« J’avais une vision d’envergure pour l’orchestre qui ne fait peut-être pas l’adhésion de tout le monde au conseil d’administration. » À l’occasion du dévoilement de la nouvelle saison d’I Musici, son chef Jean-Marie Zeitouni s’est entretenu avec La Presse. Le musicien est également revenu sur son départ prochain, après 10 ans de direction artistique.

Emmanuel Bernier
collaboration spéciale

« Il n’y a pas de désaccord » avec l’administration de l’orchestre, assure d’emblée Jean-Marie Zeitouni lorsque nous le questionnons sur son départ inattendu de la direction de l’ensemble.

« Nous aurions pu continuer, mais je sentais que c’était un bon moment, avec l’arrêt [occasionné par la pandémie], de préparer la succession, et de le faire comme il le faut. Il ne s’agit pas d’un divorce, d’une séparation brutale dans la colère ou la frustration. Au contraire, les musiciens et moi nous entendons merveilleusement bien et avons envie de continuer à faire de la musique ensemble. »

Jean-Marie Zeitouni ne participera pas directement au processus de sélection du prochain directeur musical. « Nous n’avons pas commencé à chercher activement. Par contre, il y a des gens qui ont des liens avec I Musici et, quand il y a des liens d’estime, c’est sûr que ce sont des gens qui seront considérés », analyse-t-il néanmoins.

Un profil particulier en tête ? Pour lui, un chef d’expérience est évidemment toujours l’idéal pour un orchestre bien établi comme I Musici. « S’il y avait un jeune chef dynamique, plein d’idées et avec moins d’expérience qui arrivait, cela pourrait donner un boost » à l’orchestre, nuance le musicien.

Par rapport à sa propre carrière, Jean-Marie Zeitouni, qui dirige autant en Amérique du Nord qu’en Europe, ne ferme la porte à rien. Il confie cependant préférer diriger un nombre réduit d’orchestres avec lesquels il entretient une relation étroite. « Quand on travaille régulièrement avec un groupe, nous sommes mutuellement responsables de notre développement. Le respect, la profondeur du travail, l’engagement des uns envers les autres… tout cela est très différent que d’aller faire un concert quelque part, de passer trois ou quatre jours dans une ville et de s’en aller. Ce n’est pas du tout le même travail. […] J’aime construire des choses », confie le chef.

Une saison numérique ou hybride

Pour ce qui est d’I Musici, qui est l’un des derniers organismes musicaux de la métropole à annoncer sa programmation, M. Zeitouni explique que l’association avec la salle Bourgie a occasionné certains maux de tête. Comme la scène ne peut accueillir qu’un maximum de 11 musiciens avec les mesures de distanciation physique actuelles, il était impossible pour l’ensemble, dont le noyau comporte 15 membres, de se produire à cet endroit.

Située à quelques minutes à pied, l’église méthodiste St. James (rebaptisée St. Jax) a finalement été choisie par l’administration de l’orchestre. « Ils ont un espace un peu plus grand qui nous permet, malgré les mesures de distanciation, d’installer l’orchestre et d’avoir un soliste invité », précise le directeur artistique. Avec quelques musiciens, il a eu l’occasion, durant l’été, de tester l’acoustique, qu’il qualifie de « très intéressante ».

Si la scène qui y est installée permet de recevoir plus de musiciens qu’à Bourgie, la salle peut toutefois accueillir deux fois moins de spectateurs, soit une soixantaine de personnes. Qu’à cela ne tienne, les concerts auront lieu, public ou pas, l’orchestre entendant se tailler une place dans l’offre numérique.

Le chef, qui a dirigé à Nancy le mois dernier, espère bien sûr une réouverture rapide des salles au Québec.

Dans les concerts que je dirigeais [en France], la norme était à 1000 personnes, et non pas à 250. Les gens respectaient la distanciation sur scène et dans la salle et puis cela s’est très bien passé.

Jean-Marie Zeitouni

La programmation d’I Musici, réduite à six concerts pour toute l’année, est adaptée à un orchestre contingenté. En plus du Stabat Mater de Pergolèse, qui sera interprété lors du premier concert (le 12 novembre) par la soprano Myriam Leblanc et la mezzo-soprano Maude Brunet, l’organisme propose un concert de Noël (le 10 décembre), une soirée mettant en vedette les différents instruments du guitariste David Jacques (le 18 février), une célébration du centenaire de naissance d’Astor Piazzolla (le 19 mars), un concert de musique slave (le 15 avril) et les débuts à Montréal de la jeune cheffe cubaine Cosette Justo Valdéz (le 29 avril).

Assistante d’Alexander Prior à l’Orchestre symphonique d’Edmonton, Mme Justo Valdéz sera, avec Nicolas Ellis qui dirigera le concert Piazzolla, une des deux chefs invités de la saison. « J’ai trouvé qu’elle avait une énergie extraordinaire, qu’elle avait le sens du style et quelque chose d’hyper rayonnant », s’enthousiasme Jean-Marie Zeitouni, qui l’a entendue à Edmonton. Nul doute que le comité de sélection lui tendra une oreille attentive.