Pendant que le monde des arts est sur pause, La Presse prend des nouvelles d’auteurs, de musiciens et d’artisans qui ont vu leurs projets chamboulés par la pandémie.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Dans l’extrait qu’il vient de lancer — le premier de son quatrième album qui sortira à l’automne —, Peter Peter dit se sentir comme l’océan Atlantique « coincé dans un coquillage ».

Montréal manque toujours à l’auteur-compositeur-interprète expatrié à Paris. Encore plus avec le Grand Confinement.

« Ma mère vit à Montréal. Elle travaille dans le laboratoire d’un hôpital. Elle a un certain âge… C’est un peu un cauchemar d’être à 6000 km sans trop savoir quelles sont les procédures s’il y a une urgence », explique Peter Peter.

Mais pour le reste, « ça va », dit-il.

Peter Peter a beaucoup souffert d’anxiété au cours des deux dernières années.

Mais étrangement, avec tout ce qui se passe, il y a comme un reality check. Je ne suis pas la priorité, je ne suis plus le centre du monde. […] J’ai des ups and downs, mais ça va. J’ai juste hâte de pouvoir marcher comme je veux…

Peter Peter, auteur-compositeur-interprète

À Paris, même les parcs sont fermés. « Il faut un justificatif pour se promener dans les rues et aller faire ses courses », rappelle Peter Peter.

« À Paris, dehors, c’est l’extension de chez toi. »

Heureusement, sa compagne et lui ont déménagé dans un appartement plus grand du 18e arrondissement juste avant le Grand Confinement. « Nous avons vraiment été chanceux. L’appartement de la porte d’à côté s’est libéré. »

Lancer Conversation

Jeudi dernier, Peter Peter a lancé Conversation, le premier extrait de son quatrième album, qui sortira en septembre. Une chanson inspirée par des rencontres que l’auteur-compositeur-interprète a eues avec une psychologue dont le bureau était chez elle.

C’est à la fois étrange et beau de se confier à une personne inconnue. « C’est ouvrir des portes sans trop réfléchir, dit Peter Peter. Sortir le trop-plein. »

À la fin de Conversation, Peter Peter lance à sa thérapeute : « Je suis incohérent/Mais est-ce que l’histoire est bonne ? »

Le titre du quatrième opus de Peter Peter, qui doit sortir le 25 septembre, est Super Comédie. Une référence aux faux quotidiens — mais aux bonnes histoires — exhibés sur les réseaux sociaux.

« Comment on se raconte sa vie ? Comment en sommes-nous des spectateurs ? », détaille Peter Peter.

Autant des gens se mettent virtuellement à nu, autant ils souffrent de solitude. « Avec les technologies, il y a quelque chose d’expéditif. Les gens écrivent leurs états d’âme sur Facebook, mais ils ne communiquent pas vraiment. […] C’est le mal de notre époque. Nous avons un grand besoin de discuter pour briser l’isolement. »

Peter Peter avait ses idées et ses thèmes en tête bien avant la pandémie. Or, les dernières semaines, tous confinés chacun chez soi, nous démontrent à quel point malgré tous les outils virtuels à notre disposition, il n’y a rien comme les contacts humains.

L’auteur-compositeur-interprète espère que « l’ère insipide » dans laquelle nous étions avant la pandémie sera chose du passé. « J’espère que la machine ne roulera pas deux fois plus vite qu’avant. »

En attendant, Peter Peter est rassuré de voir que l’économie peut s’arrêter au nom « de la vie ».

« Mais qui vivra verra », lance-t-il.

De Montréal à Paris

Après son troisième album, Noir Éden, très électronique et « produit », Peter Peter avait envie de renouer avec sa guitare et des « trucs plus organiques ». Être dans un registre plus « introspectif ».

Si tout le reste du quatrième opus est comme Conversation, on peut s’attendre à un grand cru de pop mélancolique.

Peter Peter a multiplié les collaborations. Il a notamment refait équipe avec le réalisateur et ami Pierrick Devin (qui travaillé avec Phoenix et Lomepal). Il a fallu quatre traversées de l’Atlantique, beaucoup d’écriture « à la maison à Paris » et des chansons écrites à la dernière minute chez sa mère à Montréal avant de sentir que « l’album était là ».

Une fois de plus, c’est avec le réalisateur Emmanuel Éthier (Chocolat) que Peter Peter a mis la touche finale à Super Comédie. « Manu, je ne peux pas m’en passer. Quand je suis face à un mur, il me permet de débloquer. Et il ne passe pas par quatre chemins pour me dire ce qu’il pense. »

Peter Peter a confié le visuel de l’album à sa compagne, Cassandra Jetten, originaire de l’Ontario, qui est graphiste et photographe. « J’aime travailler au quotidien sans pression. C’est différent de quand tu engages des gens. Tu peux arrêter quand tu es vraiment satisfait du résultat. »

Le couple a tourné le clip de Conversation avec une caméra VHS. Un clip dur à regarder pour les gens qui aiment la ville de Paris et qui se demandent quand ils pourront y remettre les pieds.

Chaque chose en son temps. 

« Qui vivra verra », disait Peter Peter.