(Madrid) La force de la musique, Ara Malikian en a pris conscience dans le garage où il s’abritait des bombes au Liban. Loin des conservatoires feutrés dont il a fini par s’éloigner pour devenir une rock star du violon.

Publié le 11 févr. 2021
Mathieu GORSE Agence France-Presse

Ce garage, le violoniste tatoué et barbu de 52 ans lui rend de nouveau hommage dans un disque sorti en janvier en ligne et baptisé Petit garage. Des morceaux joués en streaming ou devant un public masqué depuis le début de la pandémie.

« C’était un lieu plein de rats et de cafards, mais pour moi, c’était un lieu royal. […] Nous y entendions les bombes, c’était très dramatique, très angoissant et soudain, certains d’entre nous commençaient à jouer de la musique, à chanter, à danser », raconte-t-il à l’AFP dans un entretien à Madrid, où il vit depuis une vingtaine d’années.

« J’ai vu comment la musique et l’art […] donnaient de l’espoir, de la joie. Nous oublions nos peines, la guerre, les bombes », ajoute-t-il.

Né à Beyrouth en 1968 dans une famille arménienne, Ara Malikian commence le violon tout petit, poussé par son père violoniste, qui joue notamment avec la grande chanteuse libanaise Fairouz.

« Dès que je suis né, il m’a mis un violon sous le menton et que j’aime ou non, il fallait que je joue », se rappelle-t-il. « Heureusement, je suis tombé amoureux de cet instrument et n’ai pas eu de problèmes psychologiques », dit-il en souriant.

« Mais mon père était très strict, très sévère et m’obligeait à étudier des heures et des heures ».

En secret dans les bars

PHOTO PIERRE-PHILIPPE MARCOU, AGENCE FRANCE-PRESSE

Né à Beyrouth en 1968 dans une famille arménienne, Ara Malikian commence le violon tout petit, poussé par son père violoniste, qui joue notamment avec la grande chanteuse libanaise Fairouz.

Des heures de travail qui en font un musicien prodige et lui permettent de quitter le Liban pour s’envoler vers l’Allemagne à 15 ans afin de parfaire son violon.

Mais ce destin tout tracé de musicien classique ne survit pas à ses premières expériences hors du monde « très très conservateur » des conservatoires.

« Je devais gagner ma vie et jouais en secret dans les bars ou les clubs. Ce qui a été un enseignement très important pour moi » pour apprendre « la folie et l’ouverture d’esprit », poursuit le musicien, qui se souvient notamment de sa honte de ne pas connaître les Doors lorsqu’on lui demande de jouer un de leurs morceaux dans un « bar de travestis ».

En plus de ses heures de pratique du répertoire classique, il se met à apprendre celui de la pop ou du rock.

« C’est grâce à ces boulots que j’ai pu sortir de ce monde si fermé de la musique classique et même si je continue à en jouer, je vois la musique comme de la musique et non juste comme la boîte de conserve qu’est la musique classique », insiste le violoniste, qui navigue entre le classique, la musique tzigane, les influences arabes et même Björk, dont il a revisité Bachelorette.

Concerts « merveilleux » malgré la pandémie

La pandémie a surpris Malikian en plein milieu de sa tournée internationale Royal Garage, qu’il a été contraint d’annuler. Déjà passé par l’Olympia à Paris, il devait encore jouer à Moscou, Milan, Buenos Aires, Sao Paulo et Mexico…

Après un confinement passé auprès de son fils à composer énormément — il a un disque entier de côté qu’il sortira plus tard —, le violoniste a repris les concerts, principalement en Espagne, où les salles restent ouvertes. Avec masques, distance de sécurité et jauge extrêmement réduite.

« Des concerts qui ont été très émouvants », dit-il. « Entre la distance et les masques, nous pensions que cela serait très dur, mais cela a été merveilleux, car les gens, malgré la peur, venaient nous écouter et cela est très encourageant ».

Engagé dans plusieurs causes, dont celle des migrants, le violoniste espère désormais que de la pandémie émergera un monde « plus uni », « ne créant pas plus de frontières, plus de murs et plus de haine ».