Loin des grandes villes et des scènes musicales en vogue, Michel Villeneuve trace sa petite route tranquille, guitare au poing. Sur son deuxième album, Solstice, son folk dépouillé rencontre les élans électriques de Dany Placard.

Charles-Éric Blais-Poulin
Charles-Éric Blais-Poulin La Presse

Environ 850 km par la voie des terres nous séparent de Michel Villeneuve, joint à Port-Cartier, sur la Côte-Nord. L’auteur-compositeur-interprète fait presque tout pour se faire oublier : à commencer par du folk guitare-voix, à contre-courant de la mouvance rap et électro-pop qui mate les palmarès. « Malheureusement, je maîtrise un style qui, actuellement, n’est pas à la mode », admet-il. Puis, il y a ce choix d’habiter au nord du 50parallèle. « J’ai besoin de ça pour m’ancrer profondément. »

L’univers du chanteur de 42 ans ne mérite pas moins de migrer vers le sud. Et Solstice, son deuxième album, pourrait être le bon véhicule. Des chansons à texte serties de country-rock s’y développent comme autant de Polaroid de la Côte-Nord.

Plus ça va, plus j’essaie de m’éloigner de la métaphore maritime. Je ne veux pas que ça devienne un cliché. En même temps, tu écris des chansons avec ce que tu vis. Inévitablement, il y a des références au territoire.

Michel Villeneuve

Le panorama proposé par Villeneuve, influencé par des auteurs qui n’ont plus besoin de prénom – Desjardins, Cohen, Lanois –, a convaincu le rockeur saguenéen Dany Placard d’y appliquer son filtre électrique. Les deux musiciens se sont rencontrés pendant l’enregistrement d’une chanson de l’ami Louis-Philippe Gingras. « Dany m’a dit : “Envoie-moi tes affaires, pis je te rappelle.” Il m’a rappelé. » Placard lui a d’ailleurs déballé ce précieux compliment : « Je ne travaille jamais avec quelqu’un si je n’ai pas la chair de poule en écoutant les tounes guit-voix. »

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Le routier du rock assure donc la réalisation de Solstice au côté de Frédéric Boudreault, qui était aux commandes du premier album, Grand’marée (2018). « J’avais envie d’avoir un petit côté plus poilu, note Villeneuve. Fred est un super bon arrangeur de chansons sur le plan des structures. C’était un peu shiné, un peu assis. Je voulais avoir un contrepoids, un dark side. On est allé chercher les grosses guitares à Dany Placard. »

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Entre des airs pop-rock – Y’en aura pas de facile, Je t’entends – se glissent des ballades folk frissonnantes comme Passer l’hiver et Les outardes, qui hérissent bel et bien les poils. « Je partirai par le ciel, rejoindre l’éternel sillon, dans mon corps filant de dentelle, nous formerons un grand escadron, pour faire tomber la peur, bombarder les mensonges. » Ces mots ont été écrits dans des moments troubles, en 2019, explique le chanteur à la voix poreuse aux émotions.

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« J’ai eu des pensées suicidaires, j’ai vécu une époque de détresse psychologique. C’est sorti dans cette chanson-là. Même si elle est somme toute musicalement très lumineuse, c’est un sujet qui est assez noir. Ça se colle beaucoup au froid, à l’automne tard ou à l’hiver tôt. »

Le lexique hivernal de Solstice risque d’ailleurs de lui donner un souffle nouveau quand les feux de foyer se rallumeront.

La scène d’abord

Michel Villeneuve joue de la guitare depuis l’âge de 13 ans. Tout a commencé dans un train Schefferville–Sept-Îles, en route vers les Jeux du Québec. « J’étais en travail profond avec une jolie demoiselle, rigole-t-il. Ça allait bien, mon affaire, mais au retour, il y a un salopard qui est entré dans le train avec sa guitare. Après cette cuisante défaite, j’ai demandé une guitare à mon père pour Noël. »

Pendant que ses amis écoutaient du Megadeth et du Metallica, lui préférait tendre l’oreille du côté de Jacques Brel, Félix Leclerc ou Georges Brassens.

J’ai toujours été dans la chanson à texte, un peu à contre-courant. Je suis habitué de vivre un peu en dehors.

Michel Villeneuve

Il s’est mis à composer, à jouer ici et là, puis il a été repéré « il y a environ cinq ans » par le musicien et réalisateur Frédéric Boudreault, copropriétaire de l’auberge et salle de spectacle La Fascine, à L’Isle-aux-Coudres. « Un peu poqué de la brosse de la veille, je lui ai fait mes tounes, assez gêné. Il m’a dit : “Je veux travailler sur tes chansons.” »

Partenaire d’affaires et de cœur de Boudreault, Geneviève Jodoin, grande gagnante de La voix 2019, joint sa voix – quoi d’autre ! – à la majorité des neuf pièces de Solstice. Marie-Pierre Bellefeuille, au piano et aux claviers, et Jean-François Côté, à la batterie, complètent l’équipe de musiciens.

IMAGE FOURNIE PAR L’ARTISTE

Solstice, de Michel Villeneuve

Avant d’entamer l’enregistrement de ce second disque, Michel Villeneuve n’avait qu’une ligne directrice. « Je veux de quoi de simple. Je ne veux pas un album avec 38 overdubs [couches d’enregistrement]. On a fait une captation à La Fascine, et je me suis rendu compte qu’en show, ça va super bien vivre, cet album-là. C’est pratiquement l’intégral, à quelques petites tracks de piano près. »

Le musicien rêve avant tout de scènes, de tournées, surtout en ces temps pandémiques. « Le studio, la promo, le graphisme, la photo… Ce n’est pas ma partie préférée. Je fais tout ça pour éventuellement finir sur un stage. »

Après tout, Michel Villeneuve a choisi la Côte-Nord pour qu’elle voyage et se chante. « Les routes sont là, et faire de la route, je n’ai pas de problème avec ça. Je suis capable de faire 700-800 km pour 50 piasses. »

À bon entendeur…

Lancement virtuel de Solstice le 25 mai 

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