Interrompues par la pandémie en mars, les Francouvertes ont recommencé envers et contre tout cet automne, d’abord devant un public qui respectait les normes sanitaires, puis en virtuel seulement. À quelques jours de la finale du réputé concours, qui aura lieu le 2 novembre au Lion d’or, voici un petit portrait des trois finalistes, tous originaires de Québec.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Ariane Roy

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Ariane Roy

Le parcours

L’autrice-compositrice-interprète de 23 ans a commencé la musique toute jeune en apprenant le violon, puis a continué au cégep. C’est là qu’elle a commencé à fréquenter l’Ampli à Québec, lieu d’expérimentation pour les artistes émergents. « Ça me tentait de faire mes tounes, je jouais un peu de guitare, alors cette année-là, j’ai pris le temps de composer. » Celle qui a lancé l’hiver dernier son premier EP intitulé Avalanche a participé à de nombreux concours depuis un an. « Oui, j’en ai fait pas mal. Ce n’est pas tous les concours, ce n’est pas le seul chemin, mais ça fait rencontrer beaucoup de monde, et ce sont des occasions de visibilité. »

La musique

Après des débuts plus folk, Ariane Roy assume maintenant davantage son côté pop. « J’aime la pop, les mélodies accrocheuses. J’écoute énormément de musique et je pense que je m’identifie à une musique pop alternative. La forme chanson reste dans l’état brut de mes tounes, mais avec les synthés, les influences des années 80, on va chercher plus un côté pop. » Ses textes, eux, sont ancrés dans le présent d’une jeune adulte. « Je parle de mon point de vue et de celui des femmes qui m’entourent, d’identité, de désir sous toutes ses formes. »

Extrait de la chanson Ta main

Québec

Pour la première fois de l’histoire des Francouvertes, les trois finalistes sont originaires de Québec. Comment l’explique-t-elle ? « Je trouve ça vraiment cool et je ne peux être que très fière. La cuvée des Francouvertes était très solide cette année, j’adore tous les artistes qui étaient là. Mais c’est sûr qu’il se passe quelque chose à Québec qui, je crois, est lié à un grand esprit d’entraide et de soutien entre les artistes. »

Le concours

« On ne se mentira pas, chanter devant une salle vide, c’est une expérience différente. » Mais dans ce contexte « très 2020 », Ariane Roy estime que sa demi-finale toute virtuelle s’est bien passée. Elle est surtout contente que le concours ait pu avoir lieu malgré tout. « Les Francouvertes se sont virées sur un dix cennes alors que ça aurait pu être carrément annulé. Là, on aurait été vraiment déçus. C’est sûr qu’il y a une énergie en présentiel que tu ne trouves pas devant ton écran, mais le défi est d’atteindre les gens qui te regardent et de communiquer quand même. »

Narcisse

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Narcisse

Le parcours

Né en même temps que la sortie d’un premier mini-album au printemps 2019, Narcisse est le projet de Marjorie Pedneault, 26 ans, originaire de la Beauce, qui vit à Québec depuis cinq ans. « Pendant un an, on s’est fait les dents devant des salles à moitié vides. Comme on apportait une proposition plus militante, se faire les dents était plus qu’approprié. » Le fait que Narcisse soit non binaire est indissociable de son art. « J’avais fait mon coming-out homosexuel à l’adolescence, mais la non-binarité est arrivée plus tard, vers l’âge de 22 ans. Quand j’ai pris conscience que ça existait, ça a vraiment répondu à toutes les questions que je me posais par rapport à mon genre. »

La musique

Extrait de la chanson Icare

Après avoir fait partie du groupe de folk anglo Nature Moderne, Narcisse s’est tourné vers le français et son son est maintenant résolument électropop. « J’ai beaucoup été influencé par la musique francophone européenne après avoir fait une résidence à Bordeaux. Je n’avais plus envie de folk, j’avais le goût de sortir du cadre, de spectaculaire. Narcisse en spectacle, c’est une excuse pour marier plein de formes d’art. »

