(La Rochelle) Un premier album en septembre et deux dates aux Francofolies : Daniel Auteuil se lance dans la chanson, à 71 ans, pour « poursuivre ses rêves » et parce qu’il n’a « plus de temps à perdre ».

Philippe GRELARD Agence France-Presse

« Tout ce que vous venez de dire, ça me fait peur », lance le néo-chanteur à Yannick Bestaven, vainqueur du dernier Vendée Globe, assis à ses côtés et qui vient de dire que l’aventure en mer, « c’est partir en sachant qu’on ne pourra pas tout maîtriser ».

Les deux hommes étaient invités à échanger sur leurs métiers respectifs, devant une cinquantaine de personnes assises dans des transats dans un jardin de La Rochelle dans le cadre des Francofolies.

Le navigateur et l’artiste ont rapidement trouvé des similitudes dans leurs activités. « Sur un bateau, il faut gérer les éléments, nous, sur scène, les éléments, c’est le public », rebondit l’acteur.

« Se lancer dans la chanson, c’est une aventure, mais je risque le ridicule, pas ma vie », plaisante-t-il encore. Mais comment a-t-il embarqué pour la chanson ?

« Il y a deux-trois ans, en faisant tomber un livre, je trouve un mot de ma mère, “Pour Dany, mon fils chéri, pense à lire ce livre quand tu seras grand”, avec sa signature et Avignon 1957 », raconte le comédien devenu vedette avec le diptyque Jean de Florette, Manon des sources.

« J’ai d’abord pensé que ma mère avait mis du temps à me trouver grand (rires), puis la rencontre avec les textes du poète Paul-Jean Toulet m’a redonné envie de composer de la musique, alors j’ai pris ma guitare, dans le secret de ma chambre, dans ma caravane pendant les tournages », détaille Daniel Auteuil.

« Dans mon couffin »

La musique et lui, c’est une longue histoire. « Mes parents étaient chanteurs d’opéra, d’opérette, je les entendais dans mon couffin, en coulisses ». Dans les années 1980, il sortira même quelques singles, dispensables. « J’ai tâté de la musique à cette période, oui, on peut dire ça (rires) » ironise-t-il. Mais le jeu d’acteur l’avait déjà happé. « À Avignon, le port d’attache de notre famille, il y avait ce grand festival de théâtre, et j’ai été très vite attiré par cet art là ».

Comme un navigateur dans le Vendée Globe a besoin d’un routeur pour le guider, Daniel Auteuil est allé chercher Gaëtan Roussel, ex-leader de Louise Attaque et un des auteurs-compositeurs les plus recherchés en France.

« C’est Gaëtan qui m’a donné confiance dans mes musiques, les a arrangées et a mis en scène le spectacle que je vais donner », précise celui qui prendra le micro mardi et mercredi aux Francos. « Sans Gaëtan, on n’aurait pas atteint cette rigueur là ».

Un premier titre sorti, et réussi, Si vous m’aviez connu, donne déjà une idée, avec un beau clip en noir et blanc (et quelques touches de rouge) où figure Fanny Ardant.

« Secondes de vertige »

L’album qui sortira le 17 septembre est comme une évidence pour lui : « toute ma vie, je me suis efforcé de poursuivre mes rêves et je n’ai plus de temps à perdre ».

A-t-il le trac à l’idée de se faire chanteur ? « C’est comme acteur, il peut y avoir quelques secondes de vertige en arrivant sur scène, mais après on sait ce qu’on a faire ». « C’est Claude Sautet (un des réalisateurs importants de sa carrière) qui me disait, “il faut 10 % de talent, et après le reste c’est de l’énergie, c’est-à-dire du travail”, et on a beaucoup travaillé ».

Arrêtera-t-il de faire le comédien ? « Non, musicien et acteur sont indissociables dans mon histoire, ma vie, mon métier ».

Il a hâte de retrouver le public. « On a écouté beaucoup de musique pendant les confinements, mais c’était de la conserve (rires), ce qui compte c’est ce qui va venir, la chose essentielle c’est le contact avec les spectateurs, faire passer des émotions ».