La soul expérimentale des Québécois Chiiild ne connaît pas de frontières. Yonatan Ayal et Pierre-Luc Rioux, établis à Los Angeles, obtiennent un succès croissant, des deux côtés de la frontière comme en Europe. Un succès qui les a menés sur le plateau de Jimmy Kimmel cet été et les conduira en tournée dans le monde à l’automne. Entrevue avec Yonatan Ayal pour la sortie de l’album Hope For Sale.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

À la mi-juin, cette année, Chiiild faisait ses débuts sur un plateau de télévision américain durant la populaire émission de fin de soirée Jimmy Kimmel Live ! Un moment charnière pour tout artiste international. Une occasion « qu’il était important de bien saisir », pour Yonatan Ayal, meneur et visage de la formation, qui a grandi à Brossard.

Chiiild a interprété un medley de deux chansons, Pirouette et Sleepwalking, respectivement tirées de son EP Synthetic Soul, très bien reçu à sa sortie, et de son premier album, sorti vendredi. Complètement dans son élément, dans un splendide décor, Ayal a commencé au piano, accompagné de violonistes, puis s’est déplacé vers un plateau où d’autres musiciens l’attendaient.

Visionnez le medley

On aurait cru qu’il avait fait ça toute sa vie. Ce qui n’est que partiellement vrai. Car si la musique a toujours été présente dans la vie du chanteur, celui-ci se sert de sa voix depuis peu. Il ne s’en sert en fait que parce qu’il n’a pas eu le choix.

Poursuivre ses rêves

Avant Chiiild, Yonatan Ayal produisait et écrivait surtout des chansons pour les autres. Ayant commencé à étudier le piano avant même d’entrer à l’école, il a grandi avec cette passion de la musique et a étudié au Conservatoire royal de Toronto. Puis il a forgé ses goûts en écoutant la radio populaire, a découvert « les Michael Jackson de ce monde » et, par lui-même, s’est intéressé à B.I.G., Fabulous et G-Unit.

Il s’est ensuite mis à créer des chansons avec ses amis dans son sous-sol. « Au début, c’était juste pour le fun. Montréal a beaucoup de producteurs de très grand talent, comme Ruffsound [Loud, FouKi, Cœur de pirate, Dua Lipa] ou Billboard [qui a travaillé pour Ariana Grande, Madonna, Britney Spears]. Il y avait une communauté qu’on avait bâtie et, de temps en temps, on se rassemblait pour traîner ensemble et faire des beats, en buvant des bières », raconte Ayal.

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Yonatan Ayal

Lorsqu’il parle de Billboard (Mathieu Jomphe-Lépine, de son vrai nom), Yonatan le désigne comme l’un des tout premiers producteurs qui ont tracé un chemin entre Montréal et la planète pop internationale. « Avant qu’il se rende à Los Angeles, il n’y avait pas de route, c’était vraiment seulement des espoirs et des rêves », dit-il. Il a donc, lui aussi, décidé de suivre cette route. Direction : L.A.

Pendant des années, six mois à la fois, il quitte Brossard et s’envole vers la Californie. Il s’assoit dans des cafés, travaille sur ses productions, tente de tomber sur la bonne personne pour que ses chansons soient entendues. En tant que xSDTRK (prononcé Soundtrack), il collabore avec de plus en plus d’artistes, à titre de producteur et d’auteur. Il signe deux chansons sur l’album de Jennifer Lopez en 2014, coécrit une pièce pour Jessie J, entre autres.

Chanteur malgré lui

Les affaires roulent et il obtient même un visa qui lui permet de s’installer pour de bon à Los Angeles. Et c’est au moment où il rentre au Québec pour faire ses bagages qu’il rencontre Pierre-Luc Rioux (guitariste pour Lady Gaga, Céline Dion et Justin Bieber, entre autres). Une séance au studio Dazmo leur fait comprendre qu’ils sont faits pour travailler ensemble. « C’était facile, il était le yin de mon yang », résume Yonatan Ayal. C’est ce jour-là, d’ailleurs, qu’ils composent la base de ce qui deviendra la chanson Hard II Love, d'Usher.

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Le guitariste, compositeur et réalisateur Pierre-Luc Rioux, du groupe Chiiild

Pierre-Luc Rioux s’installe alors lui aussi à Los Angeles. La collaboration entre les deux musiciens continue, jusqu’à ce que l’envie de changer de voie survienne. « [Pierre-Luc] était fatigué d’écrire des chansons pour d’autres gens. Il avait envie de retourner jouer de la musique live, raconte Ayal. Je n’avais jamais vécu l’expérience. Mais je suis quelqu’un de très optimiste et je me disais que ça allait être l’occasion de faire un super road trip ensemble. »

Pour monter sur scène, il leur faut des chansons originales. Le duo se rassemble pour commencer à bâtir le projet Chiiild. Puisqu’il le faut, Yonatan prend le rôle de chanteur, encouragé par son complice et leurs proches. « Au début, je détestais ça, confie-t-il. Un peu comme quand tu regardes une photo de toi et que tu te rends compte que c’est comme ça que les gens te voient ! Et en plus, il faut que tu le diffuses aux gens du monde entier en leur disant qu’il faut absolument qu’ils entendent ça ! »

En 2020, le groupe fait paraître Synthetic Soul, savoureux amalgame de soul, de pop, de jazz et de R & B. L’expérimentation sonique ravit la critique, laissant le goût d’une musique à la fois moderne et inspirée de la vieille école. Chiiild est né.

« Comme un film »

Yonatan Ayal présente son premier disque de longue durée, Hope For Sale, comme le résultat d’une évolution. « Quand tu suis un artiste, ça devrait être comme un film, comme un voyage qui avance, dit-il. Je ne suis pas le genre de personne à faire toujours la même chose. Ça marche pour certains, mais pas nous. »

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Pochette du disque Hope For Sale, de Chiiild

Yonatan Ayal irradie la positivité. Ça s’entend dans le ton de sa voix et son rire facile. Lui-même nous le répète de nombreuses fois lorsque nous le joignons par téléphone à Los Angeles et qu’il nous expose son parcours. Cette positivité, il en a eu grandement besoin pour en arriver où il en est aujourd’hui. Ça et une immense dose de persévérance.

Il ne cherche pas la gloire, mais plutôt à « être le meilleur » en faisant ce qu’il aime le plus. Les efforts ont payé et celui qui ne pensait jamais monter sur scène pour chanter ses chansons s’embarquera bientôt dans une tournée en Amérique du Nord (qui commence au mythique festival Lollapalooza, à Chicago) et en Europe. Avec un arrêt obligatoire à Montréal (à L’Astral), le 22 septembre. « C’est une grande priorité pour nous », dit-il.

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