Qui sait où Boîte aux lettres pourrait mener le trio féminin acadien Hay Babies dans sa quête pour percer le mystère de Jackie, une jeune femme de Moncton qui a déménagé dans la grande ville, à Montréal, en 1965. Chose certaine, voilà un troisième album qui propose un super trip de rock sixties

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Julie Aubé et Katrine Noël des Hay Babies ont tenu une friperie à Moncton. Une amie qui connaissait leur passion pour le vintage leur a refilé des boîtes de vêtements.

Sans qu’elle le sache, c’était un coffre aux trésors. 

« Il y avait aussi des lettres », raconte Julie Aubé.

Il y en avait 65, qui datent de 1965.

Des lettres signées par une « Jackie » – une jeune femme dans la mi-vingtaine qui a quitté Moncton pour s’établir à Montréal –, destinées à sa mère.

C’est ainsi que les Hay Babies ont décidé que toutes les chansons de leur troisième album seraient basées sur cette correspondance.

« Dans les lettres, on sent que sa mère aurait aimé faire la même chose », souligne Katrine Noël.

« Jackie essaie de se prouver qu’elle est une grande femme on her own, poursuit Vivianne Roy. Elle dit qu’elle veut aussi devenir un model. Elle court les fashion shows. »

Les trois autrices-compositrices-interprètes acadiennes ont savouré la lecture de phrases du quotidien comme…

« J’ai mangé un steak. »

« J’ai fait mes cheveux. »

Dans ses écrits, Jackie raconte avec bravade qu’elle croise des joueurs de hockey et des personnalités publiques.

« Elle est fière de manger au restaurant et de découvrir les TV dinner, souligne Vivianne Roy. Mais dans d’autres lettres, elle demande aussi de l’argent. »

Plus on apprenait à connaître Jackie, plus on la trouvait féministe. À son âge, peut-être que les autres femmes de son âge avaient des enfants et un mari.

Katrine Noël

Après la lecture passionnante des 65 lettres, il restait beaucoup de questions sans réponses. Pour chaque nouvel élément, les membres des Hays Babies poussaient leurs recherches, qu’elles soient factuelles ou généalogiques.

Jackie est-elle toujours vivante ? Et les membres de sa famille ? Énigme…

« Mon père a été à la même école que Jackie, mais il n’a aucune idée c’est qui, dit Julie Aubé. Pourtant, Moncton, c’est minuscule. »

Jackie et sa sœur n’ayant jamais eu d’enfant, il est plutôt difficile de suivre leurs traces.

Les Hay Babies ont eu un dilemme éthique quand elles ont décidé de consacrer leur troisième album à Jackie. Or, au moment de la sortie de Boîte aux lettres, ce vendredi, elles assurent que « leur » Jackie est un personnage fictif inspiré des lettres.

Mais qui sait où l’album pourrait les mener dans leur quête pour la connaître ?

Un album féministe

« Au recul, nous avons fait un album féministe sur la force et l’indépendance de la femme », lance Vivianne Roy. 

De la pochette aux arrangements, elles ont aussi bricolé un bijou de musique sixties.

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Les harmonies vocales à trois – et le hautbois – sont de toute beauté sur Entre deux montagnes, chanson écrite du point de vue de la petite sœur de Jackie. « La maison sans toi semble trop grande », dit-elle. 

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Same Old, Same Old prend plutôt le point de vue de la mère. « Nous serons à la maison si tu te tannes de Montréal », assure-t-elle à sa fille.

Vidéoclip de la chanson Same Old, Same Old, des Hay Babies

Sur les airs lounge coquins de Jacqueline (au refrain enivrant), on entend des phrases textuellement tirées des lettres.

« Ce sont des mind blowing phrases que Jackie a actually dites », souligne Vivianne Roy.

« I took the limousine to the YMCA. »

« J’m’appelle Jacqueline but you can call me Jackie. »

Par ailleurs, Vivianne Roy a eu l’idée de traduire Play With Fire des Rolling Stones. Résultat : Joue avec le feu.

« Ça marchait trop bien avec Jackie. »

« Faire ce qu’on veut »

Les Hay Babies ont coréalisé Boîte aux lettres avec Pierre-Guy Blanchard, une première pour elles. Celui-ci était le seul à porter le titre de réalisateur pour le deuxième album Quatrième dimension (La version longue)

Avant l’étape du studio, les chansons étaient déjà arrangées, explique Vivianne Roy. « C’était bien d’avoir plus de say et d’être moins gênées de prendre des décisions… »

Comme Jackie et comme peut l’être une Klô Pelgag, cite-t-elle, Julie Aubé se sent plus libre que jamais au sein des Hay Babies. Avec ses comparses. Mais aussi avec le public. « On peut faire ce qu’on veut », dit-elle fièrement.

Les trois membres des Hay Babies ont des projets solos. Mais à trois, conviennent-elles, tout est plus fort que la somme de ses parties.

« Je trouve ça plus difficile d’écrire seule », confie Katrine Noël. 

« Cela feel plus right et home qu’avec mon projet solo, ajoute Vivianne Roy, alias Laura Sauvage en solo. Nous entendons toutes la même affaire. »

Sur scène, les Hay Babies sont aussi devenues des instrumentistes aguerries. 

Le groupe a par ailleurs donné un premier spectacle avec les chansons de Boîte aux lettres à Fredericton.

« C’était M-A-L-A-D-E », dit Julie.

Nous voilà avertis.

PHOTO FOURNIE PAR SIMONE RECORDS

Boîte aux lettres, Les Hay Babies, Simone Records