Hervé, c’est la révélation masculine des récentes Victoires de la musique. C’est une star montante, dont le premier album, Hyper, est venu souffler un vent nouveau sur la chanson comme sur la musique électronique françaises. Hervé, c’est aussi un « hypersensible » qui vit tout à fond et pour qui la musique est une évidence. Portrait.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Nous rencontrons Hervé sur Zoom, un midi (un soir, pour lui, dans son appartement/studio parisien), une petite dizaine de jours après la sortie de la réédition de son premier album Hyper. Parution qui a coïncidé avec la cérémonie des Victoires de la musique, qui l’ont couronné révélation masculine de l’année.

Le Breton d’origine a fêté ses 30 ans quelques jours après cette prestigieuse accolade, qui vient auréoler des débuts déjà prometteurs. Son « équipe » de fans, comme il les appelle, s’agrandit de jour en jour. La presse culturelle française raffole de lui. Celui qui a fait ses premières armes sur scène en ouverture d’Eddy de Pretto et de Clara Luciani, dès 2018, peut désormais remplir les grandes salles avec son seul nom en haut de l’affiche.

Un premier Olympia, à guichets fermés, l’attendait en novembre dernier. Pandémie oblige, il a finalement offert une performance sans public, diffusée en ligne. « On ne sait pas ce que l’époque va nous coûter, observe Hervé. Mais au moins, on aura fait tout ce qu’on pouvait. On aura fait un truc cool. » Autre « truc cool » que la pandémie a inspiré, son « clip spécial confinement » pour sa chanson Si bien du mal, où il danse dans sa cuisine en faisant des crêpes. Une vidéo vue plus de 2 millions de fois qui a même inspiré un challenge où ses fans ont repris le concept dans leur propre cuisine.

La vie a bien changé depuis le temps où, enfant, Hervé Le Sourd se voyait plutôt joueur de soccer. Cette première passion, il y fait des clins d’œil souvent maintenant qu’il a troqué le ballon rond pour un synthétiseur et un micro. Son mini-album aux saveurs d’électro anglaise mixée à la chanson, paru en 2019, s’intitule Mélancolie F.C. (comme dans football club). Il a baptisé la réédition de son album Prolongations.

La musique comme une « évidence »

Les cheveux rasés, les yeux perçants, la mâchoire carrée, Hervé aurait ce look presque intimidant si ce n’était de ce sourire accroché en permanence sur son visage et de son air avenant.

Je suis pareil dans la vie et dans mes interviews, je ne switche pas de personnalité.

Hervé

Il ne saurait faire autrement, de toute façon, confie-t-il.

Ce qu’il donne, ce n’est que du vrai. L’album qu’il a fait paraître à l’été 2020, Hyper, est une introspection, mais aussi des histoires d’amour, de déceptions, de détresse. Hervé chante tout cela avec des pirouettes lyriques, où les rimes et les figures de style se déploient allègrement. Pourtant, ce n’est que très tard, dans la vingtaine, qu’il s’est mis à écrire, raconte-t-il. « C’est comme un terrain de jeu, que j’aime énormément explorer. » Plus tard encore, parce qu’il veut interpréter ses textes, il découvre sa voix chantée, qu’il ne connaissait pas. Une voix comme un chuchotement, pleine de souffle.

Même s’il n’était pas entouré de musiciens en grandissant, la chanson française a toujours joué dans le décor de sa jeunesse, qu’il a passée à Fontenay-le-Fleury, en banlieue parisienne. Ses premiers souvenirs musicaux sont des refrains de Jacques Higelin, Renaud ou Christophe. On sent leur influence dans sa proposition. « Et puis, adolescent, je me suis pris les Daft Punk en pleine tête », lâche-t-il. C’est la révélation. Hervé comprend qu’il veut faire comme eux.

PHOTO ROMAIN SELLIER, FOURNIE PAR L'ARTISTE

En France, le visage de Hervé se retrouve sur des affiches dans le métro, à la télévision, dans une multitude d’articles.

C’est donc la production qui l’a happé en premier. « Un pote geek m’a craqué un logiciel sur un PC et j’ai commencé à enregistrer », dit l’artiste. La quantité de sons et de combinaisons qu’il peut en faire est infinie, il ne voit plus le temps passer lorsqu’il se met à bidouiller des mélodies. « Je suis devenu un peu ouf, je me suis dit que tant qu’il y a de la place sur le disque dur, je peux enregistrer, ajoute-t-il. Et je m’en sers aussi socialement : je fais des sons chez moi, je vais en soirée et je les joue. Et c’est là que tout démarre. C’est une évidence et je me dis que c’est ce que je veux faire de ma vie. »

Autodidacte et curieux, il apprend à la « YouTube académie », étoffe sa culture musicale en écoutant les autres. « Quand tu te mets à produire, c’est tout ce que tu as digéré », dit-il. Ses textes s’inscrivent ainsi dans la chanson française, mais côtoient des productions électroniques dansantes, frénétiques.

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Hyperactif, hypersensible, hyper sincère

Ses premiers pas professionnels en musique sont arrivés lorsqu’il a formé vers 2015, avec le Britannique Dennis, le groupe Postaal, au sein duquel il compose pendant que l’autre chante. Le duo électro fonctionne bien, il part en tournée, notamment en Angleterre, où il est signé. Mais bien vite, Hervé rencontre ce besoin d’écrire. Un album de Postaal plus tard, il se lance en solo.

L’été dernier, Hervé sort Hyper sous l’étiquette Initial (Angèle, Eddy de Pretto). Un premier album dans lequel il a « tout mis ». Puis ont suivi les Prolongations, faites de cinq nouveaux titres écrits en confinement. Pour cette réédition, « j’ai pas quitté le studio, c’était complètement dingue », dit-il. Durant la période des Fêtes, il a passé 170 heures en studio sur 13 jours.

Le titre Hyper qui coiffe son album s’explique bien. Hervé est hyper-tout. Côté créatif, il est hyperactif et hyper passionné.

Je vis tout comme si c’était la dernière fois. Quand je me mets dans un délire, il n’y a plus rien d’autre.

Hervé

L’attachant musicien est hypersensible aussi, nous explique-t-il. « J’ai une espèce de haut potentiel émotionnel. » Ses chansons en sont les témoins.

Au moment où on lui parle, Hervé vit « au jour le jour ». Pour en profiter vraiment, mais aussi pour ne pas être « débordé d’émotions », confie-t-il, sincère jusqu’au bout. En France, son visage se retrouve sur des affiches dans le métro, à la télévision, dans une multitude d’articles. On le découvre et on parle de lui un peu partout. Alors, dit-il, lorsque se conclut notre appel, « ce soir, je vais regarder ce qu’on fait demain ». Un jour à la fois.