Québec

« Ça fait longtemps qu’il se passe quelque chose à Québec, mais avec les Francouvertes, c’est comme si la ville devenait valide. Il y a plein de projets intéressants qui sortent, plein qui sont en préparation. » Qu’est-ce qui fait la force de Québec ? « Pour avoir jonglé entre Montréal et Québec pendant deux ans, c’est une énergie de coopération que je n’ai pas retrouvée à Montréal. À Québec, il y a quelques endroits, comme L’Ampli, qui sont des lieux de rencontre pour les artistes émergents et qui font une différence. »

Le concours

Narcisse compare son parcours aux Francouvertes à un marathon. « On a fait notre soirée préliminaire le 2 mars, peu avant que tout s’arrête. On était dans la course, on est repartis dans la course, avec du public, pas de public, c’est déstabilisant. Mais notre force, c’est que ça nous est souvent arrivé de jouer dans des contextes difficiles. » Narcisse est très fier d’être passé à travers cette expérience unique. « Et bravo à l’équipe qui a maintenu le bateau à travers la tempête. Mais c’est sûr que ça fait longtemps que les Francouvertes sont dans ma tête. D’habitude, le processus dure environ six mois, là il se sera étiré sur un an ! »

Valence

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Valence

Le parcours

Au sein du groupe d’indie rock Medora pendant quelques années, Vincent Dufour a été compositeur, guitariste et chanteur. Un an après avoir quitté le groupe, en 2018, il a lancé le projet Valence. « J’avais besoin de m’exprimer et de me mettre à l’écriture, ce qui n’est pas une tâche facile pour moi. C’est encore un peu un casse-tête. La musique est un langage plus naturel. » L’auteur-compositeur-interprète de 25 ans a lancé un premier mini-disque, Cristobal Cartel, au printemps 2019, qui a été bien reçu. « Ça fait un an et demi que le projet évolue. C’est un projet solo, mais en spectacle, j’aime donner de l’espace aux musiciens pour qu’on sente l’énergie du live. »

La musique

« C’est difficile à décrire, mais je dirais que je fais une pop influencée par la musique rétro, assez proche de la mentalité indie rock, dans la mesure où je travaille beaucoup seul. C’est très do it yourself comme mentalité. » Si ses premières chansons avaient un côté plus nonchalant, Valence ne veut pas que nous amuser. « J’essaie dans mes textes d’aller plus dans l’intimité. J’aime les contrastes, les chansons qui ont une allure ludique et des textes plus lourds. C’est un équilibre que je recherche. »

Extrait de la chanson Sophie

Québec

Pour Valence, le fait que la scène de Québec soit tissée serré aide à son émergence. « Nous sommes plusieurs à fréquenter le Pantoum, un complexe créatif hyper stimulant, qui offre plusieurs outils, dont une salle pour travailler la mise en scène. » C’est ce qu’il a fait lui-même avec le chanteur Gab Paquet. « Il y a un bouillonnement, mais aussi une conscience du spectacle qui s’est développée, avec des modèles inspirants. »

Le concours

Valence s’était entraîné « comme un sportif avant une compétition » en vue de son tour préliminaire… qui a été annulé une semaine avant la date prévue en mars. Il a finalement eu lieu en septembre. « Dans un concours, on se met beaucoup de pression de performance. On est arrivés six mois plus tard, on a remonté le spectacle en deux répétitions et on a décidé de se faire confiance. » Ce qu’il retient de tout ça ? Qu’il faut « savoir s’adapter, vivre le moment présent et être réactif ». Et qu’une bonne préparation aide beaucoup, même à jouer devant une salle vide comme ce fut le cas ensuite en demi-finale. « On est chanceux, on bénéficie d’attention alors que si le concours avait été annulé, on serait tout seuls chez nous. »

Les Francouvertes

La finale des Francouvertes aura lieu le 2 novembre à 19 h 30 et les billets sont en vente à lepointdevente.com. La remise des prix aura lieu sur la page Facebook du concours vers 23 h. Par ailleurs, la période d’inscription pour 2021 a été prolongée jusqu’au 15 novembre.