Happier Than Ever, deuxième effort de la chanteuse la plus populaire de sa génération, Billie Eilish, est enfin arrivé. Marqué par un élégant changement de cap (rien de bien drastique toutefois), ce nouveau chapitre est aussi réussi que le précédent. Aléas de la célébrité, misogynie, histoires d’amour et découverte de soi y sont abordés dans un mélange sonore habile, agrémenté d’une production souvent prudente, mais impeccable.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

On anticipe chaque année plusieurs albums très attendus, du genre de ceux qui gardent les admirateurs et les critiques éveillés jusqu’à minuit pour l’écouter le plus tôt possible. Dans ce lot, on en trouve une poignée comme celui de Billie Eilish, pour lequel « très attendu » devient un euphémisme. Certains diront que Happier Than Ever est la parution la plus importante de la planète pop en 2021.

Pour cause, Billie Eilish, avec When We Fell Asleep, Where Do We Go ?, son premier essai, a carrément changé les règles de la musique populaire. Elle a introduit un style qui a touché la génération Z en plein cœur, par ses thèmes, sa forme, son audace et son originalité. Mais Eilish, qui n’avait que 17 ans à la sortie de cet album, a rejoint un public plus large encore, comme en témoigne la razzia aux prix Grammy 2020, où elle a été récompensée dans toutes les catégories majeures.

La voilà maintenant qui présente un disque au potentiel de cimenter son statut d’étoile de sa génération. Il ne fait maintenant plus aucun doute que Billie Eilish est une artiste au potentiel exponentiel.

Deux ans après When We Fall Asleep…, les désagréments qui accompagnent sa fulgurante ascension sont abordés plus d’une fois sur le nouvel opus. Eilish parle de son désarroi avec une sincérité touchante, joliment transposée par la plume imagée qu’elle partage avec son frère Finneas. Avec ce disque écrit, enregistré et produit majoritairement en duo (comme le premier), dans le studio maison du grand frère, Billie et Finneas démontrent de nouveau qu’ils n’ont besoin de personne.

Billie réinventée

« Things I once enjoyed just keep me employed now », dit-elle sur la première pièce, Getting older, où elle décrit ce que la célébrité a de pire pour elle sur un air mélancolique empreint du glamour hollywoodien. Cette même ambiance (que la pochette évoque d’ailleurs) habite plusieurs morceaux, dont My future, ode à l’amour de soi. Happier Than Ever n’a rien à envier à son prédécesseur en ce qui a trait aux textes. Eilish est plus mature, ce qui s’entend, mais elle ne tente jamais de parler de ce qu’elle ne connaît pas.

Après une douce entrée en matière, I Didn’t Change My Number montre un côté plus agressif, sur une sonorité qui vient rappeler son premier disque. L’angoissante Oxytocin, un peu plus loin, est celle qui évoque le plus la musique qui nous a fait connaître Billie Eilish. D’un morceau à l’autre, on oscille entre les genres – du R & B, à l’électro, au jazz, en passant par la pop sombre qu’on lui connaît déjà – sans que le tout ne semble trop éparpillé.

À mi-chemin, on entend le texte Not My Responsability, qu’elle présentait en interlude de son spectacle d’aréna. La jeune femme de 19 ans y aborde la façon dont son corps, ses choix vestimentaires, sont toujours soumis aux regards extérieurs, à la critique. Judicieuse décision que de l’inclure sur l’album. Lorsqu’elle parle ensuite de l’abus de pouvoir sur la balade folk acoustique Your Power, elle le fait avec la même acuité, la même poignante sensibilité.

L’une des meilleures pièces de l’album (à notre avis), NDA, se démarque musicalement. Les pulsations remplies de basse du refrain, la qualité hypnotisante des couplets, l’atmosphère de plus en plus intense : tout fonctionne.

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Everybody Dies, qui pourrait être la deuxième pièce de Billie Eilish pour un film de James Bond, laisse la délicate voix de la Californienne faire tout le travail. Cette voix, elle la mène au-delà de tout ce qu’elle nous avait montré auparavant sur la superbe pièce titre. Après les premiers couplets et refrains acoustiques, Happier Than Ever déclenche à mi-chemin une envolée inattendue. Sur une guitare distorsionnée, Eilish ne susurre plus, mais chante de sa voix de tête. On se dit alors qu’il est un peu dommage que cela n’arrive qu’à la pénultième chanson. Mais le potentiel est clair et on se doute qu’il sera éventuellement plus exploré. Le morceau final Male fantasy, tout acoustique, donne aussi l’occasion de montrer le champ des possibles, vocalement parlant.

Avec Happier Than Ever, la chanteuse se dépasse, sans réutiliser les mêmes outils qui ont lancé sa carrière, en bifurquant assez pour que sa proposition ne soit pas répétitive. Un autre petit bijou signé Billie Eilish.

Happier Than Ever

Pop

Happier Than Ever

Billie Eilish

Interscope Records