Dans un vidéoclip vibrant dévoilé ce lundi, l’artiste autochtone Samian interprète sa nouvelle chanson Ishkodè en donnant la parole à un survivant du pensionnat de Kamloops, pour rendre hommage aux 215 victimes découvertes au début du mois de juin.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Les couleurs sont éclatantes, le ciel, radieux et la musique, rythmée et poignante. Les images qui défilent montrent quatre générations dansant en habits traditionnels et colorés. Deux petites filles, pleines de vie, ne peuvent que rappeler les 215 enfants dont les restes ont été découverts récemment en Colombie-Britannique. La chanson est en algonquin, écrite par Samian avec l’aide de sa grand-mère et d’une professeure.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DU VIDÉOCLIP DE SAMIAN

Deux petites filles apparaissent dans la vidéo

Ishkodè signifie « feu », explique le chanteur en entrevue avec La Presse. « Il y avait la symbolique de souhaiter nos sympathies [aux victimes des pensionnats], par rapport à ce qu’on vit dernièrement », ajoute celui dont la grand-mère est elle-même allée au pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, près d’Amos.

Laisser parler les survivants

Le début du vidéoclip donne la parole à Delbert Sampson, un aîné de la Première Nation Secwepemc, en Colombie-Britannique, qui a vécu dans le pensionnat de Kamloops de l’âge de 8 à 16 ans. Il habite aujourd’hui à Saint-Jean-sur-Richelieu. C’est avec sa famille et sur son terrain que le vidéoclip a été tourné. L’homme a commencé à faire de la danse traditionnelle à 50 ans.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DU VIDÉOCLIP DE SAMIAN

Delbert Sampson, aîné de la Première Nation Secwepemc, en Colombie-Britannique, qui a vécu dans le pensionnat de Kamloops

« Peu importe l’heure, l’endroit ou la cérémonie, c’est de cette façon qu’on arrive vraiment à se sentir chez nous », raconte-t-il dans la vidéo. « Il a tout un parcours, et c’était vraiment un honneur de développer le concept du vidéoclip avec lui », confie Samian.

La chanson parlait déjà de souffrance, de liberté et d’humilité, décrit le chanteur. La rencontre entre ses mots et cette famille, soit quatre générations d’un survivant de pensionnat, s’est faite naturellement.

« Ce que je vois, ce à quoi je ressemble / Viens voir mes souffrances / Je n’ai pas toujours vécu comme j’aurais voulu vivre. »

« C’est vrai, ce que vous avez vécu »

« Ils ont recensé 51 décès au pensionnat de Kamloops pour finalement retrouver 215 corps de petits enfants », peut-on lire à la fin du vidéoclip réalisé avec le concours de la Commission de développement des ressources humaines des Premières Nations du Québec. « Ils ont recensé plus de 4000 décès d’enfants autochtones au Canada… » La musique se termine sur ces trois petits points pleins de signification.

« Il ne faut pas oublier qu’on parle d’un génocide impuni », rappelle Samian. « Ça a pris ça pour que, dans l’imaginaire collectif, les gens se disent : ‟c’est vrai, ce que vous avez vécu” », croit l’artiste. Il est lui-même originaire de Pikogan, petite communauté autochtone en Abitibi-Témiscamingue. Son prochain album, Nikamo, sera lancé le 6 août dans le cadre du Festival international Présence autochtone de Montréal.