Les extraits dévoilés dans le courant de l’année le laissaient déjà présager, on en a maintenant la confirmation : le septième album de Gorillaz, Song Machine, Season One : Strange Timez, est un disque de haut niveau. Une heure cinq minutes (version Deluxe) de plaisir.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Nous paierions cher, très cher, pour un petit tour dans la tête de Damon Albarn, moitié musicale de Gorillaz. Tout comme son partenaire Jamie Hewlett dans ses dessins, son art est singulier, éclaté, fascinant. Ajoutez maintenant au talent musical d’Albarn celui de collaborateurs comme Beck, Elton John, Robert Smith, ScHoolboy Q, St. Vincent (et plusieurs autres). Résultat : pour un projet qui n’avait pas de direction déterminée au départ, Strange Timez est une œuvre éclectique, mais cohérente et, surtout, très réussie.

Extrait de The Pink Phantom (avec Elton John et 6LACK)

0:00
 
0:00
 

Les humeurs varient sur cet album, chaque morceau amène sa propre ambiance. Les productions, léchées et disparates, sont d’une qualité que Gorillaz n’a plus à défendre, et qu’il atteint chaque fois. Les thèmes sont divers. L’année plus que médiocre que l’on vit collectivement a certainement inspiré quelques pièces, dont la pièce d’ouverture, Song Machine. « Strange time to be alive », chante Robert Smith sur le morceau.

Dans une entrevue avec Les Inrocks, publiée récemment, Albarn et Hewlett affirment qu’ils sont à l’origine de la pop moderne, cette pop qui prospère grâce aux collaborations. Gorillaz n’a besoin de personne pour faire son propre éloge. Accordons-leur qu’il est vrai qu’à leurs débuts, au tournant des années 2000, il était bien moins courant de faire paraître un album constitué en majeure partie de collaborations.

Les collaborateurs, eux, viennent chacun apporter leur saveur distincte et une autre bonne couche de talent à cet album parfois très Brit (Momentary Bliss !), mais aussi tourné vers l’exploration de tonalités internationales. La chanson Désolé, par exemple, avec Fatoumata Diawara, pourrait probablement faire danser dans les rues de Bamako ou d’Abidjan. L’entraînante Opium, avec l’Américain EARTHGANG, tout comme Simplicity (avec Joan As Police Woman) et d’autres font d’ailleurs ponctuellement ressurgir la facture inspirée de la musique africaine.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE GORILLAZ

Song Machine, Season One : Strange Timez

Mais on ne s’arrête pas là. Elton John et 6LACK sur une même chanson ? Pourquoi pas ! Cette paire étonnante chante sur The Pink Phantom, l’une des meilleures pièces de l’album. Autre chanson à écouter en premier si on a besoin d’être convaincu, Aries, produite avec la DJ britannique Georgia, sur laquelle Peter Hook (Joy Division) fait vrombir sa basse.

La version Deluxe, comme indiqué plus haut, dure un peu plus d’une heure. Ce sont 17 titres (12 sur la version standard) que Gorillaz nous offre ici. L’album menace de s’essouffler après 12 chansons, mais la pièce numéro 15, With Love to an Ex, avec Moonchild Sanelly, et MLS (avec JPEGMAFIA et CHAI), numéro 16, sauvent la mise. Bref, l’heure d’écoute en vaut la peine.

★★★★

Pop. Song Machine, Season One : Strange Timez. Gorillaz. Parlophone.