Comment ne pas se répéter avec la même formule rock gagnante en huit chansons bien tassées ? C’est le défi qu’a relevé le groupe montréalais Plants and Animals avec son cinquième album, The Jungle. On l’a notamment constaté avec l’extrait Le Queens – Michel Rivard figurait dans le clip sorti l’été dernier. Entrevue avec le guitariste Nicolas Basque.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

« Se réinventer. » Avec le confinement, c’est un verbe auquel les artistes sont devenus allergiques.

N’empêche, le nouvel album du groupe chouchou montréalais Plants and Animals répond à la définition du Larousse de « se réinventer ». « Donner une nouvelle dimension à quelque chose qui existe déjà, le découvrir de nouveau. »

Une intention que Nicolas Basque, Matthew Woodley et Warren Spicer avaient bien avant la pandémie puisqu’ils ont mis la touche finale à The Jungle en décembre 2019. « Nous voulions nous éloigner de certains patterns », indique Nicolas Basque.

Les trois membres de Plants and Animals désiraient en arriver à un album concis et sans temps mort, tout en s’éloignant du son « épique » propre à l’époque de leurs premiers albums (quand la scène de Montréal connaissait ses heures de gloire à l’étranger).

Pour ce faire, il fallait s’éloigner du folk et brancher des synthés et même une batterie électronique.

Parmi les exemples les plus probants : la pièce-titre The Jungle, jam foisonnant et haletant qui ouvre l’album, ainsi que l’extrait Le Queens, qui a un doux parfum de Nouvelle Vague et de féminité grâce à la voix d’Adèle Trottier-Rivard. Son père figure par ailleurs dans le clip.

Extrait du vidéoclip Le Queens, de Plants and Animals

Oser

Au cours des dernières années, Nicolas Basque, Matthew Woodley et Warren Spicer ont travaillé davantage en dehors du groupe. Spicer a réalisé des albums de Ludovic Alarie, d’Emilie Kahn et de La Force. Nicolas Basque a conçu de la musique pour le théâtre et fondé le duo Bibi Club avec sa compagne, Adèle Trottier-Rivard (ils achèvent l’enregistrement d’un album, et on les a vus récemment sur le plateau de l’émission Cette année-là, où ils ont repris une chanson des BB).

Tout cela a aussi participé au fait que Plants and Animals soit sorti subtilement de sa zone de confort. « Se permettre de faire autre chose permet de se ressourcer et de ne pas se répéter », dit Nicolas Basque. Et de se permettre quoi ? D’ouvrir son album avec une pièce quasi instrumentale. De le clore avec un hymne pop-grunge (Bold). Et de créer un air hypnotique à la Giorgio Moroder (House on Fire).

Extrait de House on Fire, de Plants and Animals

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« C’est peut-être un album moins conceptuel que nos précédents », souligne Nicolas Basque.

Plus lourde, la pièce Sacrifice se distingue avec ce qui fait la marque de Plants and Animals : une mélodie sous haute tension qui se décharge subitement. Nous flirtons avec du stoner-rock grâce à la voix ensorcelée de Warren Spicer (à la Josh Homme).

Extrait de Sacrifice, de Plants and Animals

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Même si Plants and Animals sort de sa zone de confort, il n’en demeure pas moins que le groupe a forgé un langage qui lui est propre.

Comme si, au fil des années, nous avions développé une bête à trois têtes. Quand j’arrive avec une chanson que j’ai écrite, même si j’essaie de la tirer ailleurs, elle finit par se fondre au langage de Plants and Animals.

Nicolas Basque, guitariste de Plants and Animals

Un langage qui nécessite… peu de mots.

Mishka Stein, bassiste de Patrick Watson, qui a collaboré à The Jungle, s’étonne toujours de la manière dont les trois complices de Plants and Animals discutent en studio. « Mishka nous a dit : “Je ne comprends pas. Vous arrivez. Vous vous entendez à peu près sur les accords. Vous jouez, mais vous ne parlez pas de la toune.” Pour lui, c’est fascinant. »

L’une des chansons pour lesquelles Stein a sorti sa quatre-cordes est In My Eyes. Une pièce sur la bienveillance et la capacité de passer à travers un évènement, créée quand le fils de Nicolas Basque ressentait beaucoup d’angoisse face aux changements climatiques. « Cela prenait beaucoup de place dans sa vie. » (Précision : son fils va mieux, et la pandémie a fait de lui un beatmaker redoutable.)

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Warren Spicer, Matthew Woodley et Nicolas Basque, du groupe Plants and Animals

Depuis près de 20 ans

En septembre dernier, dans le cadre de Pop Montréal, Plants and Animals a donné un spectacle complet au Ministère dans le respect des mesures sanitaires alors en place. « C’était sold out, mais il y avait comme 30 personnes, lance en riant Nicolas Basque. Mais c’était cool de jouer, car c’est un album qu’on a écrit en pensant au live. Le spectacle est quelque chose qui nous définit comme groupe. »

Il faudra être patient avant de pouvoir assister à un spectacle de Plants and Animals. Nicolas Basque sait l’être. Et il demeure reconnaissant d’être dans son groupe depuis près de 20 ans. Il n’y a plus du tout d’ego entre les musiciens, devenus pères de famille, souligne-t-il. « Nous sommes des frères qui se considèrent privilégiés de jouer encore ensemble et d’avoir du fun. »