Le pianiste Charles Richard-Hamelin s’est fait connaître avec sa médaille d’argent au Concours Chopin de Varsovie. Son nom est depuis associé au compositeur polonais, auquel il a déjà consacré quelques enregistrements chez Analekta. Mais qui dit Chopin, dit évidemment Préludes, et le musicien de 31 ans, qui ne pouvait passer à côté de ce sommet de la littérature pianistique, a profité de la pandémie pour s’y attaquer.

Emmanuel Bernier
Collaboration spéciale

Comme pour son précédent disque consacré aux Ballades et Impromptus, le pianiste a porté son choix sur la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm et sur le maître preneur de son Carl Talbot.

On s’attendait à ce que ce soit bon, mais à ce point ? Avant même d’enregistrer le premier do du premier prélude, Richard-Hamelin avait derrière lui des décennies d’illustres témoignages de ce recueil. Allait-il s’inscrire dans la lignée des versions scintillantes, juvéniles et fantasques de Cortot, Argerich ou François, ou dans la tendance méditative, tourmentée, voire parfois maniérée des Sokourov, Lefèvre (aussi chez Analekta) et Pogorelich de ce monde ? En stricts termes de minutages, il se rapproche nettement des seconds, mais avec une approche beaucoup plus pudique, qui ne tombe jamais dans la surinterprétation.

Les Préludes de Chopin ne sont jamais pour Charles Richard-Hamelin un prétexte de vaine virtuosité. Même dans la flamboyante Grande polonaise brillante qui, avec son Andante spianato, complète l’enregistrement, le jeu ne vire jamais au clinquant. Dans les préludes rapides, il ne transforme pas les traits de croches ou de doubles-croches en brouillards impressionnistes, mais fait ressortir le plus possible les lignes mélodiques qui s’y cachent.

Car le Chopin de Richard-Hamelin chante d’un bout à l’autre, pensons à la main gauche aux sonorités de violoncelle du Prélude no 6 ou à l’éloquence de la main droite digne d’une diva bellinienne dans le célèbre Prélude no 15 (dit de « La goutte d’eau »). Le Prélude no 7 résume à lui seul, en 18 mesures, l’art du pianiste. Habituellement présenté comme une espiègle pochade, il revêt avec lui une tout autre dimension : comme sur un masque de Pierrot, on voit à côté d’un sourire mi-amer couler une larme furtive. Un disque majeur par un très grand artiste de chez nous.

Écoutez un extrait

IMAGE TIRÉE DU SITE D’ANALEKTA

Pochette de l,album 24 Préludes – Andante spianato & Grande Polonaise brillante

Musique classique
24 Préludes – Andante spianato & Grande Polonaise brillante
Charles Richard-Hamelin
Analekta
★★★★½