Qu’ont en commun la série La galère, le téléroman 5e rang, l’émission de téléréalité Un souper presque parfait et la pub de Tyra Banks ? Leur musique a été composée par le collectif Dazmo, qui se spécialise en « musique à l’image » depuis 24 ans.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Quand Iohann Martin a fondé Dazmo avec sa conjointe Mitsou « sur [sa] table de cuisine » en 1997, jamais il ne se serait attendu à ce que ça dure aussi longtemps ni à être aussi occupé. « C’était un rêve, mais tous les deux, on savait qu’en musique, tu peux être au goût du jour, et le lendemain, personne n’a plus envie de te voir », confie au téléphone le dynamique et enjoué musicien et homme d’affaires.

« Mais un an plus tard, on commençait Fortier, ensuite on a fait les Jeux olympiques de Salt Lake City… Nous avons eu la chance de développer de belles relations avec des gens qui nous ont fait confiance. »

« Nous », c’est, en plus de Iohann Martin, Sari Dajani et Rudy Toussaint, qui se sont rapidement joints à Dazmo à la fin des années 1990, et Pierre-Luc Rioux, qui a intégré le collectif en 2011. Ensemble, ils forment un véritable « nœud créatif » dans lequel chacun a ses forces, mais où personne n’a plus d’importance.

« On a déjà parlé de mettre en avant le nom de celui qui a le lead sur un projet, mais ce n’est pas arrivé », dit Iohann Martin, qui rappelle que chacun a aussi une carrière solo qui fonctionne bien. Il rigole quand on lui dit qu’ils sont un peu Les Cowboys Fringants de la musique à l’image : même longévité, mêmes talents qui se complètent.

« Je suis le premier interlocuteur, mais les gens se rendent vite compte que ce n’est pas le Iohann show. On l’aime, Dazmo, c’est notre band, notre affaire. Sari, Rudy et moi, on se connaît depuis 25 ans. Et quand PL est arrivé avec une vraie force, une vraie fougue, on s’est dit… il EST Dazmo. Genre : coupe ton doigt, je vais couper le mien et on va mélanger nos sangs ! »

Signature

Confiance, écoute, fluidité font partie de leur manière de travailler en équipe, qui est tout sauf « dogmatique » et qui s’ajuste selon les projets.

« Les balbutiements, comme le développement des thèmes, on travaille ça ensemble. Après il y a des aptitudes qui se sont cernées avec le temps et s’il y a un Wayne Gretzky dans l’équipe sur certains styles… Mais Gretzky était aussi tout un passeur ! »

Les quatre musiciens ont aussi appris à respecter les tombées (strictes) du milieu de l’audiovisuel, à répondre aux demandes des réalisateurs et producteurs, à changer de trajectoire si nécessaire.

On travaille avec des gens qui ont une vision, un point de vue. La musique à l’image, comme le montage, c’est un gros casse-tête. Il faut faire arriver les émotions et l’histoire à bon port.

Iohann Martin, musicien

Qu’est-ce qui rend la musique de Dazmo reconnaissable ? « On essaie d’amener une signature mélodique forte, de donner une unicité à une émission. »

Mais entre La galère, dont le jeu était « rapide avec une touche de caricature », Rumeurs, « très à gauche », Nouvelle adresse, « classique », et Au secours de Béatrice, « plus transparent », il y a de grandes différences.

« Ça dépend de ce qu’on voit et entend. Si on faisait un album, ou Dazmo live, ce serait quoi ? C’est dur de répondre ! »

La musique qu’ils ont composée pour la série Sortez-moi de moi, diffusée sur Crave, qui comprend la reprise de la chanson de Daniel Bélanger, représente en tout cas leur « spirit » du moment. « C’est l’âme d’où on est, de ce qu’on ressent, de ce qu’on aime. C’est proche de tout ce qu’on adore. »

Air du temps

Iohann Martin aime bien l’air du temps musical, plus éclaté et éclectique que jamais, qui « ouvre les horizons et en permet plus ». « Personne n’invente le bouton à quatre trous, mais c’est l’amalgame de ce qu’on propose qui rend les choses appréciables. »

Travailler avec Tyra Banks sur la campagne de ses nouveaux produits glacés SMiZE est pour lui plus une question de courant qui passe, comme avec n’importe quel créateur.

« On l’a rencontrée par l’entremise d’amis et on a bien compris ce qu’ils voulaient faire, son chum et elle, raconte le musicien. On a eu un bon échange. C’est quelqu’un de créatif, une boule d’énergie. Hier on lui a envoyé de la musique, elle va faire des voix là-dessus. C’est le fun. »

Mais le rêve serait-il de faire une série à l’étranger ? « C’est certain qu’on aimerait ça ! Et rien ne dit qu’un créateur d’ici ne va pas se retrouver à le faire. Si on travaille assez fort tous ensemble, on peut y arriver. »

Le processus créatif étant un « éternel recommencement », Iohann Martin n’a pas l’impression que 24 ans sont déjà passés depuis qu’il a couché son rêve sur papier. Et il espère bien que Dazmo durera encore longtemps. « L’expérience en musique à l’image, ça profite à tout le monde », croit-il. Mais le secret, après toutes ces années, est de rester curieux.

« Je regarde ce que fait Rudy sur Twitch, c’est tellement novateur et fresh. Quand tu arrêtes d’être curieux, c’est là que tu prends ton trou créatif. Je souhaite qu’on continue ensemble, mais je ne le tiens pas pour acquis. Quand quelqu’un nous fait confiance, il faut juste lui rendre la pareille, relever le défi, et être pertinent. »