Tel Sisyphe condamné à pousser encore et encore la même pierre, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a dû remettre son travail une fois de plus sur le métier. Marianne Perron, directrice de la programmation, nous parle de la nouvelle saison entièrement numérique de l’ensemble.

Emmanuel Bernier collaboration spéciale

« Le 20 août, nous avons annoncé la deuxième mouture [de la saison de l’OSM] en nous disant que nous étions un peu plus prudents, puisqu’il s’agissait d’annoncer l’automne, de septembre à décembre. […] Nous n’allions pas être capables de tout maintenir [de la programmation initiale], mais nous avons essayé d’être optimistes et créatifs », affirme-t-elle.

L’OSM avait surpris lors de cette annonce, car, contrairement à l’Orchestre Métropolitain ou à l’Orchestre symphonique de Québec, l’ensemble avait choisi de miser en grande partie sur des chefs habitant à l’étranger. « Une partie de notre rôle est de maintenir les ponts entre l’Europe et l’Amérique au niveau artistique, poursuit Mme Perron, parce qu’un moment donné, la COVID va passer et qu’il est important que les gens continuent à penser à Montréal comme à un centre culturel incontournable. » Le processus de sélection du prochain chef titulaire avait aussi joué dans le choix des invités de l’orchestre.

L’arrivée de la deuxième vague de Covid-19 a forcé l’organisation à réaligner sa stratégie pour se tourner exclusivement vers le web. « La situation se dégradant, ici et à l’étranger, cela faisait en sorte que les artistes étrangers que nous avions prévus, qui étaient prêts à faire une quarantaine, devaient en faire une autre de deux semaines de retour dans leur pays, et donc consacrer cinq semaines pour venir diriger ici une semaine », explique la responsable de la programmation, dont le travail est devenu encore plus crucial en l’absence d’un directeur musical attitré. La venue des chefs John Storgårds, Pablo Heras-Casado et Jeannette Sorrell a donc été reportée sine die.

Au lieu d’essayer de rafistoler le programme annoncé en août, Mme Perron a décidé de faire table rase et de proposer quelque chose de neuf. « Quand on conçoit la programmation pour diffusion numérique, on ne conçoit pas forcément exactement la même chose [qu’avec public]. Le marché est un peu différent », affirme-t-elle.

La formule des concerts en ligne, qui met l’OSM en compétition avec des orchestres du monde entier, semble pour l’instant sourire à l’organisation. « On voit que le public nous suit. […] Nous avons pu toucher au moins autant de personnes que si les gens étaient venus en salle », nous informe l’administratrice.

Nous constatons qu’une grande partie des gens qui s’abonnent aux concerts le regardent plus d’une fois. […] Et nous rejoignons beaucoup de gens à travers le monde.

Marianne Perron, directrice de la programmation de l’OSM

Six concerts différents seront enregistrés et offerts sur le web d’ici le mois de janvier, pour une durée variant entre 4 et 14 jours. Collaborateur de longue date de l’OSM et actuel directeur musical et artistique de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, dans l’est de la France, le chef Jacques Lacombe sera responsable des deux premiers concerts. Le premier, le seul à être offert gratuitement, célébrera l’Halloween avec L’apprenti sorcier de Dukas et d’autres œuvres à saveur démoniaque de Berlioz, Gounod et Moussorgski, avec la participation du ténor Jean-Michel Richer, de la soprano Myriam Leblanc et du violon solo Andrew Wan. « Les enfants compteront leurs bonbons devant le concert en famille ! », lance Marianne Perron.

L’enregistrement du concert d’Halloween de l’OSM

  • Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal se sont déguisés pour l’enregistrement du concert d’Halloween de l’orchestre, qui sera offert gratuitement aux mélomanes sur le web.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal se sont déguisés pour l’enregistrement du concert d’Halloween de l’orchestre, qui sera offert gratuitement aux mélomanes sur le web.

  • Le programme du concert, enregistré à la Maison symphonique lundi soir dernier, comprendra L’apprenti sorcier de Dukas et d’autres œuvres à saveur démoniaque de Berlioz, Gounod et Moussorgski.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Le programme du concert, enregistré à la Maison symphonique lundi soir dernier, comprendra L’apprenti sorcier de Dukas et d’autres œuvres à saveur démoniaque de Berlioz, Gounod et Moussorgski.

  • L’ambiance était bon enfant pour ce retour de l’OSM à la Maison symphonique, à la faveur de cette fin de saison entièrement virtuelle.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    L’ambiance était bon enfant pour ce retour de l’OSM à la Maison symphonique, à la faveur de cette fin de saison entièrement virtuelle.

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Viendra ensuite, à partir du 10 novembre, une collaboration entre M. Lacombe et la pianiste ottavienne Angela Hewitt, qui réalisera son rêve de jouer le Concerto en sol de Ravel avec l’OSM.

À la fin novembre, un troisième concert mettra en vedette le chef titulaire de l’Orchestre du Centre national des Arts, Alexander Shelley, en compagnie de la soprano Adrianne Pieczonka, dans les Quatre derniers lieder et Mort et transfiguration de Richard Strauss, avant un quatrième programme entièrement consacré au Septuor pour vents et cordes de Beethoven avec des musiciens de l’OSM.

Le traditionnel concert de Noël, dirigé par Bernard Labadie, tournera pour sa part autour de Vivaldi (Gloria) et Haendel (extraits du Messie) avec la soprano Anna-Sophie Neher et la mezzo-soprano Julie Boulianne, mais aussi le chœur de l’OSM, dont la participation n’était pas prévue dans la deuxième version de la programmation.

Le dernier concert, mis en ligne le 12 janvier, fera intervenir un autre habitué de l’orchestre, le chef Jean-Marie Zeitouni. Cette occasion permettra en outre à la contralto Marie-Nicole Lemieux, artiste en résidence de l’ensemble, d’interpréter le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, qu’elle aurait initialement dû chanter à la fin novembre avec Pablo Heras-Casado.

Avec cette programmation numérique pouvant être conservée advenant un éventuel retour du public en salle, l’OSM est bien armé contre les aléas de la pandémie et Sisyphe, fatigué, peut aller se reposer.

Consultez le site de l’OSM : https://www.osm.ca/fr/