concerto no 5, gorgée d’idées et de sève, et, de celle du pianiste, la souplesse des phrasés du mouvement lent suivant et le rugissement du début du finale.

Au terme du concert, Nézet-Séguin a lui-même prié son partenaire de donner un rappel. Le pianiste a opté pour la simplicité la plus absolue avec le premier mouvement de la « petite » Sonate en do majeur, K. 545, de Mozart. L’artiste nous a gratifiés d’une reprise complètement différente, avec un toucher d’une inoubliable délicatesse. Énorme contraste, après les gros sabots beethovéniens !