La Montréalaise Backxwash dévoile ce week-end un nouvel album, I Lie Here Buried with My Rings and My Dresses, digne successeur du disque qui lui a valu le prix Polaris l’an dernier. Une œuvre cathartique qui expose en long et en large une douleur des plus sinistres.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Ne cherchez pas la lumière sur le plus récent ensemble de chansons que propose Backxwash. Il n’y est pas question de guérison ou de jours meilleurs. « Ça parle d’être impuissant dans la douleur », résume l’artiste, jointe par téléphone jeudi. « Plutôt que de se tenir debout malgré la douleur, ça parle de se coucher au sol et de se laisser mourir. »

L’introduction de I Lie Here Buried with My Rings and My Dresses s’intitule The Purpose of Pain (Le but de la douleur). Un échantillon en boucle, comme un mantra, d’une voix affirmant que la douleur est nécessaire, qu’elle est là pour nous prévenir que quelque chose ne va pas. « Ces mots ont résonné avec les thèmes de l’album. C’est directement lié au message que j’essaie d’envoyer », dit Backxwash.

Pour mieux véhiculer ces émotions, elle a souhaité prendre une tangente plus draconienne encore sur le plan du son qu’avec l’album précédent.

Je voulais que ce soit un peu plus rude pour les oreilles, plus déformé, avec des fréquences plus dures, explique la musicienne. Une fois que je me suis lancée là-dedans, le reste m’est venu.

Backxwash

Bien qu’entraînante, la musique horrorcore (du hip-hop mêlé au heavy metal, aux thèmes très lugubres) d’I Lie Here... écorche. Les mots qui complètent la partie instrumentale sont crus, traumatisants. Sa plume acérée répond à sa « philosophie », où « le contenu est beaucoup plus imagé ». Sur l’album précédent, God Has Nothing to Do With This Leave Him Out of It (lauréat du prix Polaris 2020), toute sa vulnérabilité ne s’articulait pas aussi brutalement.

Ainsi, sur Wail of the Banshee, deuxième morceau du nouvel album, Backxwash parle de ses pensées suicidaires en décrivant précisément ce qu’elle avait à l’esprit durant cette période de sa vie. « Plutôt que d’expliquer les choses, je donne les détails de ma réflexion pour amener la personne [qui écoute] dans la pièce avec moi. »

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Retour vers un passé douloureux

Son rire franc ponctuant la plupart de ses phrases, Backxwash — Ashanti Mutinta, de son vrai nom — nous explique le processus de création de cet album si sombre, le plus sinistre que la sympathique musicienne a créé à ce jour.

Le point de départ d’I Lie Here... est un retour dans le passé, à l’époque où elle était déterminée à mettre fin à ses jours.

Je me suis replongée dans le moment le plus difficile de ma vie, entre 2012 et 2013, et j’ai exploré mon état d’esprit de l’époque pour en parler tout au long de l’album.

Backxwash

L’année dernière, le prix Polaris a offert toutes sortes de nouvelles occasions à Backxwash, en plus de lui donner une confiance dont elle peut parfois manquer, de son propre aveu. Sa victoire lui a aussi valu d’être harcelée par des gens qui l’ont attaquée en ligne, tant en raison de sa musique qu’en raison de son identité trans et de la couleur de sa peau.

Si l’on a pu lire ces derniers jours dans une entrevue qu’elle a accordée que ce contrecoup acerbe a été la source d’une certaine détresse, la principale concernée assure qu’il n’en est rien. Plus encore, elle veut préciser qu’aucune de ces attaques n’a insufflé quoi que ce soit à son œuvre. « Je me fiche des gens malintentionnés envers moi », affirme-t-elle.

La pandémie non plus ne s’est pas répercutée sur son album, composé principalement en août dernier. « Si ça n’a rien changé pour la musique, ça a compliqué les choses pour l’enregistrement, raconte Backxwash. Il a été très difficile de trouver du temps de studio, mais aussi un studio qui pouvait être un safe space. »

« Une expérience incroyable »

Bien que Backxwash réside temporairement à Ottawa, ce nouveau disque a été enregistré à Montréal, son chez-elle, où elle compte revenir s’installer dès que possible. L’artiste d’origine zambienne présentera d’ailleurs sa nouvelle parution à l’occasion du festival montréalais Suoni Per Il Popolo, le soir de la sortie, le 20 juin prochain.

C’est donc à Montréal que l’artiste a exploré une création moins orientée vers l’échantillonnage que ses précédents efforts. Cette fois, plus souvent que jamais, elle a elle-même bidouillé ses propres productions. « En écoutant l’échantillon qu’on avait pour [Wail of the Banshee], je me suis rendu compte que je pouvais faire quelque chose de similaire, que je pouvais créer ce que je voulais pour la chanson, dit Backxwash. J’ai gagné la confiance [qui m’a permis] de jouer de plus en plus avec les sons. »

Créer cet album, conclut-elle, « a été une expérience d’apprentissage incroyable », et elle se languit de faire partager le singulier résultat. Oui, I Lie Here Buried with My Rings and My Dresses est « très lourd », convient Backxwash. « Mais j’ai vraiment hâte de le sortir ! »

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez communiquer, de partout au Québec, avec un intervenant de Suicide Action Montréal au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

I Lie Here Buried with My Rings and My Dresses

Horrorcore

I Lie Here Buried with My Rings and My Dresses

Backxwash

À compte d’autrice